Notre perte d'Alsthom est bien documentée dans le papier ci-après. Ce
qui est intéressant est l'exactitude de l'analyse sur la guerre
normative et la colonisation juridique mondiale que nous vivons au
quotidien pour l'internet.
Egalement que ceci est totalement notre faute par pure passivité.
Dans le cas de l'internet par exemple j'estime à guère plus de
200.000 euro + Libre pour une réunion non Bigmillion et validation
proto + une cohérence de discours (un plan clair expliqué par
Montebourg: cela ne coûte pas grand chose sauf de savoir quoi dire et
d'avoir les cojones pour) pour une réponse nationale que nous allons
faire, mais de bric et de broc.
Clémenceau était le Père la Victoire et le perd la guerre, Cette fois
ci, c'est le perd la France ...
On en reparle après les RMLL ....
auteur :
Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des
recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le
Renseignement (CF2R).
Texte:
La récente vente d'ALSTOM à General Electric (GE) pose un problème
fondamental de souveraineté à notre pays, tant en matière énergétique
que militaire, deux domaines dans lesquels notre indépendance est
désormais, il faut bien le dire, révolue.
En matière de turbines pour les bâtiments de surface et les
sous-marins de la marine nationale, GE se trouve désormais être un
fournisseur en situation de quasi monopole, ce qui rendra notre
flotte de guerre très largement dépendante de ses livraisons.
En matière de surveillance de l'espace, nous cédons également la
filiale d'ALSTOM Satellite Tracking Systems, qui fournit nos armées -
en particulier la Direction du Renseignement militaire (DRM) - et qui
contribue à l'efficacité de notre dissuasion nucléaire par la
surveillance constante de l'activité et de la position des satellites
alliés ou adverses.
Sur le plan du nucléaire civil, nous sommes, par cette vente,
totalement entre les mains de GE pour l'approvisionnement de nos
centrales en turbines, en pièces de rechange, mais aussi en matière
de développement de ces composantes essentielles pour le
fonctionnement d'installations nucléaires. Le rachat de cette filiale
critique remet directement en cause notre maitrise intégrée de la
construction d'une centrale - donc notre autonomie - et nous prive de
débouchés export, car ALSTOM est l'un des leaders mondiaux en la matière.
Dans tous ces domaines, nous venons d'abandonner à la fois notre
souveraineté, des savoir-faire technologiques essentiels que peu de
pays au monde maîtrisent et que nous avons mis des années à
construire, et une entreprise rentable qui dispose de débouchés
commerciaux indéniables
Pour ceux qui considèrent que « tout cela n'est pas très grave », il
convient préciser que désormais les priorités de R&D pour ces
composants ne se feront plus selon les critères de la Marine
Nationale ou d'EDF, mais selon les priorités de GE décidées outre-Atlantique.
En ce qui concerne plus précisément la filiale Satellite Tracking
System, véritable joyau technologique, il est indispensable de bien
connaître les enjeux de ce secteur et la logique des entreprises
américaines pour comprendre l'intérêt qu'elle revêt pour General
Electric. Certes, il ne s'agit pas ici de l'unique motivation, mais
elle est néanmoins l'une des principales.
J'en suis d'autant plus convaincu que personne, ni côté français, ni
côté américain n'en a parlé. Or un tel silence assourdissant est
révélateur. Pourquoi ? Parce que le contrôle de l'espace et notamment
des données montantes et descendantes vers les satellites est un
enjeu majeur pour les décennies à venir. Cela est stratégique non
seulement pour la connaissance des moyens satellitaires adverses,
mais aussi pour la protection de notre force de dissuasion. De plus,
cela concerne aussi les drones, Google, les télécommunications, etc.
Certes, la France, n'est pas la seule à disposer de cette capacité.
Toutefois, elle fait partie d'un club très fermé - comme pour les
turboalternateurs et le nucléaire - à maîtriser ces savoirs de
pointe. Dans ce cas, le rachat par GE n'a pas pour but d'acquérir une
technologie dont les Américains ne disposeraient pas, mais au
contraire d'en priver un allié souvent rétif, dérangeant, et surtout
un concurrent réel. La France sera désormais aveugle en la matière et
nous n'aurons d'autre option que de nous ranger derrière la bannière
américaine et d'adhérer à leur politique étrangère de plus en plus
irresponsable et dangereuse pour la paix mondiale. Il n'est qu'à
suivre l'évolution du Moyen-Orient depuis 2003 pour le mesurer.
