** REPENSER LE « NOUS » EN TEMPS DE PANDÉMIE

Séminaire de recherche 2021-2022

Organisé et animé par Lucia Angelino et Marc Crépon

Archives Husserl de Paris

(UMR 8547, CNRS-ENS)

Marie Sklodowska Curie Actions “Enduring We”


Vendredi 19 novembre 2021 – salle Évariste Galois, 45 rue d’ULM (NIR), 
de 16h30 à 18h30

Lucia ANGELINO (Archives Husserl-Pays Germaniques-UMR 8547 CNRS-École 
normale supérieure, Paris)

Introduction au séminaire et séance d’ouverture


Au centre de ce séminaire il y a l’idée que la pandémie en appelle à une 
réflexion sur le “nous” capable de se situer à une échelle planétaire, 
c’est-à-dire de théoriser la relation d’interdépendance qui nous unit en 
une seule humanité.

Nous voudrions accorder une attention particulière non seulement au fait 
qu’il est tout à fait réaliste de parler aujourd’hui de l’humanité comme 
unité première de survie, mais aussi au fait que les individus qui en 
font partie n’en ont pris qu’une conscience vague et très limitée.

Il semble bien en effet que l’on ne voie pas très clairement encore le 
fait, pourtant frappant, que nous nous trouvons actuellement dans une 
situation où c’est l’humanité tout entière qui l’emporte en tant que 
“nous”. À cet égard, l’une des particularités de la situation actuelle 
est, entre autres choses que, l’image du “nous” de la plupart des 
individus – leur identification à des groupes restreints – est en retard 
sur la réalité du réseau d’interdépendances que la pandémie nous a révélée.

  Ce décalage produit un conflit, voire une tension, que l’on a pu 
constater plus particulièrement entre la première et la deuxième vague 
de l’épidémie. D’un côté, un soudain réveil des solidarités et une 
tendance marquée vers la constitution d’unités d’intégration 
supranationales. D’un autre, une tendance au repli identitaire et 
communautaire, un renfermement des uns contre les autres et une fixation 
des identités collectives sur les égoïsmes nationaux, autrement dit sur 
des “nous” nationaux, étatiques et territorialisés, qui ironiquement 
sont devenus une cause majeure de division, d’inégalités et de conflits.

Ce conflit spécifique, par ailleurs bien connu dans les crises 
engendrées par des menaces globales, soulève une question en vérité 
philosophique.

Lorsque les frontières des états ne suffisent plus à régler la 
constitution d’un ‘monde commun’, quel “nous” permettra-t-il de fonder 
des références communes et, par là même une solidarité à l’échelle 
planétaire ? Qu’est-ce que cela signifie sentir, agir et penser en tant 
que “nous” (i.e., en tant que membre de la communauté mondiale) au beau 
milieu d’une crise mondiale ?

Peut-on élargir le Nous à l’humanité tout entière, dans un souci de 
justice et d’égalité, « où l’égalité de tous est portée par mon 
inégalité, par le surplus de mes devoirs sur mes droits » (Levinas, 
Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, p. 248)? Sommes-nous à même 
de penser l’épreuve d’un Nous coextensif à l’humanité tout entière, et 
d’en définir aussi bien l’origine que les conditions de possibilité ? 
Comment la pensée peut-elle échapper à la chute dans la mythologie, 
lorsqu’il s’agit de décrire la genèse d’un “nous” coextensif à la 
pluralité de tous? Est-ce qu’il s’agit d’une expérience vraie, pensable 
? Un tel “nous” inclusif au sein duquel « ce n’est pas simplement à nos 
semblables que s’entend le même respect pour tout un chacun, mais à la 
personne de l’autre ou des autres dans leur altérité », (Jürgen 
Habermas, L’intégration Républicaine, p. 5), serait-elle une pure 
fiction, une mythologie collective, ou bien le « début de percée vers un 
niveau d’intégration » (Norbert Elias, La société  des individus, p. 
217) plus vaste et rigoureuse de l’humanité tout entière, que l’on peut 
prévoir de loin ? Comment passe-t-on d’un “nous” exclusif, ou électif 
qui inclut plusieurs, tout en établissant qu’il en exclut d’autres à un 
“nous” inclusif et solidaire qui ne cesse d’éteindre ses frontières ? 
Sommes-nous à même de penser l’épreuve d’un Nous coextensif à la 
pluralité de tous, « malgré leur antagonisme et le différend qui le 
sépare » (Jan Patocka, Essais hérétiques, p. 205) ?

