APPEL A CONTRIBUTION 
NOÉSIS 
Revue d’histoire des idées publiée par le Centre de Recherches en Histoire des 
Idées 
(Université Côte d’Azur)
 NOESIS n°39 (2022) — « La connaissance incertaine et ses vertus »


La question du rapport entre connaissance et incertitude peut être posée de 
deux manières. 
1/ il est d’abord possible de s’intéresser à la connaissance que l’on peut 
avoir de phénomènes qui présentent en eux-mêmes une forme d’incertitude. Ainsi 
l’économie étudie-t-elle la notion de risque : risques liés aux comportements 
des agents économiques, aux évolutions du marché, ou même à la possibilité de 
catastrophes environnementales, sanitaires, etc. De même, la physique pourra 
s’intéresser à des phénomènes qui sembleront intrinsèquement aléatoires (comme 
les phénomènes quantiques). Dans ces deux exemples, c’est l’objet de la 
connaissance qui est lui-même « incertain », et non la connaissance que l’on en 
prend. Du reste, la connaissance de l’incertain peut être elle-même extrêmement 
rigoureuse et solide, et en ce sens certaine.
2/ La connaissance incertaine, en revanche, désigne une connaissance qui porte 
en elle la possibilité d’erreurs, d’imprécisions, dont les affirmations ne sont 
pas forcément définitives, qui ne se limite pas aux propositions certaines mais 
travaille avec des hypothèses ou sur la base d’énoncés seulement plausibles. 
Alors que, dans le premier cas, l’incertitude caractérisait ce qu’il y avait à 
connaître, elle caractérise ici la connaissance elle-même.
Or c’est précisément cette « connaissance incertaine » que le numéro de Noesis 
souhaite interroger, sans présumer des liens, internes ou externes, qu’elle est 
susceptible d’entretenir avec des « objets » eux-mêmes incertains.
 
Traditionnellement, la connaissance se trouve conçue comme infaillible, 
productrice de vérités, et ce faisant marquée par la certitude. Ainsi, dans les 
Règles pour la Direction de l’Esprit, Descartes affirme explicitement et de 
façon parfaitement univoque que la certitude est une détermination essentielle 
de la connaissance : la connaissance est certaine, ou n’est pas. Cette thèse, 
affirmée dans la deuxième règle, commande l’ensemble de l’ouvrage : les 
résultats douteux, les énoncés seulement probables, les raisonnements 
plausibles, même si le doute est peu important, même si la probabilité est très 
haute, ou le raisonnement très convaincant, ne peuvent pas prétendre appartenir 
au domaine scientifique : de tels raisonnements doivent être écartés purement 
et simplement.
Pour Descartes, la certitude ne définit pas seulement la connaissance 
scientifique : il fait aussi jouer à la certitude un rôle majeur dans le 
domaine de la métaphysique. Ainsi, dans les Méditations Métaphysiques, il 
commence par considérer comme faux et par écarter toutes les propositions qui 
comportent quelque doute, érigeant ainsi la certitude absolue en critère de la 
vérité. Le doute hyperbolique de Descartes emporte ainsi toutes les 
propositions que l’ego ne peut saisir avec une entière et parfaite certitude.
En un sens, la position cartésienne peut apparaître comme un prolongement assez 
naturel de la conception traditionnelle de la connaissance. Selon cette 
conception, la connaissance s’oppose fondamentalement à l’opinion. Cette 
dernière est changeante, douteuse, et si elle est vraie, c’est plutôt par 
chance que pour de solides raisons. Au contraire, la connaissance suppose non 
seulement la vérité mais aussi la capacité de donner les raisons qui font tenir 
une proposition pour vraie. Celui qui sait, sait pourquoi il sait, et s’avère 
donc être sûr de son savoir. Si on oppose la connaissance à l’opinion, la 
certitude n’est-elle pas forcément une caractéristique essentielle de la 
connaissance ?
 
Le numéro de Noesis intitulé « La connaissance incertaine et ses vertus » 
propose de prendre le contre-pied de la conception traditionnelle de la 
connaissance. Il vise d’abord à explorer l’hypothèse que la connaissance peut 
être incertaine, sans changer de nature et déchoir de son statut de 
connaissance (en devenant simple opinion). Du côté de la science moderne, on 
trouve ainsi au XVIIe siècle chez les savants de la Royal Society, 
l’affirmation que la science est affaire d’hypothèses plus ou moins probables. 
Certes, les expériences permettent de les contrôler et parfois de les rendre 
très probables, mais on ne peut pas savoir si telle ou telle hypothèse ne sera 
pas démentie un jour par une nouvelle expérience. Pour Boyle, Hooke et les 
membres de la Royal Society, les démonstrations mathématiques productrices de 
certitude sont non seulement assez rares, mais surtout dépendantes de principes 
physiques ou d’hypothèses, ce qui rend seulement proba
 bles leurs conclusions. Selon les auteurs de la Royal Society, le type de 
connaissance qui prévaut en science peut ainsi être considéré comme 
intermédiaire : ce n’est ni la connaissance parfaitement certaine, telle qu’on 
la trouve en mathématique, ni la simple opinion. A la même époque, une 
réflexion sur les degrés de certitude était à l’œuvre dans le domaine 
juridique, où la notion de « doute raisonnable » jouait un rôle central. Pour 
pouvoir juger une affaire, il n’est pas nécessaire d’avoir des démonstrations 
et des preuves absolument infaillibles. On peut se contenter d’atteindre un 
niveau de certitude qui dépasse les doutes raisonnables, sans atteindre le plus 
haut niveau. Un faisceau de preuves, des témoignages crédibles, ne sont pas des 
preuves infaillibles mais ils peuvent conférer une certitude suffisante (ou une 
incertitude acceptable).
 
