Dans son message exp�di� le 02/02/2005 16:45, Luc home, <[EMAIL PROTECTED]>,
�crivait ...
> Dormez bien brave gens , ... dormez bien . Tout va bien !
"Dormez, braves gens, il est minuit, tout va bien, du pain du vin du
Boursin... Mini-Prix fait le maximum!"
Ci-apr�s, copie d'un document (d�j� bien diffus� par le pass�) aff�rent au
sommeil, voire l'anesth�sie de notre bon peuple:
La nouvelle majorit� silencieuse
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Le client est roi ! C'est bien connu.
Le probl�me est que chacun voudrait �tre roi ...
Qui n'est pas plus choy� aujourd'hui que "le client" ? C'est pour lui que
l'on a invent� le concept de "qualit� totale", de "satisfaction totale", de
"z�ro d�faut". C'est pour la satisfaction du client que le produit ou le
service doit �tre disponible � l'endroit et au moment o� il en a besoin, ou
simplement l'envie. Au meilleur prix, bien s�r.
C'est lui que flatte la publicit�. C'est lui que les journaux auscultent au
st�thoscope de l'audimat. C'est lui que les grandes marques cherchent �
"fid�liser" en r�p�tant tout au long de l'ann�e le coup du p�re No�l. Le
client n'a jamais �t� couvert d'autant de cadeaux... qui camouflent
d'�normes entreprises de marketing. Comme on dit, avec le coeur sur la main,
dans les revues o� l'on parle de la "science du march�" (c'est-�-dire du
g�teau) : "le client est le patrimoine le plus pr�cieux de l'entreprise".
Mais, plus encore, l'important n'est-il pas surtout d'offrir en prime une
simulation du bonheur au milieu d'un tas d'avantages inutiles ?
Fr�d�ric Beidgbeider, cr�atif repenti, dans un roman aux qualit�s douteuses
mais dont l'actuel succ�s de vente r�sonne comme un signal dans le ciel des
publicitaires reconna�t avoir pris plaisir � la magie qu'il y a � "donner
envie � des gens qui n'en ont pas les moyens d'acheter une nouvelle chose
dont ils n'avaient pas besoin dix minutes auparavant" (1). En cela, il
confirme la r�flexion du sociologue Jean Baudrillard qui �crivait, il y a
une douzaine d'ann�es d�j�: "il a longtemps suffi au capital de produire des
marchandises, la consommation allant de soi. Aujourd'hui, il faut produire
les consommateurs, il faut produire la demande elle-m�me et cette production
est infiniment plus co�teuse que celle des marchandises... "(2)
Le bonheur ne s'est jamais autant affich� sur les murs de notre vie
quotidienne. Le publicitaire Jacques S�gu�la s'en r�galait devant ses
contradicteurs chaque fois qu'il passait sur antenne. Que les villes
seraient tristes, disait-il, sans l'imagination des publicitaires... Et
pourtant, �crit encore l'iconoclaste Fr�d�ric Beigbeder: "Tu veux �tre
allong� sur une pelouse et pleurer en regardant le ciel. La publicit� a fait
�lire Hitler. La publicit� est charg�e de faire croire aux citoyens que la
situation est normale quand elle ne l'est pas. Comme ces aboyeurs nocturnes
du Moyen Age, elle semble crier continuellement: "Dormez, braves gens, il
est minuit, tout va bien, du pain du vin du Boursin... Mini-Prix fait le
maximum!"
La publicit�, toutefois, ne fait pas que des heureux comme l'indique des
enqu�tes peu diffus�es - il ne faut pas effrayer les annonceurs. Un sondage
de Carat France indique ainsi que 61 % de nos voisins fran�ais
appr�cieraient qu'il n'y ait plus d'�crans publicitaires � la t�l�vision et
80 % avouent "souvent ou tr�s souvent" changer de cha�ne quand vient la pub.
