Apprendre un curieux phénomène
A partir du film de Erika FEHSE
Comment lhomme apprend-il ? Que signifie apprendre ? On sait que le savoir nest pas transmissible (il doit être recréé dans chaque cerveau) et quapprendre, cest bien différent de mémoriser des mots étrangers. Or, notre cerveau apprend en permanence, il ne peut pas faire autrement.
Que nous disent les neurosciences ?
Le cerveau dun adulte pèse environ 1 400 grammes et utilise 20% de lénergie de lorganisme. Il fait preuve dune immense plasticité. Chacun de ses 120 milliards de neurones est en relation avec 10 000 autres. Ils communiquent entre eux à laide de molécules et dimpulsions électriques et évoluent en permanence. Chaque nouvelle impression laisse une empreinte et chaque fois quune même expérience est répétée, les mêmes neurones sont activés. Ainsi, les empreintes prennent du volume, nous apprenons. Le neurotransmetteur à la source des apprentissages est la dopamine, une substance pouvant produire du plaisir qui surgit au moment où le problème est résolu.
Des processus inconscients déterminent si nous sommes prêts à absorber de nouvelles informations. Chaque nouvelle situation est comparée à un équivalent passé pour évaluer si elle est profitable, source de plaisir ou bien désavantageuse, source de douleur.
Les facteurs de lapprentissage
Lenvironnement agit directement dans les gênes, en lançant et en arrêtant des facteurs de transcription. Cela signifie que même si nos gênes nous sont imposés et quil nest pas possible de les modifier, ils constituent une sorte de clavier dont lenvironnement serait le pianiste. Tout dépend de la façon dont notre environnement joue de ce piano. Selon son impact, cela peut donner naissance à une symphonie, à une cacophonie ou à une simple mélodie.
Le cerveau est le produit de lutilisation quon en fait. Plus les enfants en bas âge font des expériences diversifiées, plus leur cerveau senrichit dempreintes qui pourront être développées plus tard.
Cependant, deux choses similaires apprises lune après lautre se neutralisent. Que penser alors du rythme traditionnel de lenchaînement des cours ?
Des études sur de jeunes animaux subissant des situations de stress montrent que leur activité cérébrale se réduit de 50%. Sur une longue période, on remarque une modification structurelle dans le cerveau. De plus, le système de récompense du corps ne fonctionne plus correctement. Le stress est donc un facteur qui nuit à la longue au cerveau.
Et à lécole ?
Les écoles doivent être des lieux riches, qui éveillent à la curiosité du monde, nourrissent lintérêt des enfants et stimulent leurs dispositions à leffort.
La forme la plus appropriée semble être le travail libre dans le silence, période de grande concentration. Trois heures de travail libre, cela fait penser au paradoxe de JJ Rousseau : limportant dans léducation, ce nest pas de gagner du temps, cest dun perdre.
Lenseignant, en hôte qui se respecte, se prépare et prépare lespace des élèves. Miser sur lambiance, sur lespace et le temps génère un très haut rendement. Un pédagogie italien disait que lespace est le troisième pédagogue. Les deux autres pédagogues sont dabord les autres élèves et ensuite les adultes, parents et enseignants.
Lenseignant doit dabord construire un environnement respectueux. Pour un enfant, il est impossible dapprendre sil a limpression quà tout moment on peut se moquer de lui. Les situations émotionnelles qui entourent lapprentissage sont mémorisées avec la substance apprise. Le souvenir du premier baiser ou du 11 septembre induit une réaction corporelle.
Au cours des périodes de travail libre, lenseignant observe, il aide les élèves à trouver leur rythme, à sonder leurs capacités particulières, à travailler ce qui leur est indispensable.
Que savons-nous réellement des meilleures conditions et des meilleures façons denseigner ? Des études ont déjà montré que le stimulant le plus puissant pour les apprentissages est la passion de lenseignant pour ce quil fait, indépendamment de toute méthode. Certains partagent lopinion que lenseignement frontal est lidéal, quil permet de transmettre quantité dinformations de manière concentrée. Dautres prônent un enseignement souple, plus libre, centré sur lindividu. Les performances dapprentissage ont été mesurées lors dun cours libre et lors dun cours frontal. Les résultats sont étonnants, aucune différence na été relevée. Pourtant, les élèves qui ont profité du cours frontal ne sont pas les mêmes que ceux qui ont profité du cours libre. Certains profitent davantage dun système que de lautre. Quest-ce qui distingue un élève performant dun cours frontal dun élève moins performant lors dun cours libre ? Il se peut quil sagisse simplement dun manque dhabitude.
Le rôle du sommeil :
Le sommeil intervient pour enregistrer de façon durable ce qui est appris. Les traces fraîches de mémorisation sévanouissent facilement et doivent être associer avec des contenus existants. Le nouvel acquis est alors transmis de lhippocampe (la mémoire intermédiaire) au cortex (le siège de la mémoire à long terme). Le sommeil paradoxal est actif pour la résolution dun problème. Au cours dune expérience, des candidats devaient résoudre une énigme. Une partie a ensuite eu la possibilité de dormir. 60% des dormeurs on découvert la solution et parmi ceux qui nont pas dormi, 22% seulement. Au cours du sommeil, il se passe donc quelque chose avec les nouvelles représentations. Le sommeil devient donc créatif quand il a loccasion dagir sur un contenu mémoriel, un problème déjà existant. Il a été également montré que les enfants profitent davantage du sommeil que les adultes.
A létranger :
En Finlande, les enseignants jouissent dun immense prestige, les sentiments personnels et les différences individuelles sont prises en compte, les enfants dune classe font leurs études ensemble, jusquà la troisième.. Les enfants ne sont pas répartis selon leurs résultats. Chacun est intégré, personne nest mis à lécart. Tout le monde est important. Les enfants ne reçoivent pas de note avant plusieurs années, les enfants sont entraînés à sauto-évaluer. On peut faire les choses dune façon ou dune autre, lessentiel est de sefforcer de bien les faire de manière à renforcer lindividu et la cohésion du groupe, à générer fierté et confiance. Quand un enfant se sent intégré, cela lui donne une base de confiance. Ce qui est intéressant, cest que cette base de confiance existe pour quon ose tenter des choses. Et si on fait une erreur, ça nest pas si grave.
En Suède, les notes nexistent pas avant la 4ème, ni les cours pour les plus forts ou les plus faibles. Là-bas, on mise sur lindividualisation. Les élèves jouissent dune immense liberté. Si un jour, ils veulent faire des maths, ils le programment comme ils le veulent. Chaque jour, ils se regroupent ½ heure pour sinscrire aux cours auxquels ils vont participer. Les plus âgés peuvent montrer des choses aux plus jeunes. Cest un avantage dêtre différent, ce nest pas du tout une déviance quil faut tenter de gommer.
Quelle est la place des chercheurs dans la pédagogie ?
On peut découvrir pas mal de choses sans recourir à la recherche fondamentale sur le cerveau, cela va de soi, comme le fait quune bonne ambiance favorise lapprentissage. Mais la confirmation scientifique a quelque chose de positif car elle peut influencer ceux qui ne croyaient pas aux bienfaits dune bonne ambiance, qui prônaient un système à la dure. Grâce aux résultats scientifiques, ces personnes seront disposées à sintéresser davantage à ces idées et à leur faire un peu plus confiance.
Il faudra quelques années encore pour comprendre comment notre cerveau fonctionne. Ce jour-là, certains pédagogues sécriront : pourquoi ne nous avez-vous pas crus ? Il y a plus de 200 ans que nous le savons.
