Bonsoir à toutes et tous,
 
Pour ceux qui n'ont pas pu voir l'émission d'hier soir sur l'apprentissage, je vous en propose une synthèse.
Pour info, une nouvelle revue (vieille de deux ans), traite justement des dernières recherches en neurosciences : "Cerveau et Psycho" (Le numéro d'octobre parle de l'enseignement).
 
Coopérativement
 
PS : pour ceux que ça intéresse, je peux faire suivre le texte intégral de ce reportage.
 
Sylvain CONNAC
Ecole coopérative Antoine BALARD
123, rue de Salamanque
34 080 MONTPELLIER
sylvain.connac(antispam)laposte.net
 
 

Apprendre – un curieux phénomène

A partir du film de Erika FEHSE

 

Comment l’homme apprend-il ? Que signifie apprendre ? On sait que le savoir n’est pas transmissible (il doit être recréé dans chaque cerveau) et qu’apprendre, c’est bien différent de mémoriser des mots étrangers. Or, notre cerveau apprend en permanence, il ne peut pas faire autrement. 

 

Que nous disent les neurosciences ?

Le cerveau d’un adulte pèse environ 1 400 grammes et utilise 20% de l’énergie de l’organisme. Il fait preuve d’une immense plasticité. Chacun de ses 120 milliards de neurones est en relation avec 10 000 autres. Ils communiquent entre eux à l’aide de molécules et d’impulsions électriques et évoluent en permanence. Chaque nouvelle impression laisse une empreinte et chaque fois qu’une même expérience est répétée, les mêmes neurones sont activés. Ainsi, les empreintes prennent du volume, nous apprenons. Le neurotransmetteur à la source des apprentissages est la dopamine, une substance pouvant produire du plaisir qui surgit au moment où le problème est résolu.

Des processus inconscients déterminent si nous sommes prêts à absorber de nouvelles informations. Chaque nouvelle situation est comparée à un équivalent passé pour évaluer si elle est profitable, source de plaisir ou bien désavantageuse, source de douleur.

 

Les facteurs de l’apprentissage

L’environnement agit directement dans les gênes, en lançant et en arrêtant des facteurs de transcription. Cela signifie que même si nos gênes nous sont imposés et qu’il n’est pas possible de les modifier, ils constituent une sorte de clavier dont l’environnement serait le pianiste. Tout dépend de la façon dont notre environnement joue de ce piano. Selon son impact, cela peut donner naissance à une symphonie, à une cacophonie ou à une simple mélodie.

Le cerveau est le produit de l’utilisation qu’on en fait. Plus les enfants en bas âge font des expériences diversifiées, plus leur cerveau s’enrichit d’empreintes qui pourront être développées plus tard.

Cependant, deux choses similaires apprises l’une après l’autre se neutralisent. Que penser alors du rythme traditionnel de l’enchaînement des cours ?

Des études sur de jeunes animaux subissant des situations de stress montrent que leur activité cérébrale se réduit de 50%. Sur une longue période, on remarque une modification structurelle dans le cerveau. De plus, le système de récompense du corps ne fonctionne plus correctement. Le stress est donc un facteur qui nuit à la longue au cerveau.

 

Et à l’école ?

Les écoles doivent être des lieux riches, qui éveillent à la curiosité du monde, nourrissent l’intérêt des enfants et stimulent leurs dispositions à l’effort.

La forme la plus appropriée semble être le travail libre dans le silence, période de grande concentration. Trois heures de travail libre, cela fait penser au paradoxe de JJ Rousseau : l’important dans l’éducation, ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’un perdre.

L’enseignant, en hôte qui se respecte, se prépare et prépare l’espace des élèves. Miser sur l’ambiance, sur l’espace et le temps génère un très haut rendement. Un pédagogie italien disait que l’espace est le troisième pédagogue. Les deux autres pédagogues sont d’abord les autres élèves et ensuite les adultes, parents et enseignants.

L’enseignant doit d’abord construire un environnement respectueux. Pour un enfant, il est impossible d’apprendre s’il a l’impression qu’à tout moment on peut se moquer de lui. Les situations émotionnelles qui entourent l’apprentissage sont mémorisées avec la substance apprise. Le souvenir du premier baiser ou du 11 septembre induit une réaction corporelle.