La pub dans les magazines est moins critiqu�e. Ce n'est pas parce qu'elle
plait davantage. C'est qu'on peut plus facilement s'en d�tourner !
Le client est choy� comme un b�b�. Les publicit�s fleurissent qui montrent
comment un savon, un yaourt, un si�ge de voiture, ... ont �t� pens�s dans
des laboratoires sophistiqu�s o� on s'adonne dans une recherche scientifique
pleine de sollicitude pour prot�ger la peau du vieillissement, maintenir en
forme un syst�me digestif surcharg�, ou le dos souffrant de ce cher client.
On cherche � obtenir sa "confiance" � tout prix. Les m�contents sont
rembours�es sans discuter. Les financiers s'int�ressent de pr�s � son
comportement. Ils n'osent quitter des yeux les courbes de la croissance de
la consommation. Publicitaire, "Tu es � la pointe de la soci�t� de
consommation et � la cime de la soci�t� de communication" (1).
Rendre public...
Mais un beau jour, "l'id�ologie du client" (3) se retourne.
C'est pour le client qu'on "�crase les prix"... Mais, en �crasant les prix,
on presse aussi les travailleurs, les employ�s, les cadres qui doivent tous
�tre soumis � la cause de l'entreprise. Le client, quant � lui, n'aurait
semble-t-il pas d'�motions citoyennes. Il se moquerait de ce qui se passe
dans la bo�te noire: que l'on d�localise l'emploi en Asie, que ses v�tements
soient fabriqu�s � bas prix par des enfants dans le Tiers-Monde, que des
entreprises p�troli�res soutiennent des r�gimes autoritaires oui polluent la
mer... Peu importe, pourvu que les prix et les d�lais soient respect�s.
"C'est tout b�n�fice". Le pouvoir est dans le ticket de caisse ! On a
pourtant vu plus d'une fois des entreprises d'ameublement, de sport ou
d'habillement faire marche arri�re devant l'action d'associations de
citoyens/consommateurs. Celles-ci avaient alors pour seule arme... la
publicit�. Mais celle-ci n'avait cette fois plus rien � voir avec le r�ve et
la s�duction. il s'agissait bien au contraire de rendre public ce qui
n'aurait pas d� �tre d�voil�, � savoir les conditions de production des
produits propos�s aux clients occidentaux.
Derri�re chaque consommateur, il y a, on l'esp�re, un citoyen qui veille.
Celui-ci se r�veillera le jour o� il d�couvrira que le client exigeant et
inconscient qu'il est parfois est aussi, en d'autres instants, le m�me
travailleur "press�" de faire preuve de souplesse, de flexibilit�, de
soumission. Mais pour cela, il faudrait retrouver "le regard du social",
red�couvrir notre capacit� de vivre ensemble, notre d�sir de faire soci�t�.
Alors nous comprendrons � quel point l'univers de la consommation, et son
alli�e, la communication publicitaire nous r�duisent a n'�tre que des
�lectrons libres sans autres attaches que les c�l�brations hebdomadaires du
supermarch�.
Mais les masses ne s'expriment plus. On les sonde, on les teste, on les met
en cartes et en puces. "Le seul r�f�rent qui fonctionne encore, c'est celui
de la majorit� silencieuse, �crit encore Jean Baudrillard. Tous les syst�mes
actuels fonctionnent sur cette entit� n�buleuse, sur cette substance
flottante dont l'existence n'est plus sociale, mais statistique, et dont le
seul mode d'apparition est celui du sondage. Simulation � l'horizon du
social, ou plut�t � l'horizon de laquelle d�j� le social a disparu".
Christian Van Rompaey
(1) Fr�d�ric Beidbeder, �ditions Grasset 2000.
(2) A l'ombre des majorit�s silencieuses ou la fin du social,
JeanBaudrillard, Editions Sens & Tonka (r��dition 1997).
(3) L'id�ologie du client, Pierre Lazuly, Le Monde Diplomatique 1998.
Extrait de "En Marche" du 5 octobre 2000.
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