Bonjour,

je rebondis sur ce message d’Arnaud pour vous dire que le coeur de la 
plate-forme LISP-Lab est désormais opérationnel avec tous les elements du 
système de mapping strictement en logiciel (MS/MRs, racine DDT, PxTR). La 
version de développement de OpenLISP avec toutes les fonctionnalités 
nécessaires est ici: https://github.com/lip6-lisp

Le site du projet est d’ailleurs en mirror sur un serveur LISP: 
http://eid.lisp-lab.org

En accord avec le plan de ce projet ANR, la plate-forme sera bientôt ouverte à 
tous ceux qui voudrons tester LISP avant de le deployer dans leur infra. Merci 
à ceux qui seraient intéressés de se manifester !

Cdlt,
Stefano

Le 28 avr. 2014 à 09:57, Arnaud Fenioux <[email protected]> a écrit :

> Salut Stéphane,
> 
> Merci pour ton article, il y a en effet un projet d'implémentation
> open-source www.openlisp.org
> un consortium francais s'est monté avec des acteur publics tels que le
> LIP6, ParisTech et RENATER ainsi que des acteurs privés :
> lisplab.openlisp.org
> Du coté de rezopole on commence tout juste le déploiement et les tests donc
> je ne peux pas encore te faire de retour d'expérience, mais ca pourrait
> faire l'objet d'une présentation lors d'un prochain FRnOG!
> 
> Arnaud
> 
> 
> 2014-04-23 9:10 GMT+02:00 Stephane Bortzmeyer <[email protected]>:
> 
>> Bon, qui ici, a déployé LISP et a une expérience à comparer aux
>> conseils du RFC ? [Pas moi]
>> 
>> RFC 7215 : LISP Network Element Deployment Considerations
>> 
>> http://www.bortzmeyer.org/7215.html
>> 
>> ----------------------------
>> 
>> Auteur(s) du RFC: L. Jakab (Cisco
>> Systems), A. Cabellos-Aparicio, F. Coras, J. Domingo-Pascual
>> (Technical University of Catalonia), D. Lewis (Cisco
>> Systems)
>> 
>> ----------------------------
>> 
>> 
>> Le protocole réseau LISP a été normalisé il y a plus d'un an et
>> plusieurs déploiements de taille significative ont déjà eu lieu. La
>> norme LISP n'impose pas un modèle unique de déploiement et laisse bien
>> des choix à la discrétion de l'administrateur réseaux sur le terrain,
>> notamment pour le placement des différents éléments qui composent un
>> réseau LISP. Ce nouveau RFC fait le point sur les différents modèles de
>> déploiement possibles. Il est donc orienté vers les opérationnels, ceux
>> (et celles) qui vont déployer LISP en production.
>> 
>> Petit rappel, LISP vise à résoudre le problème de la croissance de la
>> table de routage globale de l'Internet (problème décrit dans le RFC
>> 4984), par le moyen d'une séparation entre *identificateurs*, les EID
>> ("Endpoint IDentifiers") et les *localisateurs*, les RLOC ("Routing
>> LOCators"). LISP est normalisé dans le RFC 6830. À l'heure actuelle,
>> les RFC sur LISP ont le statut « expérimental » (y compris ce RFC
>> 7215), reflétant le caractère assez disruptif de ce protocole. Il n'y a
>> notamment aucune solution aux différents problèmes de sécurité étudiés
>> dans la section 15 du RFC 6830.
>> 
>> Un principe essentiel de LISP est la distinction faite entre les
>> réseaux de bordure, qui ne travaillent qu'avec des EID, et le cœur de
>> l'Internet qui ne travaille qu'avec des RLOC. Mais où placer la
>> frontière, frontière d'autant plus importante que c'est là où vont
>> devoir se situer les routeurs LISP (les routeurs de bordure et du cœur
>> sont, eux, des routeurs IP non modifiés) ? L'idée initiale était que la
>> frontière était aux limites des AS « feuille », ceux qui n'ont pas de
>> trafic de transit. Mais, en fait, LISP permet plusieurs choix. Un
>> « site LISP » peut être un AS feuille mais peut aussi être un simple
>> réseau local.