Puisqu’un tel Nous suppose « un retournement du je en ‘comme les 
autres’, dont il importe de se soucier » (Levinas, Autrement qu’être ou 
au-delà de l’essence, p. 250), le dénouement de cette question en 
suscite une seconde qui porte sur la question dite de la dimension 
morale (justice, solidarité) du lien social : quelle est la nature du 
lien qui m’unit aussi bien aux « proches » qu’aux « lointains » 
(Levinas, Autrement qu’être p. 200), indépendamment de leur 
appartenance nationale ou ethnique et de leur identité collective en 
général ? Quelles formes de la conscience morale et de la relation aux 
« autres » pourraient-elles fonder le sentiment d’être ‘citoyen du 
monde’, au-delà des nations, sans être rivé à l’une d’elles ? À 
quelles sources morales, psychologiques, pulsionnelles, les hommes 
puisent-ils ce qui le rassemble et ce qui les identifie, indépendamment 
de leur appartenance à tel ou tel groupe de l’humanité ? Parmi 
l’éventail des relations possibles, pourquoi la relation entre frères 
s’impose-t- elle comme modèle du lien social, en dépit de son 
ambivalence fondamentale ?

Le dénouement de ces questions, liées les unes aux autres, devra 
permettre, in fine, de relancer la question du rapport entre l’identité 
du “je” et l’identité du “nous”, en temps de pandémie, et par 
extension, en temps de crise mondiale : quel Je pour quel Nous ? Quel 
Nous pour protéger sans dominer chaque Je ? Comment, sur le plan 
politique, l’articulation entre le je et le nous peut-elle prendre forme 
? Comment, par exemple protéger les intérêts d’un pays, d’une nation, 
et même d’un continent, dans la perspective de favoriser en même temps 
une coopération à l’échelle mondiale ?

En prenant ces questions pour fil conducteur le séminaire s’attache à 
interroger l’idéal d’un “nous” à l’échelle planétaire, et, cela à 
travers plusieurs approches disciplinaires, dont la phénoménologie, la 
sociologie, la psychanalyse, la psychologie sociale, l’anthropologie et 
la théorie politique.


Séances suivantes :

Vendredi 17 décembre 2021 – salle Évariste Galois, 45 rue d’ULM (NIR), 
de 16h30 à 18h30

Frédéric KECK (CNRS, Laboratoire d’Anthropologie Sociale)

Nous sommes des animaux. Zoonoses et pandémie

Vendredi 21 janvier 2022 – salle de conférences, 46, rue d’ULM, de 16h30 
à 18h30

Michaël FOESSEL (École polytechnique)

Titre à préciser

Vendredi 18 février 2022 – salle Évariste Galois, 45 rue d’ULM (NIR), de 
17h00 à 19h00

Natalie DEPRAZ (Université de Rouen)

Titre à préciser

Vendredi 25 mars 2022 – salle Évariste Galois, 45 rue d’ULM (NIR), de 
17h00 à 19h00

Laurent PERREAU (Université de Franche-Comté)

L'expérience incertaine du Nous

Vendredi 22 avril 2022 – salle de conférences, 46, rue d’ULM, de 16h30 à 
18h30

Dorothée LEGRAND (CNRS, École Normale Supérieure de Paris)

Présence, absence et inscription

Vendredi 20 mai 2022 – salle de conférences, 46, rue d’ULM, de 16h00 à 18h00

Jean-Philippe PIERRON (Université de Bourgogne)

Le nous écologique : penser ensemble l'appartenance et la responsabilité

Contact et organisation :

[email protected]

Informations en ligne <http://www.umr8547.ens.fr/spip.php?article741>


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Dominique Lainey
UMR 8547 Pays germaniques - Archives Husserl
Ecole normale supérieure
45 rue d'Ulm - 75230 Paris Cedex 05
Tél.  : 01 44 32 30 09 / Fax : 01 44 32 31 22
email :[email protected]


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