Je me permets, sans m�me lui demander son avis (a�e, a�e !!) de transf�rer ci-dessous un message que Pascal Borsi � envoy� sur la liste freinet, certains de cette liste n'y �tant pas n'ont pu le lire.
Pourquoi ? Il se trouve que je suis en train d'essayer de rattraper peu � peu mon retard quant � l'archivage de vos mess; On avait parl�, je ne sais m�me plus � quel propos, de la "gouvernance" et j'ai chapeaut� la rubrique qui s'appelait "intervenir?" par le titre ronflant de "la gouvernance" (c'est le truc de Philippe Lamy, on t'attends l�-dessus mon gars !). Et j'ai trouv� que le texte de Pascale, bien qu'il s'appelle "le d�sir", par ricochet tombe pile poil dans le probl�me pos� par la gouvernance. J'aurais pu le mettre dans d'autres rubriques ou en cr�er sp�cialement comme par exemple une rubrique "�crire-lire" ou une rubrique �videmment sur le d�sir. Je le ferai si vous me le demandez mais je trouve que le d�calage peut �tre int�ressant.
Le voil� ci-dessous (c'est moi qui par abus de pouvoir ai mis en gras des passages !)
Evidemment, je n'ai pas besoin de vous dire que pour ma part je serais frustr� si Pascale ne nous disait pas ensuite comment �a se passe "l�cher de lest" et les �ventuelles cons�quences du "l�cher", quelles qu'elles soient.. J'ai essay� de relire l'ensemble de vos mess en me focalisant uniquement sur ce fil conducteur du "l�cher du lest" et je crois que c'est bien une des clefs de la forteresse, malheureusement, la clef n'est pas "clef en main" !

Pascale Borsi
Plus s�rieusement, nous avons �voqu� lors de notre rencontre chez Marguerite  le d�sir de l'enfant et son importance pour entrer dans l'�crilire.
Nous nous demandions ce qui dans nos classes nous permettait de l'�veiller, les temps que nous lui accordions ensuite et les outils qui se mettaient alors en place.
En cherchant � r�diger quelque chose sur la question, je me suis aper�ue que le premier d�clencheur avait �t� mon propre d�sir de changer des pratiques qui me pesaient, puis celui de ne plus voir en face de moi des enfants passifs, consommateurs, enfin ( ayant d�but� en maternelle � une �poque o� la cr�ation y �tait encore florissante) celui de ne plus assister � l'extinction de l'�lan cr�ateur au fils des ann�es de primaire.
Si je creuse la question c�t� personnel, il y a bien s�r l'int�r�t que j'ai toujours port� au dessin, � la peinture, � l'�criture, aux livres , donc le plaisir qu'ils suscitent chez moi, je souhaitais le faire d�couvrir aux enfants qui en �taient �cart�s.
Je me suis donc retrouv�e face � une autre question essentielle: quelle est la place du d�sir de l'enseignant dans une p�dagogie d'_expression_-cr�ation?
Peut-il �tre le d�clencheur de celui de l'enfant?
Peut-il ensuite s'effacer pour laisser s'�panouir une personnalit� qui ne doit trouver son autonomie, sa propre raison d'�tre?
Nous sommes des �tres de d�sir depuis notre entr�e dans ce monde et m�me peut-�tre avant, la seule chose qui nous fasse �voluer se situe l�, nulle part ailleurs. Seul le d�sir perverti nous enferme.
L'enseignant qui impose ses d�sirs � l'enfant devient un dictateur mais celui qui nourrit, respecte et accompagne le d�sir de grandir , de d�couvrir, de comprendre est le plus merveilleux "passeur de vie" qui puisse �tre.
Ce qui distingue l'homme de l'animal c'est justement le d�sir cr�ateur, celui qui a d�pass� les limites de la seule reproduction de l'esp�ce.
Sans nous situer dans ce d�sir de transcendance, nous ne parvenons � rien, nous bricolons dans le n�ant de la scolastique, d'un monde mort, ferm� � toute �volution et seulement d�di� � la reproduction de rites, de savoirs arr�t�s, codifi�s, archiv�s....�valu�s.
Seul le d�sir d'entre dans la relation aux autres peut motiver la n�cessit� de s'approprier tous les langages qui permettront de l'�tablir puis de l'enrichir ind�finiment. Le tout premier d�sir est donc celui de l'enseignant, sans lui rien ne pourra na�tre car toute v�ll��t� d'_expression_ sera d�s son apparition enferm�e dans des mod�les. Le vrai d�sir est contagieux, on ne r�siste pas � ce qu'il g�n�re en nous d'enthousiasme, d'envie d�passer nos propres limites.
J'en d�duis donc (s�rement h�tivement) qu'un �ducateur, quel qu'il soit, ne peut remplir sa t�che si du d�sir d'�voluer il est pass� (souvent par fatigue et solitude) dans le besoin de se rassurer, si l'inconnu et l'improbable le fascinent moins que le confort du savoir institu�.
L'obsession actuelle de tout contr�ler, de d�finir des �tapes � la d�couverte, de les codifier en comp�tences, d'�valuer r�guli�rement ces derni�res est profond�ment mortif�re. Sous des apparences de pragmatisme, d'efficacit�, on cache mal le naufrage: en diss�quant une grenouille, le savant peut comprendre
ce qui lui permettait de sauter, de se d�placer, de dig�rer sa nourriture, de se reproduire mais quand il a tout compris, il est trop tard pour la grenouille!
Pour l'�crilecture, c'est un peu pareil, on n'a jamais tant su sur tous les m�canismes qui doivent se mettre en place pour y acc�der mais l'enfant n'y a rien gagn�.
Alors, voil�, je me suis simplement demand�e pourquoi j'aimais tant les livres et au lieu d'essayer de comprendre comment j'avais moi-m�me appris � lire "toute seule" dans le fond de la classe de ma m�re, en attendant "d'avoir l'�ge" d'aller au CP, je me suis souvenue de tous ces moments magiques o� je r�vassais en paix
sur des images, des livres pleins de petits signes �tranges, ceux o� j'�coutais attentive des histoires fabuleuses en me les dessinant dans la t�te parce que les illustrations �taient rares, et je me suis dit que j'allais l�cher du lest, laisser les enfants tra�ner par deux ou trois autour des albums, leur raconter tous les jours une histoire ou leur lire des po�mes, jouer plus souvent au scrabble, ne plus interdire les cartes Pok�mon en classe puisque gr�ce � elles et par n�cessit� absolue de ne pas se faire "doubler "par les grands mes CP ont appris depuis belle lurette toutes les dizaines et au-del� et qu'il s'escriment pour lire les textes sous les noms des personnages. Parce que , finalement, m�me si j'avais un peu entrouvert la porte sur la vie, je leur proposais toujours d'apprendre � lire selon mes d�sirs et pas par rapport aux leurs.
Je crois m�me que je vais me risquer au texte vraiment libre (celui qui n'est pas ritualis� mais qui peut s'�crire d�s que le d�sir s'en fait sentir, sans cr�neau horaire, sans obligation non plus) et on verra bien sur la dur�e si je fais fausse route.
Je fais le pari que non.

Pascale





 
Bernard COLLOT
Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication
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