>> 
>> LISP tunnele les paquets d'un site LISP à l'autre, à travers le cœur.
>> Le routeur LISP, connecté à la fois à la bordure et au cœur se nomme un
>> ITR ("Ingress Tunnel Router") à l'entrée (encapsulation des paquets) et
>> un ETR ("Egress Tunnel Router") à la sortie (décapsulation des
>> paquets). Quand on veut parler des deux types en même temps, on dit
>> juste « un xTR ».
>> 
>> Passons maintenant aux scénarios, section 2.1. Premier scénario
>> possible de déploiement, le « "Customer Edge" ». Le routeur LISP est
>> dans les locaux du client, contrôlé par lui, et sur la frontière entre
>> réseau du client et réseau de l'opérateur. Ce sera a priori le cas le
>> plus fréquent chez les LISPiens et c'est la solution recommandée par
>> notre RFC. A priori, si on déploie LISP, c'est qu'on a un réseau de
>> grande taille, "multi-homé", et qu'on souhaite faire de la gestion de
>> trafic (faire entrer le trafic Internet préferentiellement par un des
>> opérateurs, par exemple). Dans le scénario "Customer Edge", le client a
>> le complet contrôle des xTR et peut déployer les politiques qu'il veut
>> sans rien demander à personne. L'information de joignabilité des ETR,
>> si importante en LISP, peut être maintenue correctement, tous les
>> routeurs LISP étant sous le contrôle de la même organisation. Les
>> "Locator Status Bits" mis par l'ITR sont également toujours conformes à
>> la réalité.
>> 
>> Autre avantage, le réseau interne, son plan d'adressage, son protocole
>> de routage et ses régles de filtrage ne changent pas.
>> 
>> Comme toutes les techniques utilisant des tunnels, LISP est très
>> sensible aux problèmes de MTU (RFC 4459), le tunnel consommant quelques
>> octets qui vont diminuer la MTU du lien. Si la connexion entre le
>> client et son opérateur a une MTU supérieure aux traditionnels 1 500
>> octets d'Ethernet, il n'y a pas de problème. Sinon, ce scénario peut
>> entraîner des problèmes de MTU.
>> 
>> Second scénario possible, le « "Provider Edge" ». Cette fois, on met
>> les xTR chez l'opérateur, sous son contrôle. Le client n'a pas à mettre
>> à jour ses routeurs, ou à les configurer. Et, avec un seul xTR,
>> l'opérateur peut servir plusieurs clients LISP.
>> 
>> Par contre, cela fait perdre à LISP une de ses principales qualités, la
>> possibilité de contrôler la répartition du trafic entrant ("ingress
>> traffic engineering"). En effet, les xTR ne sont plus sous le contrôle
>> du client. Et si le client est "multi-homé", c'est encore pire, les xTR
>> étant chez des opérateurs concurrents.
>> 
>> Les xTR qui servent un site LISP n'étant plus coordonnés, ils ne vont
>> pas forcément avoir de l'information correcte et à jour sur la
>> joignabilité, et ne pourront donc pas servir cette information.
>> 
>> Par contre, ce scénario peut limiter les risques d'un problème de MTU,
>> les xTR étant directement dans le réseau de l'opérateur, où la MTU
>> disponible est souvent plus grande.
>> 
>> Mais on peut commettre des perversions bien pires avec LISP. Par
>> exemple, on peut mettre les xTR derrière des routeurs NAT, par exemple
>> si on n'a pas assez d'adresses IPv4. Dans ce troisième scénario, l'ITR
>> encapsule les paquets qui sont ensuite NATés. Attention, les paquets
>> LISP "Map Requests" n'auront alors pas le même en-tête IP que les "Map
>> Reply" correspondants, qui seront alors jetés par le routeur NAT. Il
>> faudra une configuration explicite (par exemple diriger tous les
>> paquets UDP de port source 4342 vers l'ITR) pour éviter cela.
