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Jobs d’espion pour étudiants
ZURICH
Des petites annonces proposent aux étudiants d’infiltrer les milieux
extrémistes de gauche pour 30 francs l’heure. Le service de renseignement
intérieur helvétique serait à l’origine de ces «emplois». Il ne nie pas
l’engagement d’informateurs payés.
Zurich / Monique Keller
Publié le 27 août 2005
Urs von Däniken (en médaillon), ancien numéro deux de la police fédérale
lors de l’affaire des fiches au début des années 90 (ci-dessus), aimerait
considérablement augmenter les prérogatives du Service d’analyse et de
prévention, le service de renseignement intérieur, lequel dépend du
Département fédéral de justice et police. Christoph Blocher a déjà dû
intervenir pour modérer les propositions de révision de la loi. KEYSTONE
Publiées sur le site internet de l'Uni de Zurich et de l'EPFZ, des petites
annonces cherchent des étudiants pour espionner la scène d'extrême gauche.
«Cherche étudiants aimant écrire, de temps à autre, des reportages sur des
manifestations politiques.» Plusieurs annonces de ce type ont été publiées
ces derniers mois sur la page «emplois» du site électronique de
l'Université et de l'Ecole polytechnique de Zurich, révèle le quotidien
alémanique Tages-Anzeiger .
Un étudiant, préférant garder l'anonymat, a répondu à l'annonce via une
adresse e-mail. On lui a alors fixé un rendez-vous au buffet de la gare
centrale de Zurich, où il a rencontré une personne qui n'a pas voulu
décliner son identité. Elle a expliqué qu'il s'agissait d'un travail pour
le compte du Service d'analyse et de prévention (SAP). Ex-police fédérale,
le SAP est le service de renseignement intérieur et dépend du Département
fédéral de justice et police. Il vise notamment à la «protection
préventive de l'Etat» en rassemblant des informations sur des
organisations extrémistes. Le travail proposé consistait, selon
l'étudiant, à infiltrer les milieux de l'extrême gauche et à rassembler
des informations sur les activités et les manifestations planifiées. Il
devait notamment récolter des flyers et des noms d'activistes. Ce job
d'espionnage est payé 30 francs l'heure.
Au Service d'analyse et de prévention, on ne confirme ni ne dément
l'information. «Nous ne nous exprimons jamais sur des cas concrets pour ne
pas compromettre nos sources d'informations», répond au Tages-Anzeiger
Jürg Bühler, chef adjoint du SAP. «Mais il est tout à fait plausible que
nous sollicitions des tiers qui nous livrent certains renseignements»,
a-t-il admis. Conformément à la loi, le service de renseignement intérieur
est effectivement autorisé à engager des informateurs privés. Mais il ne
peut recourir à ce moyen que dans le cadre de la lutte contre le
terrorisme, l'extrémisme violent, l'espionnage et la prolifération d'armes
de destruction massive. Le département de Christoph Blocher et le
Parlement sont chargés de contrôler les abus.
La direction du service de renseignement assure que les informateurs sont
éclairés sur la limite juridique de leur activité. «Il n'est pas admis,
par exemple, qu'une personne commette un cambriolage ou un autre délit
pour acquérir des informations», précise Jürg Bühler. Celui-ci souligne
que la Confédération n'est pas la seule à utiliser ce genre de méthode:
des sociétés privées dans le secteur de la sécurité mandatent elles aussi
des particuliers pour infiltrer certains milieux. En effet, il existe un
véritable marché du renseignement. Celui-ci répond à une demande
sécuritaire des entreprises qui craignent d'être la cible d'organisations
extrémistes.