Comment Madoff s'est servi dans vos cotisations retraite
Par François Krug | Eco89 | 29/06/2009 | 17H30
L'Arrco ne s'en est pas vantée. Comme beaucoup d'autres, l'association
gérant la retraite complémentaire des salariés a été victime de Bernard Madoff.
Elle y a perdu près de 35 millions d'euros. Et les 150 ans de prison que la
justice américaine vient d'infliger au financier n'y changeront rien.
L'affaire n'a pas fait beaucoup de bruit. Elle a été abordée le 10 mars
lors du conseil d'administration de l'Arrco, et a fait l'objet d'un court
article début juin dans Le Nouvel Observateur. Mais le régime de retraite ne
figurait pas dans les victimes françaises déjà connues.
Une réserve de 41 milliards d'euros à placer
L'Arrco, co-gérée par les syndicats et le patronat, ne passe pas pour
un repaire de spéculateurs. Les cotisations de milions de salariés lui ont
pourtant permis de se constituer un petit trésor boursier : une « réserve
technique de financement à moyen et long termes » de 41,87 milliards d'euros.
Pas de chance, l'organisation paritaire a été rattrapée par deux
catastrophes financières. Son président, le syndicaliste de Force ouvrière
Bernard Devy, a dressé le bilan devant le conseil d'administration :
- une exposition de 20,1 millions d'euros sur la banque américaine
Lehman Brothers, qui a fait faillite en septembre ;
- une exposition de 34,9 millions d'euros sur les fonds gérés par
Bernard Madoff, arrêté en décembre.
Le parcours de l'argent est désormais bien connu. Comme beaucoup de
victimes européennes de Madoff, l'Arrco a investi dans la Sicav luxembourgeoise
Luxalpha.
Un placement qui avait tout pour plaire : ses rendements résistaient à
la conjoncture et sa banque dépositaire, la Suisse UBS , offrait un gage de
sérieux. Sauf que Luxalpha confiait ensuite les fonds à Madoff. Des
particuliers se sont eux aussi fait plumer, via leurs banques ou leurs
compagnies d'assurance.
« Ne pas affoler les retraités »
A l'Arrco, on souligne que les sommes concernées ne représentent qu'une
petite partie de la réserve. « Il ne faut pas affoler les retraités », nuance
donc une porte-parole. D'ailleurs, souligne-t-elle, l'Arrco a « un règlement
financier très strict ».
Ce règlement financier n'a pas empêché l'Arrco d'être lésée par Madoff,
mais il a peut-être limité les dégâts. Il est censé encadrer la spéculation, en
fixant des « quotas » dans l'utilisation de la réserve :
- au minimum 60% placés en obligations et titres sûrs ;
- au maximum 40% placés en actions ou dans des fonds.
Les quotas sont respectés, assure-t-on à l'Arrco : les obligations
représenteraient aujourd'hui 70% des placements. Mais l'organisation n'est pas
encore sûre de récupérer un jour les 35 millions perdus en spéculant chez
Luxalpha.
Et le verdict prononcé ce lundi par la justice américaine n'y changera
rien. Les victimes européennes de l'affaire ne peuvent que se retourner contre
UBS et les autres établissements dépositaires des fonds liés à Madoff. Des
banques qui refusent toujours d'admettre la moindre responsabilité dans le
scandale.
Mis à jour le 29/06/2009 à 17h35 après l'annonce du verdict à New-York
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