http://www.atlantico.fr/rdv/nettoyeur/ces-visions-avenir-dont-nos-dirigeants-manquent-cruellement-pascal-emmanuel-gobry-1627171.html#isbsd2XqvKfDDTS7.99

Ce papier de Patrick-Emmanuel Gobry ( https://www.linkedin.com/in/pegobry), que quelques-uns connaissent ici, me parait fondamental pour tout ce que nous pouvons imaginer/engager aujourd'hui.

Il discute d'une grille très simple de lecture de la politique/mentalité architectonique proposée par Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur de Facebook


1. rappel

Selon mon résumé habituel d'Aristote : "l'architectonique est la discipline de la compréhension des choses, qui est donc le premier prérequis de la politique qui est l'art de commander à des hommes libres". Le complément actuel est que les hommes libres sont interconnectés.

1.1. ceci se fait au plan nouveau de la digitalité qui n'est pas seulement à connaître et aménager comme les autres espaces de la cité, mais dessiner et à construire.

1.3 Ceci sert donc à accroître les potentiels de la cité parmi lesquels va se trouver son futur.

1.3. Conséquence : aux côtés des archontes "éponyme" (chef de l'Etat et gestion économique), "basileus" (l'intérieur: société, religion, justice) et "polémarque" (extérieur: armée et affaires étrangères) de la démocratie athénienne il nous faut maintenant un archonte "architarque" qui assume l'ultérieur (territoires technologiques nouveaux)


2. Constitution française

Le rôle de cet Architarque (Montebourg dans le gouvernement actuel ?) est maintenant inscrit à la Constitution sous la forme de la mission étatique de précaution. Elle résulte de ce que "l'homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution" et s'inscrit dans la charte de l'environnement [qui aujourd'hui inclut cette digisphère nationale qui est soit à construire soit à accepter des Etats-Unis] dont :

- "toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration" - "les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en oeuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à [sa dégradation]" - alors que "la recherche et l'innovation doivent apporter leur concours à [sa] préservation et à [sa] mise en valeur"


3. La grille de Peter Thiel

Cette grille de lecture de l'ambition architectonique a deux axes:

- celui de l'idée que l'avenir sera meilleur ou pire que le passé (optimisme/pessimisme)
- celui de l'idée que l'avenir est déterminé ou indéterminé.


4. Le positionnement géopolitique

Selon Thiel l'occident était d'après-guerre était optimiste-déterministe. (Trente glorieuses, la Lune, Concorde, Internet, Plan calcul ...). Ceci a changé, les Etats-Unis sont passés à l'optimisme-indéterministe : montée de la finance à bulles successives faute de vision à long terme.

Le champion pessimiste-déterministe est pour lui la Chine. Les dirigeants savent que la machine va casser, les milliardaires placent leur argent à l'étranger, et les gens épargnent par peur de l'avenir.

Et l'Europe est selon ce schéma, pessimiste-indéterministe. L'euro accompagne une non-croissance morose où personne n'a de proposition pour éviter ce qui peut être la cata ou un long déclin.


5. Le dégagement de l'exécutif américain

Ce que ne voit pas Thiel est la fragilité du digital. Ce qui a conduit son développement est le déterminisme digital US qui se traduit par sa supervision de l'internet qui est principalement aujourd'hui le VGN (virtual glocal network) des USA. Ce déterminisme était, au départ régulé, par la volonté d'un "service téléphonique universel" à tarif unique par péréquation nationale. En 1976/77 s'est posé le double problème :

* au niveau matériel de la bande passante radio et satellitaire
* au niveau logiciel des transmissions de données.

Il en est résulté un consensus, acquis à la FCC en 1977 (licence VAN Telenet/Tymnet) et aux auditions du Congrés en 1978 pour une dérégulation competitive mâtinée d'une limitation que d'aucun oublie : l'interdiction du financement croisé entre les services offerts, afin de préserver des conditions de concurence loyale et interdire l'acquisition de maché par dumping.


5.1. faillite du financement non-croisé

L'ennui est que la digitalité est à trois niveaux (hardware, software et brainware [l'utilisation cérébrique]) et porte sur trois domaines qui sont l'information, la communication et l'intellition [ce qui fait sens, à partir de l'information communiquée]). En tant qu'utilisateurs humains nos deux domaines d'utilisation massive sont le brainware (noogitiel) et l'intellition et tout particulièrement le noogitiel intellitif (cancanage, liberté de la presse, tuyaux, publicité, PRISM, propagande, recherche scientifique, etc. etc.). Il y a là un gisement financier énorme à qui l'on a pas interdit le financement croisé ... et qui ne s'en prive pas, même si l'erreur architecturale localisation/identification présente le contenu comme un composant réseau et soulève le problème de la neutralité du réseau qui est en fait celle de son financement.