Comme les éléments précédents le montrent, soutenir la thèse selon laquelle une 
connaissance (scientifique, juridique) peut être incertaine n’implique pas 
d’adopter une forme de scepticisme, en tout cas pas une forme très affirmée. La 
connaissance incertaine, si elle existe, est bien une connaissance et en 
affirmant que la connaissance peut être incertaine, il ne s’agit pas du tout de 
nier qu’il soit possible de connaître. La thèse sceptique la plus proche est 
celle que Richard Popkin, dans son Histoire du Scepticisme, de la fin du 
Moyen-Âge à l’aube du XIXe siècle, appelle « le scepticisme modéré » ou « 
constructif ».
Le premier questionnement du volume portera ainsi sur la possibilité de penser 
une connaissance qui soit incertaine, sur les présupposés théoriques d’une 
telle notion ainsi que sur ses enjeux, mais aussi sur ses difficultés, voire 
ses limites.
 
Au-delà de la possibilité de définir une connaissance qui soit incertaine, il 
s’agira également de réfléchir aux vertus de cette connaissance, en la 
comparant à la connaissance classique, prise dans les limites de la certitude. 
A l’opposé de la thèse cartésienne, Karl Popper a ainsi soutenu dans La Logique 
de la découverte scientifique que l’exigence de certitude était un frein 
considérable au progrès scientifique. Les théories scientifiques, disait 
Popper, sont d’audacieuses conjonctures, et non pas du tout une synthèse 
d’affirmations certaines :
 
« Le vieil idéal scientifique de l’épistémê, l’idéal d’une connaissance 
absolument certaine et démontrable s’est révélé être une idole. […] Avec 
l’idole de la certitude […] tombe l’une des défenses de l’obscurantisme, lequel 
met un obstacle sur la voie du progrès scientifique. Car l’hommage rendu à 
cette idole non seulement réprime l’audace de nos questions, mais en outre 
compromet la rigueur et l’honnêteté de nos tests. La conception erronée de la 
science se révèle dans la soif d’exactitude. Car ce qui fait l’homme de 
science, ce n’est pas la possession de connaissances, d’irréfutables vérités, 
mais la quête obstinée et audacieusement critique de la vérité. » (Karl Popper, 
Logik der Forschung, Vienne : Springer, 1934, trad. fr. par N. Thyssen-Rutten & 
P. Devaux, La Logique de la découverte scientifique, Paris : Payot, 1973 (avec 
les appendices), p. 282.)
 
Conformément à la perspective adoptée ici par Popper, ce numéro de Noesis 
visera également à explorer l’hypothèse selon laquelle l’incertitude de la 
connaissance n’est pas un défaut dont il faudrait s’accommoder, mais une 
caractéristique positive, qui ouvre des perspectives constructives. On pourra 
aussi se demander si la connaissance incertaine, précisément parce qu’elle est 
libérée de certains réquisits méthodologiques trop lourds liés à l’exigence de 
certitude, n’est pas en mesure de se frayer des chemins inattendus. De manière 
plus générale, le deuxième questionnement du volume portera sur la possibilité 
que la connaissance incertaine puisse se montrer parfois plus pénétrante dans 
ses visées, plus audacieuse, ou plus innovante, que la connaissance certaine.
 
Cet appel à contribution s’inscrit dans le prolongement d’un colloque qui s’est 
tenu à Nice les 18, 19 et 20 novembre 2021 et qui a abordé les questions 
précédentes à partir de plusieurs disciplines : la philosophie, mais aussi la 
médecine, la psychanalyse, l’archéologie, la géographie, la physique et la 
chimie. L’appel à contribution souhaite conserver le caractère 
pluridisciplinaire du colloque : dès lors qu’elles abordent au moins certaines 
des questions ci-dessus, les contributions hors philosophie sont les bienvenues.
 
 
Soumission des contributions
 
Les contributions, rédigées en français, doivent comprendre :
 
·        Le titre de l’article
 
·        L’article de 40 000 signes (espaces compris) + ou – 20%
 
·        Son résumé (800 signes, espaces compris, maximum)
 
·        Le nom de l’auteur ou des auteurs
 
·        Une présentation succincte de l’auteur ou des auteurs (100 mots 
maximum)
 
 
Elles seront envoyées au format pdf à Grégori JEAN 
([email protected]) et Sébastien POINAT 
([email protected])
 
Elles devront par ailleurs respecter les normes éditoriales de la revue Noesis, 
disponibles auprès des directeurs de la publication.
 
Les propositions feront l’objet d’une double lecture à l’aveugle par le comité 
de lecture de la revue Noesis.
 
Date limite d’envoi des articles : 15 mai 2022
 
Les réponses seront communiquées le 15 juillet 2022
 
 

 




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