Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne (UMR  
8103, CNRS-Paris 1)
Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne


Séminaire « Raison(s) pratique(s) »

Organisé par Élodie Djordjevic, Jean-François Kervégan, Jamila Mascat  
et Sabina Tortorella,
avec le soutien de l'Institut des sciences juridique et philosophique  
de la Sorbonne (UMR 8103)

http://nosophi.univ-paris1.fr/groupes/SeminaireRaison-sPratique-s.htm
Programme 2020-2021


Jeudi 26 novembre 2020, 17h30-19h30, Salle de lecture de NoSoPhi* :
Louis CARRÉ (Université de Namur), « La “seconde nature” comme concept  
critique ».


Jeudi 14 janvier 2021, 17h-19h, Salle de lecture de NoSoPhi* :
David WITTMANN (Université Lyon III), « Les sujets des institutions  
chez Hegel »


Jeudi 11 février 2021, 17h-19h, Salle de lecture de NoSoPhi* :
Katia GENEL (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Honneth et les  
maux de la vie sociale moderne. Réflexions sur l'actualisation du  
modèle hégélien ».


Jeudi 4 mars 2021, 17h-19h, Salle de lecture de NoSoPhi* :
Zdravko KOBE (Université de Ljubljana), « L’État de Hegel en tant  
qu’institution épistémique : conséquences politiques du changement  
structurel du savoir ».


Jeudi 1er avril 2021, 16h30-18h30, Salle de lecture de NoSoPhi* :
Isabelle AUBERT (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Rationalité  
et solidarité dans la Théorie critique ».


Juin 2021, 17h-19h, Salle de lecture de NoSoPhi* :
Benno ZABEL (Rheinische Friedrich-Wilhelms Universität), « Kritik der  
Rechtskritik ».


