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Plusieurs points en vrac:
- les angoisses des parents disparaissent quand
l'instit est resté suffisamment longtemps en poste pour qu'ils voient que "ça
marche": tenir "droit dans ses bottes", sans trop s'épancher avec les parents
sur ses propres difficultés d'instit, faire le "pro solide". Pour étayer un peu
le "ça marche", je vais me fendre d'une anecdote: quand mon premier enfant (le
mien propre, qui était scolarisé depuis l'âge de 3 ans en classe unique, dans
celle dans laquelle j'officiais alors (La Puye)), est parti au collège, nous
avons eu nous aussi ses parents des angoisses, des angoisses de parents comme
les autres. Et si ce que je faisais ne permettait pas aux gosses de s'insérer?
Et si je m'étais seulement fait plaisir? Et si je délirais? Et, si, à cause de
mes choix minoritaires et à la marge, mon gamin ne pouvait plus s'adapter à
l'école traditionnelle et à sa manière de traiter les apprentissages? Et si il
se mettait à refuser tout en bloc?... Pourtant, j'avais eu d'autres "promotions"
qui étaient déjà partis au collège, sans qu'on me signale rien , donc à priori,
sans souci...Mais je n'avais jamais vraiment fait le point avec les profs du
collège... Pas le temps, pas de rencontre institutionnelle, peur peut-être aussi
qu'on me dise des trucs démobilisateurs... Voilà tout ça pour situer le
tableau... Un trimestre plus tard, j'étais désespéré! Mon gamin s'était inséré
dans le moule de manière étonnante: il parlait sans cesse de ses notes qui
étaient excellentes, des rapports avec les profs, mais quasi jamais de ce qu'il
apprenait... Et puis, un jour, il m'a décrit le collège comme il le
voyait...avec une clairvoyance rassurante et encourageante pour l'instit que
j'avais été pour lui: il savait ce qu'il fallait produire et à quel moment il le
fallait en fonction de qui lui demandait. Il m'a alors fait une
démonstration de son acuité en m'expliquant comment se dégager des obligations
de manière à se libérer le plus de temps possible pour soi... Au cours des
rencontres avec les profs, j'ai aussi pu entendre qu'ils avaient repérés les
enfants qui venaient de La Puye par leurs capacités d'adaptation, leurs
capacités à la relation, leurs capacités d'autonomie, ce qui, même s'ils avaient
repéré aussi qu'ils étaient moins férus que d'autres en vocabulaire grammatical,
leur paraissait essentiel au collège. J'ai alors compris qu'au collège, même les
profs les plus traditionnels dans leur enseignement (et peut-être même à cause
de...), ne peuvent que miser sur l'autonomie des élèves.
- en ce qui me concerne, même quand j'ai changé de
poste, je n'ai jamais fait autre chose que de donner à la fin de chaque période
le livret scolaire (celui le plus simple que j'ai pu trouver). Je le
remplis comme je peux mais en toute honnêteté (je ne fais pas d'évaluation, je
ne donne pas de note, je n'ai pas de cahier...). Chacun d'entre eux me prend 1 à
3 minutes. Je ne crois pas m'être trompé plus souvent qu'un qui fait plein
d'évaluations, qui a plein de cahiers et des notes calculées au millième. Je
joins dans ce livret un petit mot disant que je me tiens à la disposition de
chacun si des commentaires sur les résultats scolaires sont souhaités. Je n'ai
quasi jamais de rendez-vous que je ne sollicite pas moi-même.
- en début d'année, j'organise une réunion de
rentrée où j'indique mes partis pris. Par exemple, j'explique pourquoi je
ne note pas (je leur rappelle à ce moment-là, leurs souvenirs d'élèves, de profs
qui notent sévères et d'autres larges, ce qui donc ne veut pas dire grand
chose), j'explique pourquoi je préfère la coopération à la compétition (là
encore, je fais référence à leurs souvenris, vous savez ceux qu'on a tous quand
on a été humilié et découragé), j'explique en quoi les enfants ont de la chance
d'être en classe à cours multiples (là encore, je leur rappelle combien il peut
être pénible lors des réunions de famille ou des anniversaires de leurs
enfants de gérer des enfants de même âge, parce qu'en gros, ils ont
tous besoin des mêmes choses aux mêmes moments). J'explique qu'ils ont le droit
d'être surpris par les outils employés mais qu'à l'école, c'est comme ailleurs,
les choses changent (je fais le parallèle avec des métiers que je sais
pratiqué par des parents présents et influents, souvent en sollicitant leur
aquiescement). J'explique que c'est normal que chaque enseignant ait ses
"méthodes" comme là encore dans chaque corps de métier (je fais là un parallèle
entre les différentes façons de plier le linge selon les familles ou je remets
une couche sur les tours de main différents selon les artisans dans un même
corps de métier). J'explique qu'on ne peut rester assis et silencieux pendant 6
heures (je leur appelle combien ça peut être aussi pénible pour un adulte, je
fais émerger leurs derniers souvenirs là-dessus). J'explique combien le sommeil
est important (je leur rappelle le lendemain de la dernière noce qu'ils ont
faites). J'explique que le temps de travail est moins important que la qualité
(il y a toujours dans l'assemblée quelqu'un qui a souvenir d'un stage
de formation et qui peut attester que c'est fatigant d'apprendre et que ça
ne sert à rien de continuer quand on n'en peut plus) J'explique le vécu est le
meilleur support de l'apprentissage (je fais émerger des souvenirs
d'apprentissages encore valides parce qu'ancrés à un vécu précis et avec ça je
justifie les activités liées aux réseaux Marelle et RERVG, les sorties et
les visites, les classes découvertes, les aménagements...) etc... Je ne parle
donc pas à ce moment de réunion collective en jargon pro, je ne parle quasiment
pas d'organisation dans l'espace et le temps... Finalement, je constate que bien
des parents se satisfont d'un outil qui les rassure, qu'ils ont eux-mêmes
connus, qui est universel pour eux... Du coup, bien des angoisses
disparaissent... Il ne s'agit pas là de manipuler les parents, mais d'ancrer les
débats sur du commun, sur du vécu... En rencontre individuelle, nous allons
souvent plus loin dans le débat parce que nous sommes débarrassés de
l'essentiel...
- j'essaie de vivre des temps avec les parents
(je file un coup de main au rangement de la fête APE, je passe du temps à causer
autre chose qu'école avec eux, je bois un coup avec eux!...). A La Puye,
j'organisais même des dimanches (deux par année seulement quand
même!) travaux à l'école (construction d'une cabane, d'un coin bestioles
etc...) pour que je me trouve dans des situations d'apprentissages avec les
parents, ce qui crée d'emblée d'autres rapports par la suite (parce que
souvenons-nous que nous ne voyons les parents que presque toujours dans des
situations qui nous arrangent, dans des situations où les parents redeviennent
un peu des petits enfants face au maître)... Faire apparaître la personne sous
l'enseignant, il me semble que ça aide à éviter les rapports de systèmes...
- enfin, je me soigne pour mes propres angoisses...
parce que ce sont quelquefois celles-ci qui déclanchent les autres,
non?
Frédéric GAUTREAU
7 place de la mairie 86260 LA PUYE [EMAIL PROTECTED] tél/fax/répondeur: 05 49 46 35 89 portable: 06 26 90 97 82 |
