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Bruxelles critique le décret français anti-OPA
LE MONDE | 05.09.05 | 15h04 • Mis à jour le 05.09.05 | 15h04
BRUXELLES de notre bureau européen
Le gouvernement français devra redoubler d'efforts pour convaincre la
Commission européenne de l'opportunité de définir les secteurs où il
pourra entraver la prise de contrôle des entreprises françaises par des
investisseurs étrangers.
Samedi 3 septembre, les commissaires au marché intérieur, Charlie
McCreevy, et à la concurrence, Neelie Kroes, ont lancé l'offensive contre
le décret français, en préparation, qui doit protéger dix secteurs
sensibles : les casinos, les activités de sécurité, les biotechnologies,
les antidotes, le matériel d'interception des communications, la sécurité
des systèmes informatiques, les technologies duales (relatives au civil et
au militaire), la cryptologie, les marchés secret-défense et l'armement.
Après avoir ferraillé avec le gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio
Fazio, pour tenter d'ouvrir le marché bancaire de la Péninsule, M.
McCreevy a déclaré, lors d'un colloque : "Je peux envisager des
difficultés avec un autre grand Etat membre qui semble vouloir protéger
des acquisitions certains segments de son industrie." Et de prévenir : "Je
poursuivrai vigoureusement toute mesure contraire à la loi européenne",
qui assure la libre circulation des capitaux.
Mme Kroes s'est montrée aussi ferme : "De telles mesures, qu'elles soient
du 'patriotisme économique', des aides d'Etat illégales visant à maintenir
artificiellement des sociétés hors de l'eau, ou des tentatives pour mettre
les entreprises hors de portée d'acquisitions étrangères, risquent de
ramener l'Europe dans une spirale infernale de protectionnisme
systématique, à l'image des années 1930" , a-t-elle jugé lors de la même
réunion. "Nous avons reçu de tels signaux de France récemment, ce qui est
du plus ironique quand l'on considère que -c'est- le pays dont les
sociétés sont responsables du plus grand nombre d'acquisitions en valeur
(...) en Europe, de janvier à août."
Selon l'hebdomadaire britannique The Economist , les entreprises
françaises ont acheté, depuis le début de l'année, 146 sociétés
européennes, pour 59,5 milliards d'euros. La France se situe en valeur
juste devant les Etats-Unis (55,6 milliards), et loin devant l'Italie et
la Grande-Bretagne.
Philippe Ricard
Article paru dans l'édition du 06.09.05