* Centre Sorbonne, escalier K, 2e étage, salle G 615 bis
 
Argumentaire
Le vocabulaire de la norme et de la normativité connaît aujourd'hui  
une faveur croissante. Plus avant, par delà le simple usage de termes  
d’ailleurs susceptibles de recevoir des acceptions fort distinctes,  
les enjeux et interrogations soulevés par la normativité, son statut,  
la manière dont il faut la comprendre et dont elle peut s’effectuer,  
sont massivement présents, notamment dans le champ académique et les  
différentes disciplines qui le composent, notamment dans les domaines  
du droit, de la philosophie, des sciences humaines et sociales.
Dans ce contexte, certains auteurs de la philosophie classique  
allemande ont fait l’objet d’un intérêt renouvelé et l’on connaît, à  
cet égard, la fortune de la philosophie habermassienne, dans la  
reprise et les transformations qu’elle opère avec la pensée kantienne.  
De même, l’idéalisme allemand a connu, à partir de la fin des années  
1970, une certaine renaissance dans le cadre du projet de la  
Rehabilitierung der praktischen Philosophie. Depuis plusieurs  
décennies, la fécondité de la pensée hégélienne a été mise en lumière,  
notamment s’agissant des enjeux soulevés par les questions attenantes  
à la normativité pratique. Grâce aux travaux de L. Siep et d’A.  
Honneth – et d’A. Kojève avant eux –, le thème de la reconnaissance  
s’est ainsi imposé au cœur des débats contemporains en philosophies  
politique, sociale et du droit, inaugurant à l’échelle internationale  
une voie de réflexion riche et fructueuse (Ch. Taylor, J. Habermas, A.  
Honneth, N. Fraser, P. Markell, F. Neuhouser, E. Renault, F.  
Fischbach, J.-Ph. Deranty). Longtemps rejetée par la philosophie dite  
“analytique”, la philosophie hégélienne – et singulièrement sa  
“philosophie pratique” – est en outre désormais régulièrement  
convoquée par des auteurs issus de cette tradition comme une pensée  
d’intérêt pour penser le droit, les rapports sociaux, le monde social  
et la normativité qui y est à l’œuvre. Ainsi a-t-on pu parler d’un «  
Hegel Revival » (P. Redding) qui a notamment conduit à déceler une  
théorie de l’« agentivité » (agency) chez le philosophe sans doute le  
plus connu de l’idéalisme allemand, duquel on propose d’ailleurs  
volontiers des lectures « pragmatistes » (R. Pippin, T. Pinkard). S’il  
s’agit là d’usages, comme d’ailleurs de méthodes d’interprétation et  
de lecture, très différents, il semble toutefois que ces divers  
recours soulignent la fécondité que la contemporanéité reconnaît à la  
philosophie de Kant et des auteurs de l’idéalisme allemand pour penser  
des objets qui n’étaient pas toujours immédiatement les leurs, par  
delà, donc, le travail exégétique ou historique qui peut être fait sur  
ces pensées.
Toutefois, ces recours à certains aspects de la philosophie pratique  
kantienne et/ou des philosophes de l’idéalisme allemand ne vont la  
plupart du temps pas sans une certaine renonciation – voire un abandon  
et un rejet radicaux – de la conception de la raison qui semble  
pourtant au cœur de ces pensées et, peut-être, du tournant  
philosophique qu’elles constituent : celle d’une raison qui, comprise  
comme faculté de l’universel, a fondamentalement une vocation  
pratique. Si l’on peut en effet tenir que l’idée d’un primat de la  
raison pratique est l’un des traits qui caractérise les pensées qui,  
assumant le tournant critique kantien, peuvent être regroupées sous le  
nom d’« idéalisme allemand », c’est précisément les thèses les plus  
fortes sur la raison et la rationalité qui semblent être mises de côté  
par beaucoup des « réactualisations » contemporaines qui en sont  
faites, soit que la raison alors mobilisée soit jugée métaphysiquement  
trop « lourde », soit que l’histoire du dernier siècle ait conduit à  
la remise en cause d’un certain optimisme ou d’une certaine idée du  
progrès attachés à la conception de la raison liée à l’Aufklärung.  
C’est ainsi à un scepticisme de la raison que semble conduire dans son  
mouvement le tournant post-métaphysique, de telle sorte encore qu’on a  
pu dire de la raison moderne qu’elle connaissait une véritable « crise  
». De cette « crise », il s’agit de mesurer les conséquences  
s’agissant de la pratique elle-même comme de sa saisie rationnelle. Se  
confronter à cette crise, est-ce nécessairement renoncer à la raison  
en un sens plein, c’est-à-dire une raison qui ne soit précisément pas  
réductible aux raisons (de l’agent) sur lesquelles semble  
essentiellement se concentrer, notamment, la philosophie contemporaine  
de l’action ? La crise de la raison moderne doit-elle conduire à  
reléguer la saisie de la pratique et la position de sa critique à de  
simples raisons, toujours ultimement particulières ? Autrement dit  
conduit-elle à renoncer, en matière pratique, à l’exigence de  
l’universel : de renoncer à quelque chose comme une raison pratique à  
la faveur de simples raisons ? Serions-nous alors acculés à  
l’alternative dont les deux branches seraient constituées, s’agissant  
des normes, au fait de les reléguer à l’irrationnel ou bien de les  
faire dépendre d’un simple espace logique des raisons ?
Mais s’il est vrai que la crise est ce qui doit conduire à « revenir  
aux questions elles-mêmes et requiert de nous des réponses » (H.  
Arendt), ne faut-il pas plutôt voir en celle que connaîtrait la raison  
une invitation à reprendre les investigations sur cette raison  
elle-même et sur la conception que, dans son lien intime avec la  
pratique, les penseurs de l’idéalisme allemand ont pu en proposer ? En  
effet, en rejetant, sans plus de procès, la conception de la raison  
telle que la détermine, à la suite de Kant, l’idéalisme allemand et à  
laquelle semblent au moins pour part liées ses thèses pratiques les  
plus fortes, ne renonce-t-on pas par là même à ce qui en constitue  
peut-être la grande fécondité pour notre contemporanéité, dans la  
mesure où de cette raison procèderait à la fois les moyens de la  
critique, de l’action et de transformation du réel ? Ne peut-on plus  
sans absurdité se revendiquer, pour paraphraser et en renversant  
Gramsci, de l’optimisme de la raison pratique ?
Tels sont certains des enjeux et questions que le séminaire «  
Raison(s) pratique(s) » souhaiterait aborder, en faisant dialoguer des  
traditions possiblement distinctes, mais qui semblent toutefois  
animées par des problèmes et des enjeux sans doute moins éloignés  
qu’ils ne peuvent d’abord paraître.



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