Le 24/11/2016 à 11:38, Xavier ROCA a écrit :
> Bonjour,
>
>  
>
> En ce jour, ou nous subissons de nouveau des problèmes de qualité de voix
> avec notre transitaire voix.
>  
>
> Par contre a quand la possibilité d’avoir un secours sur les appels
> entrants.
>
> A ce jour a moins que je sois passé a vraiment a côté ce n’est pas possible.
>
>  
>
> J’ai vraiment l’impression que l’on est toujours à l’âge de pierre pour cela
> !
>

Bonjour,

TL;DR techniquement ça n'a jamais été désiré ni implémenté. Il y a une
forte résistance au changement de ce côté-là.
Administrativement il y a aussi des difficultés liés aux SI car il y a
de la facturation (facturation au volume et selon l'origine et la
destination des communications).
Pour toutes ces raisons, aujourd'hui, on est loin que ça puisse fonctionner.

Techniquement le routage sur les interconnexions entre les (vrais)
opérateurs est statique, c'est à dire que les tables de routages ne sont
pas dynamiques. Dans la suite des protocoles qu'englobe SS7, il n'y a
pas de protocole d'annonce de préfixes.
C'est historique, il y a longtemps les commutateurs n'avaient que peu de
ressources CPU et mémoire, les modifications de ressources (attribution
de numéros, ajout de commutateur, ajout de lien entre les NRA, ajout de
lien entre commutateurs) n'étaient pas très fréquentes, donc tout le
routage était défini dans des tables statiques. Ces tables contiennent
les routes nominales et les routes de backup. Ces routes ne sont jamais
modifiées hormis changement d'architecture (ajout/suppression de liens,
augmentation/diminution de capacité de ces liens), autant dire que ça ne
change pas souvent !

Ces tables sont semblables aux tables de routage IP: destination next-hop.
Destination étant souvent un bloc de 10 000 numéros, par exemple tous
les 01 40 47 XXXX sont gérés par le même commutateur).
Sur Internet, les us et coutumes veulent que ça soit entre /8 et /24. En
téléphonie, la /24 est l'équivalent de 10 000 numéros (01 40 47 XX XX).
Comme sur Internet, on ne va pas autoriser quelqu'un à annoncer un /32
qui plus est d'un bloc/PA qui n'est pas à lui, en téléphonie c'est pareil !

Aujourd'hui, les usages ont évolués (portabilité, convergence
fixe/mobile, réseaux intelligents (IN)) mais ils tournent à l'intérieur
d'un réseau, pas au niveau de l'interconnexion. A l'intérieur des
réseaux, on a des "commutateurs" qui savent interroger des bases de
données et donc qui peuvent modifier des routes, mais ce n'est que du
propriétaire et non normalisé / standardisé.

L'interconnexion et donc la résilience des routes permettant la
joignabilité des numéros tournent sur les mêmes protocoles qui eux n'ont
pas évolués, le routage ente opérateur est toujours géré par des tables
statiques.

La négociation du type: "envoie-moi tel et tel préfixe (numéro(s)) sur
le faisceau untel"  est toujours manuelle et passe par l'humain.

Donc techniquement il n'y a rien de prévu pour assurer la convergence
rapide des interconnexions extérieures d'un réseau en cas de
modification de routage, car manuel.
Ces protocoles techniques (SS7, SIP-I) sont mêmes standardisés par
l'ARCEP (décision 99-1143) pour " garantir le respect des exigences
essentielles et la qualité de service de bout en bout." et l'article
L36-6 du CPCE impose d'utiliser ces protocoles à l'interconnexion, de
plus le rôle de "standardisateur" est dilué aujourd'hui entre l'ARCEP et
la FFT. Autant dire que ça ne bougera pas.
Rien n'empêcherait d'y ajouter un protocole pour rendre le routage
dynamique, mais toutes les tentatives (e164 par exemple) n'ont jamais vu
le jour à l'interconnexion.
Comme les numéros ne peuvent pas naviguer facilement d'un opérateur à
l'autre, finalement comme une adresse IP.
Il y a eu une idée intelligente: introduire une couche d'indirection
comme le DNS, on peut changer d'IP sans changer le FQDN. Mais cette idée
n'a pas pris, les numéros de téléphone sont tenaces !

Pour finir, depuis les années 70 jusqu'au années 2000, les
équipementiers et les opérateurs voix fixe ont tendus leurs efforts vers
la stabilité du réseau plutôt que les fonctionnalités. Le réseau fixe
d'Orange n'a connu que très très peu de panne (hors boucle locale). La
dernière grosse panne (réseau par terre) remonte à la fin des années 90
! Cela a été rendu possible à mon sens par le fait que c'est
l’*ingénierie* qui pilotait Orange et les équipementiers.
Comme ça fonctionnait très bien et que les marges étaient démentielles,
les opérateurs ont réussis à juguler l'envie de révolutionner le système
par la complexification d'arriver sur le marché (complexité
administrative, technique et coût financier) et le fait que ça
fonctionnait très bien, pourquoi remplacer un acteur qui ne faillit pas
techniquement ?

La résilience sur Internet a été rendue possible par la multiplication
des acteurs et donc la dispersion des ressources. Ces ressources étant
ainsi très maillés entre elles, ne dépendant pas des mêmes équipements,
de la même entité administrative et sont donc devenues très résilientes.
Pourquoi il n'y a pas plus d'opérateur fixe ? Car c'est fastidieux en
temps administratif, c'est techniquement compliqué, les coûts fixes
étant importants.
Le chemin: (RIPE -> 2 transitaires -> 20 lignes dans un routeur)
n'existe pas en téléphonie fixe. De même le schéma des flux de
facturation est simple: transitaire <-> opérateur.

Côté téléphonie, n'ayant pas de protocole d'échange de route car les
opérateurs aiment bien le côté "centric" du réseau, il y a des bases de
données centrales pour la portabilité (fixe et mobile, ce n'est pas la
même), la tarification des numéros spéciaux, les plateformes de
réquisitions judiciaires. Pour compliquer le temps, ces bases de données
sont déléguées par l'ARCEP à des organismes différents auxquels il faut
adhérer, comprendre comment ils fonctionnent, puis s'interconnecter.
Pour compliquer le tout, le régulateur maintient des règles strictes via
le CPCE (la loi) alors que comparé à la data, il n'y a que très peu
d'obligation.
Et pour finir, les flux financiers sont à n:n. Même sans interconnexion
directe vous devez allez devoir demander de l'argent à tous les autres
opérateurs ! Il n'y a que très peu d'opérateurs qui remontent la
facturation des autres vers vous (facturation pour compte de tiers).


Mais aujourd'hui, il y a quelques nouveaux petits opérateurs sur le
marché (merci au fait que les normes des protocoles soient enfin libre
d'accès, à l'open-source, à asterisk, freeswitch, opensips, aux FCPGA et
autres), le sacro-saint couple marketeux et time-to-market font que les
équipements et les réseaux sont moins testés, validés, résilient.
Malheureusement, ces réseaux fixes se cassent plus souvent la figure. A
mon sens, il est important que le secteur se concentre pour améliorer
les capacités d'investissement permettant la sécurisation, la résilience
des acteurs actuels. La concentration permettrait à ces acteurs de
gagner en poids sur le marché de l'interconnexion et peut-être arriver à
faire bouger les choses.

++
-- 

Jérôme Marteaux


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