Ce n'est pas bien sûr l'unique raison. En matière nucléaire, les
Américains savent tout faire, sauf des turboalternateurs. Il leur
fallait donc acquérir cette compétence par un rachat majeur, d'où le
ciblage d'ALSTOM. De plus, sur le plan commercial, ce qui intéressait
particulièrement GE c'était la base installée d'ASLTOM (clients et
marchés). Ainsi, des impératifs stratégiques, technologiques et
commerciaux sont à l'origine de cette opération
Notons au passage que tout a été fait pour convaincre le public
français des « bonnes intentions » de GE : nos médias (télévisions,
radios, presse écrite) ont été inondés, en mai et juin, par des
spots, messages et publicités vantant le sérieux de la société
américaine. Quand on analyse cette campagne de communication, son
budget donne une idée des moyens accordés par la société américaine
pour parvenir à ses fins ; et cela pose la questions des agences
médias françaises y ayant collaboré à des fins mercantiles
Il est difficile pour des esprits français de comprendre que, côté
américain, il puisse exister une combinaison d'intérêts commerciaux
et stratégiques, tant cela paraît contradictoire avec le
libre-échange prôné par Washington.
Bien sûr, cette combinaison d'intérêts commerciaux et stratégiques
directs peut sembler contraire à la logique de libre-échange que
prône traditionnellement Washington. Le discours américain sur
disparition des mesures protectionnistes est fait pour les autres
Tout ce qui relève de l'intérêt stratégique des Etats-Unis est
prioritaire, comme Hillary Clinton l'explique dans son dernier livre
(Hard Choices), dans lequel elle révèle n'avoir cessé de faire du
lobbying pour GE.
En France, nous raisonnons encore en termes de marché et de
rentabilité, alors que nos adversaires d'outre-Atlantique raisonnent
en termes de puissance. Contrairement à ce que trop d'acteurs
hexagonaux imaginent, chez les Américains, les intérêts nationaux
priment sur les intérêts commerciaux ; mais ceux-ci ne sont pas
négligés pour la simple et bonne raison que les deux vont de pair,
car il existe une forte symbiose entre l'action politique et l'action
économique. Il ne faut pas oublier que ce sont les grands groupes
industriels américains qui financent l'élection présidentielle comme
celles de tous les représentants au Congrès et au Sénat. En retour,
ces élus soutiennent leurs sponsors pour l'obtention de marché, en
Amérique comme à l'international. Ainsi, dans les faits, les
Etats-Unis sont davantage une « Moneycratie » qu'une démocratie.
Surtout, depuis la fin de la Guerre froide, les Américains ont
développé une vraie stratégie de domination politique, juridique et
économique : la mondialisation n'est finalement qu'une conversion de
la planète aux normes américaines. Le reste du monde est ainsi devenu
le 51e Etat de la confédération où le droit et les lois américaines
s'appliquent. C'est là la définition même de l'impérialisme.
S'ils sont à blâmer pour leur impérialisme de plus en plus marqué, il
serait malvenu de reprocher aux Américains leurs succès. Ils se sont
fixés des objectifs, se sont donné les moyens de les atteindre et y
parviennent le plus souvent. Certes, cela se fait généralement au
détriment des autres. Mais cela est possible parce que face à eux,
personne n'ose réagir. Et nous, Français, nous abdiquons comme les
autres ! Donc fustigeons d'abord notre passivité et notre
irresponsabilité : nous ne sommes finalement que des victimes consentantes !
Pourtant, à travers l'accord annoncé, le gouvernement français
déclare avoir reçu de GE des garanties, tant pour l'approvisionnement
en composants critiques que quant à la localisation des centres de
décision dans l'hexagone. D'ailleurs, 20% du capital reste français
C'est bien évidemment une illusion totale, une erreur de lecture, une
méconnaissance profonde des montages économico-juridiques et des
pratiques américaines. Les 20% de participation d'Etat ne seront
qu'une sorte subvention française à la politique de GE qui aura moins
à dépenser pour atteindre son but.
En fait, GE a eu ce qu'il voulait. Jeffrey Inmelt, le patron de GE
n'a pas augmenté le montant du prix d'achat, il a seulement donné une
Golden Share au gouvernement français et a consenti à quelques
concessions qui ne l'engagent pas et ne lui coûtent rien : la
promesse que la maintenance nucléaire et les centres de recherche et
de décision resteront en France.
Mais en réalité, tout va se jouer lors de la mise en place des
modalités pratiques de cet accord. Et nous risquons bien alors de
nous retrouver « gros jean comme devant », sauf si l'Etat sait se
battre pour que l'accord ne soit pas dénaturé.
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