Bonjour,

Vous avez tous réagi au quart de tour (et ça se comprend) sur cette
info, mais à ce jour (58 messages pour ce fil de discussion; je n'en ai
lu qu'un sur trois aléatoirement) personne ne semble pris la peine
d'expliquer dès le début aux gens pas au courant de *quoi* il s'agissait
exactement; il leur faut lire entre les lignes.

Un lien aurait aidé :
http://www.indidea.org/gael/fr/fired-message.php

Et voici le message de Gaël Duval :

«
Viré, simplement viré. 


Note préliminaire : je tiens à préciser que ce message a comme objectif
d'expliquer les choses, le plus simplement possible, sans volonté aucune
de nuire à la société Mandriva. En particulier je tiens à dire que je
souhaite vraiment que Mandriva réussisse et puisse continuer à faire
vivre ses 120/130 employés. La situation actuelle - loin d'être
catastrophique à mon avis étant donnés les projets en cours - n'est je
ne l'espère qu'un trou d'air, la tendance du marché Linux restant très
positive. Par ailleurs, je tiens également à préciser que je reste
actionnaire de Mandriva.


Viré. Et oui, viré, simplement viré de Mandriva, dans le cadre du plan
de licenciement économique en cours. Plus de 7 années après que j'ai
créé Linux-Mandrake, puis Mandrakesoft, le patron actuel de Mandriva me
"remercie" et je pars la gorge serrée avec mes deux mois d'indemnités de
licenciement et mes congés payés pour toute indemnité. C'est une état
psychologique difficile à vivre d'essayer d'accepter qu'en 1998 j'ai
créé mon emploi et une société qui donne du travail à des dizaines
d'employés, et qu'un après midi de février 2006, le boss de cette
société m'appelle pour m'annoncer que je m'en vais.


Alors de l'amertume il y en a, oui, et doublement : qu'il y ait encore
besoin d'un plan social parceque les résultats sont dans le rouge, c'est
déjà pitoyable étant donné que nous avions remis la société à
l'équilibre en 2003/2004 et qu'il avait été décidé que ça devait rester
ainsi. Que je fasse partie de ce plan social, c'est également dur à
digérer.


Evidemment, avec le recul, j'aurai du m'attendre à mon éviction puisque
mon changement de statut dans la société il y a quelques mois pour
m'occuper de la communauté à plein temps tombait - rétroactivement - à
pic pour que je me fasse éjecter en vol à la première occasion. Les
raisons ? Sans rentrer trop dans les détails, mes relations avec mon DG
- très prochainement PDG - n'ont jamais été extraordinaires et ne sont
donc sans doute pas étrangères à cette situation.


Pourtant, sous sa pression il y a 8 mois, j'en suis arrivé à « lâcher »
la direction de la communication. Ce poste de responsable de la
communication auquel j'étais arrivé par hasard car personne ne voulait
s'occuper de com chez Mandrakesoft il y a quelques années, je l'ai
pourtant quitté avec soulagement car c'était très difficile de
travailler avec un budget com quasi-inexistant. Et puis j'ai quitté ce
poste avec le sentiment d'une mission accomplie car j'avais initié et
lancé il y a un an la grande refonte de nos sites web, afin de donner
une image plus professionnelle à Mandriva.


Sur ma proposition et en accord avec mon directeur général, je me suis
donc lancé dans une nouvelle mission ayant pour but de redorer le blason
de Mandriva auprès de la communauté Linux/Open Source et, plus
généralement, technologique. Cette mission a d'ailleurs été présentée
par mon directeur comme « un ingrédient essentiel » du succès futur de
Mandriva.


Il y a quelques jours j'ai pourtant appris par un communiqué que je
faisais partie des « dépenses jugées non essentielles »


Ce n'est visiblement donc plus essentiel de préparer l'avenir, ou de
lancer de nouveaux projets comme je l'ai fait à de maintes reprises ces
toutes dernières années (nouvelle ergonomie de Mandrake Linux, projet
Move etc.)