Au cours des périodes de travail libre, l’enseignant observe, il aide les élèves à trouver leur rythme, à sonder leurs capacités particulières, à travailler ce qui leur est indispensable.

Que savons-nous réellement des meilleures conditions et des meilleures façons d’enseigner ? Des études ont déjà montré que le stimulant le plus puissant pour les apprentissages est la passion de l’enseignant pour ce qu’il fait, indépendamment de toute méthode. Certains partagent l’opinion que l’enseignement frontal est l’idéal, qu’il permet de transmettre quantité d’informations de manière concentrée. D’autres prônent un enseignement souple, plus libre, centré sur l’individu. Les performances d’apprentissage ont été mesurées lors d’un cours libre et lors d’un cours frontal. Les résultats sont étonnants, aucune différence n’a été relevée. Pourtant, les élèves qui ont profité du cours frontal ne sont pas les mêmes que ceux qui ont profité du cours libre. Certains profitent davantage d’un système que de l’autre. Qu’est-ce qui distingue un élève performant d’un cours frontal d’un élève moins performant lors d’un cours libre ? Il se peut qu’il s’agisse simplement d’un manque d’habitude.

 

Le rôle du sommeil :

Le sommeil intervient pour enregistrer de façon durable ce qui est appris. Les traces fraîches de mémorisation s’évanouissent facilement et doivent être associer avec des contenus existants. Le nouvel acquis est alors transmis de l’hippocampe (la mémoire intermédiaire) au cortex (le siège de la mémoire à long terme).  Le sommeil paradoxal est actif pour la résolution d’un problème. Au cours d’une expérience, des candidats devaient résoudre une énigme. Une partie a ensuite eu la possibilité de dormir. 60% des dormeurs on découvert la solution et parmi ceux qui n’ont pas dormi, 22% seulement. Au cours du sommeil, il se passe donc quelque chose avec les nouvelles représentations. Le sommeil devient donc créatif quand il a l’occasion d’agir sur un contenu mémoriel, un  problème déjà existant. Il a été également montré que les enfants profitent davantage du sommeil que les adultes.

 

A l’étranger :

En Finlande, les enseignants jouissent d’un immense prestige, les sentiments personnels et les différences individuelles sont prises en compte, les enfants d’une classe font leurs études ensemble, jusqu’à la troisième.. Les enfants ne sont pas répartis selon leurs résultats.  Chacun est intégré, personne n’est mis à l’écart. Tout le monde est important. Les enfants ne reçoivent pas de note avant plusieurs années, les enfants sont entraînés à s’auto-évaluer. On peut faire les choses d’une façon ou d’une autre, l’essentiel est de s’efforcer de bien les faire de manière à renforcer l’individu et la cohésion du groupe, à générer fierté et confiance. Quand un enfant se sent intégré, cela lui donne une base de confiance. Ce qui est intéressant, c’est que cette base de confiance existe pour qu’on ose tenter des choses. Et si on fait une erreur, ça n’est pas si grave.

En Suède, les notes n’existent pas avant la 4ème, ni les cours pour les plus forts ou les plus faibles. Là-bas, on mise sur l’individualisation. Les élèves jouissent d’une immense liberté. Si un jour, ils veulent faire des maths, ils le programment comme ils le veulent. Chaque jour, ils se regroupent ½ heure pour s’inscrire aux cours auxquels ils vont participer. Les plus âgés peuvent montrer des choses aux plus jeunes. C’est un avantage d’être différent, ce n’est pas du tout une déviance qu’il faut tenter de gommer.

 

Quelle est la place des chercheurs dans la pédagogie ?

On peut découvrir pas mal de choses sans recourir à la recherche fondamentale sur le cerveau, cela va de soi, comme le fait qu’une bonne ambiance favorise l’apprentissage. Mais la confirmation scientifique a quelque chose de positif car elle peut influencer ceux qui ne croyaient pas aux bienfaits d’une bonne ambiance, qui prônaient un système à la dure. Grâce aux résultats scientifiques, ces  personnes seront disposées à s’intéresser davantage à ces idées et à leur faire un peu plus confiance.

Il faudra quelques années encore pour comprendre comment notre cerveau fonctionne. Ce jour-là, certains pédagogues s’écriront : pourquoi ne nous avez-vous pas crus ? Il y a plus de 200 ans que nous le savons.

 



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