5.2. la complexité face à la datamasse

Par ailleurs, depuis la poursuite de Netwon par Kant nous entretenons encore une étrange relation avec la réalité que nous percevons de façon contraire à la manière dont la concevons alors que la complexité, l'exploration de la datamasse, la topologie de l'intelligence en réseau, la socialisation anthropobotique (physique, polylectique, cérébrique homme+machine) va sans doute nous aider à remettre en ordre. Ceci va sans doute nous conduire à une nouvelle vision du digital, sans doute selon deux axes totalement parallèles :

- dans l'entre-réseau par la révision de la pagaille de la couche six présentation absente de l'internet et facteur de sa fragmentation actuelle déjà au niveau des portables : web, Apple, Android, Windows, Firefox, etc. - du coeur de réseaux (nous parlons des réseaux du catenet, c'est à dire le réseau des réseaux) qui va devenir de plus en plus un "brouillard" de réseaux définis par logiciels et orientés contenu actif.


5.3. l'incapacité constitutionnelle de l'ICANN

Sans aller chercher bien loin l'impossibilité pratique de la transition NTIA -> ICANN qui va conduire à la remise en cause de l'IETF il suffit de se souvenir de la formule "code is law", le "source fait loi". Cela vient de ce que l'on ne peut utilise une machine que selon le code qui la régit. Toutefois, si l'on utilise la machine c'est qu'elle ne viole pas la loi. La loi influence donc le code. Mais quelle loi ? Jusqu'à présent la loi et la pratique US. En retirant l'Exécutif au profit d'organisations principalement incorporées aux USA, donc sous juridiction US, le gouvernement américain fait passer l'internet d'un état de protectorat à un état de colonie.

L'ennui est que déjà le vers est dans le fruit. La RFC 6852 qui reflète le paradigme normatif de cet internet américain, reconnait l'indépendance des "communautés globales" et le bien qu'elles représentent pour l'humanité. La colonie américaine est déjà fragmentée en vice-royauté Google, Apple, Amazon, Facebook, Microsoft, etc. Un consensus de façade s'applique dans le cadre de l'"internationalization" normative dans le cadre du consortium Unicode. Mais ....

- Unicode est utile à la "internationalization" (i.e. colonisation américaine par la norme dans le cadre de la "globalization" - mondialisation technique) - si elle est cohérente avec le dispositif du IANA et des normes IETF qui la documentent - pour autant que la valeur ajoutée du dispositif (jusqu'à maintenant supervision souveraine US du NTIA) inspire confiance.

Or l'ICANN ne peut techniquement pas inspirer confiance en raison de son obligation de mensonge au sujet du DNS qui la fait vivre et maintient la cohésion de l'ensemble. L'ICANN garantissant la stabilité des RIRs et donc de l'adressage, la perte de crédibilité de l'ICANN affectera les RIRs et sans doute IPv6.

Les solutions de remplacement, faute d'avoir été envisagées par l'iAB, seront prises par les uns et les autres. La flexibilité de la technologie développée pour aller bien au-delà du statUS-quo permettra la continuité des opérations sans trop de gros problèmes (juste sans doute quelques grosses failles de sécurité découvertes à l'occasion). La fragmentation interapplicative deviendra sans doute une fragmentation réseau qui sera normativement résolue dans le cadre de l'UIT ou son équivalent (organisation mondiale de la digitalité ?).

Ceci a nom scientifique bien connu : la manière dont l'univers se constitue : l'auto-organisation critique (SOC dans Wikipédia).


6. Le village Gaulois

La Constitution nous guide.

Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement digital qui doivent être recherchées au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation; ce à quoi toute personne a le devoir de prendre part en prévenant les atteintes qu'elle est susceptible d'y porter et le droit d'accéder aux informations détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques en la matière, la recherche et l'innovation devant apporter leur concours.

Ceci a un nom simple : contre-guerre de résistance digitale locale. Faire la guerre à la situation de guerre économique et digitale globale que toute cette impréparation, cette morosité et cette recherche du profit US à tout crin va nous amener.

Pourquoi locale ? Simplement parce que c'est comme cela que l'internet est construit et donc que c'est possible. Le propos du projet internet était

(1) de démontrer dans le cas d'ARPANET que l'idée du Catenet ("réseau des réseaux") de Louis Pouzin tenait la route. (2) de faire que si cela marchait (et cela a marché) que cela puisse être utilisé par tous et toutes les technologies comme venait de s'y mettre Tymnet (que je venais de rejoindre). Ceci a été bloqué politiquement pour n'être appliqué que pour le VGN (virtual glocal network américain). Il est tant de l'appliquer pour tout le monde.

Vint Cerf dans son document fondateur défini "local" comme ce qui a trait à un espace relationnel. Ce peut être celui de chacun d'entre nous, d'une ville, d'un métier, d'une nation. Je propose l'échelle de mon village comme point de départ, puis d'une alliance intervillageoise, etc. vers le maillage national et mondial tant retardé au profit de l'establishment militaro-industriel US dont le BUG a été de tenter "of Being Unilaterally Global". C'est pas comme cela que l'humanité marche.

Et pas les Gaulois en tout cas.

jfc morfin
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