En fait, mon crédo a toujours été que la base des utilisateurs de
Mandriva et la communauté Linux étaient les piliers essentiels sur
lesquels nous reposions, et que le meilleur moyen pour faire du business
pour nous était d'étendre au maximum cette base d'utilisateurs pour
ensuite vendre des services à valeur ajoutée à une fraction de cette
base énorme. J'ai toujours défendu cette position et oeuvré dans ce sens
- les tous débuts de Mandrake en ont été la meilleure illustration - ce
qui impliquait de ma part un lobbying interne pour sortir des produits
de meilleure qualité et de valoriser leur image au sein de la communauté
Linux/Open Source, éminament prescriptrice auprès du reste du monde IT.
Cette approche a d'ailleurs montré ses effets quand j'ai eu l'occasion
de m'en occuper : les revenus Club n'ont jamais été aussi importants que
quand je rédigeais moi-même les pages web qui incitaient les
utilisateurs à s'inscrire. Mais c'était loin d'être une approche
majoritaire au sein de la société, et la suppression de mon poste «
community » en dit long sur le poids actuel de cette position au sein de
la société.


Maintenant je ne sais pas où ira la société. Ma perception des choses
est qu'elle essaye de se tourner de plus en plus vers le monde de
l'entreprise, et que c'est assez laborieux pour l'instant. Mandriva
ressemble de plus en plus à une société normale, lissée, en apparence,
qui perd pourtant son âme et sa mission originelles : celle de créer un
OS libre facile à utiliser et alternatif à Windows, pour s'engager dans
la voie des services aux entreprises, activité de toute SSLL lambda.
Mais dans le même temps elle continue à sortir quand même des produits
pour la communauté des geeks Linux. Disons que pour le moins la
stratégie est confuse, faite, selon moi, d'une aggrégation des
opportunités du moment.


Donc voilà, c'est la fin de l'aventure Mandrake/Mandriva pour moi.
Simplement, les tribunaux vont juger du préjudice que je subis et de la
véritable justification de mon licenciement. J'ai la désagréable
impression d'un immense gâchis par rapport à mon projet initial,
l'impression d'une aventure avortée, sentiment renforcé par le fait que
j'ai alerté à deux reprises en 2005 (le 11 juillet et le 10 octobre) mon
président sur l'évolution inquiétante de la société en terme de gestion
et de business.


Néanmoins, j'essayerai de me souvenir surtout de tous les bons moments.
Je tiens en outre à témoigner de ma sympathie et de ma reconnaissance à
tous les développeurs et contributeurs qui tous les jours, sans relâche,
améliorent la distribution Mandriva Linux. Continuez, vous oeuvrez pour
le bien collectif.


Maintenant il est temps pour moi de penser à l'avenir. Je vais tenter de
créer de nouveaux projets avec l'ambition qu'ils pourraient peut-être,
dans l'idéal, un jour changer le monde, tout en assurant ma subsistance
et celle de ma famille.


J'ai travaillé depuis un an lors de mon temps libre à un nouveau projet
de système open-source « Ulteo », proposé d'ailleurs à Mandriva fin 2004
mais non retenu. J'espère pouvoir lancer une première version test dans
les toutes prochaines semaines. Si ce projet se concrétise bien (et si
ça fonctionne), il devrait engendrer un changement important dans la
façon que les gens ont d'utiliser Linux en particulier et les systèmes
d'exploitation en général. Guettez les contenus et inscrivez-vous sur
http://www.ulteo.com si vous voulez en savoir davantage.


Par ailleurs - dans tout autre domaine - si vous voulez envoyer des
drones civils semi-autonomes (eau, terre ou air) à l'autre bout du
monde, contactez-moi, ça m'intéresserait énormément de bosser dans ce
domaine également.


Et puis, il y aura aussi sans doute un livre sur l'histoire de Mandriva
vue de ma lorgnette, un éditeur serait déjà intéressé aux USA. Il est
commencé depuis belle lurette, il faut juste que je le finisse.


Longue vie à Linux et au Logiciel Libre !


Gaël.

»


Bonne fin de semaine à tous et bonne continuation à Gaël Duval
(mais je ne serais pas surpris que comme Steve Jobs avec Apple il soit
rappelé chez Mandriva)
SL 

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