>> 
>> Ce RFC ne s'arrête pas à ces trois scénarios possibles. Il décrit aussi
>> comment les fonctions LISP peuvent être réparties dans divers
>> équipements. Par exemple, les fonctions d'ITR et d'ETR ne sont pas
>> forcément présentes dans le même boîtier. On a le droit de les placer
>> dans deux routeurs différents, par exemple pour mettre les ITR très
>> près des machines terminales, afin d'encapsuler le plus tôt possible.
>> 
>> Comme toutes les solutions de séparation de l'identificateur et du
>> localisateur, LISP dépend énormément des mécanismes de correspondance
>> (RFC 6833), permettant de trouver un localisateur (RLOC) lorsqu'on
>> connait l'identificateur (EID). Pour résoudre le problème de
>> "bootstrap", les serveurs de correspondance doivent être désignés par
>> des RLOC uniquement. Le système de correspondance a deux composants,
>> les "Map Servers" et les "Map Resolvers". Voyons d'abord les premiers
>> (section 3.1).
>> 
>> Les "Map Servers" apprennent la correspondance EID->RLOC de leurs ETR
>> (message "Map Register") et publient ensuite cette information, par
>> exemple via le protocole ALT (RFC 6836) ou via le protocole DDT. ALT
>> s'inspire plutôt de BGP, DDT plutôt du DNS. Les gérants des "Map
>> Servers" se nomment les MSP ("Mapping Service Provider"). Ils peuvent
>> être opérateurs réseaux ou bien des organisations spécialisées dans le
>> service de correspondance, se faisant payer pour publier un préfixe EID
>> (section 5.2). A priori, les bonnes pratiques existantes pour la
>> gestion de BGP s'appliquent à ALT, et celles pour le DNS à DDT. Mais
>> notre RFC ne va pas plus loin : il est encore trop tôt pour graver dans
>> le marbre de strictes politiques pour les gérants de "Map Servers".
>> 
>> DDT est arborescent et repose donc sur une racine
>> <http://ddt-root.org/>. Cette racine est actuellement gérée par
>> plusieurs organisations volontaires. Comme pour la racine du DNS, elle
>> est servie par plusieurs serveurs, chacun géré par une organisation
>> différente, et désignés par une lettre de l'alphabet grec. Au moins un
>> de ces serveurs est "anycasté". La racine doit normalement vérifier que
>> les organisations qui enregistrent un EID sont autorisés à le faire,
>> via un RIR qui leur a attribué le préfixe en question.
>> 
>> Et les "Map Resolvers" (section 3.2) ? Leur travail (RFC 6833) est de
>> recevoir des requêtes "Map Request", typiquement envoyées par un ITR,
>> de trouver une correspondance EID->RLOC dans la base de données
>> distribuée, et de la renvoyer au demandeur. (Les habitués du DNS
>> peuvent se dire qu'un "Map Server" est un « serveur faisant autorité »
>> et un "Map Resolver" un « résolveur » ou « serveur récursif ».) Vu
>> leurs « clients », les "Map Resolvers" ont tout intérêt à être situés
>> près des ITR qu'ils servent.
>> 
>> Les ITR vont devoir être configurés avec les adresses de leurs "Map
>> Resolvers". Un préfixe "anycast" (RFC 4786) commun faciliterait cette
>> tâche, l'ITR trouvant ainsi automatiquement le résolveur le plus proche
>> et donc en général le plus rapide.
>> 
>> Comme toute technologie nouvelle sur le réseau, LISP doit faire face au
>> problème de la coexistence avec les anciens systèmes. Aujourd'hui, il y
>> a peu de sites LISP. Ceux-ci doivent donc se poser la question de la
>> coexistence avec les sites non-LISP. Plusieurs techniques sont
>> envisagées pour cela, comme les P-ITR, "Proxy ITR" du RFC 6832. Un site
>> LISP qui veut envoyer des paquets à un site non-LISP peut le faire
>> simplement en n'utilisant pas l'encapsulation LISP. Par contre, pour en
>> recevoir, il *doit* déployer une technique comme le P-ITR.
>> 
>> Et puisqu'on parle de coexistence avec les sites non-LISP, il faut
>> aussi envisager le processus de migration provisoire depuis l'état
>> actuel vers LISP (section 5 et annexe A). Le RFC est ambitieux, partant
>> de l'état initial (peu de sites LISP) en allant vers un état
>> intermédiaire où il y aurait une majorité de sites LISP, pour terminer
>> par un Internet complètement LISPisé.
>> 
>> Au début, un site LISP n'a pas le choix. Sauf à ne communiquer qu'avec
>> les autres sites LISP, il a intérêt à annoncer ses préfixes dans le
>> "Map system" LISP mais aussi en BGP, pour que les sites non-LISP
>> sachent où le trouver. On notera donc que, dans cette situation, LISP
>> ne contribue guère à la réduction de la table de routage globale,
>> puisque tous les réseaux doivent toujours être publiés dans BGP.
>> Heureusement, au fur et à mesure que le nombre de sites LISP augmente,
>> il y aura de moins en moins besoin d'utiliser les techniques de
>> "traffic engineering" pour contrôler les flux de données. Comme ces
>> techniques (par exemple la désagrégation des préfixes) sont largement
>> responsables de la croissance de la table de routage globale, LISP aura
>> donc déjà un intérêt concret à ce stade (encore lointain).
>> 
>> On l'a vu, l'inconvénient de cette méthode (annoncer les préfixes en
>> BGP) est qu'on ne diminue pas la taille de la DFZ. Pire, si on est un
>> nouveau réseau sans infrastructure BGP existante, on augmente cette
>> taille. Pour ces réseaux neufs, notre RFC recommande donc plutôt de ne
>> pas déployer BGP du tout et d'utiliser les P-ITR. C'est alors le
>> titulaire d'un préfixe englobant qui annonce le préfixe et le route
>> vers les ETR du client. Ainsi, il n'y a pas de désagrégation des
>> préfixes. Par contre, l'opérateur qui fournit ce service doit router
>> tout le trafic non-LISP du client, ce qui n'est pas forcément
>> raisonnable si c'est un gros client (comparez cela aux tunnels IPv6 que
>> fournissent gratuitement des opérateurs comme Hurricane Electric : cela
>> n'est réaliste que si le trafic est faible). Le problème disparaitra
>> petit à petit si LISP se développe, lorsqu'il n'y aura plus que des
>> reliquats non-LISP (on en est très loin).
>> 
>> L'annexe A du RFC décrit un plan de migration concret pour les
>> responsables opérationnels, sous forme d'une liste d'étapes, avec des
>> points à vérifier à chaque étape :
>> * Faire un état des lieux quantitatif du réseau, pour avoir combien de
>> paquets par seconde et de bits par seconde il faudra acheminer.
>> * Vérifier les capacités LISP des routeurs existants : peuvent-ils être
>> utilisés ou bien va t-il falloir en acheter d'autres ?
>> * Faire bien attention aux questions de MTU, LISP utilisant des
>> tunnels. Si tous les liens externes peuvent accepter une MTU de 1 556
>> octets, parfait. Dans tous les cas, testez que cela passe et qu'il n'y
>> a pas un pare-feu trop zélé qui bloque les messages ICMP indispensables
>> à la découverte de la MTU du chemin.
>> * Vérifiez que vos préfixes IP sont utilisables pour LISP. Si c'est du
>> PI, pas de problème.
>> * Configurez les routeurs LISP.
>> * Testez la joignabilité des ETR (par exemple avec ping) et
>> l'enregistrement des préfixes avec lig (RFC 6835).
>> * etc (la liste est longue...)
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Stefano Secci
Associate Professor
Univ. Pierre and Marie Curie
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