http://www.rmes.be/C2005-91.htm
Les Controverse(RME)S
Technology Watch n°7 - semaine du 25 septembre au 1er octobre 2005
La technologie évolue au moins aussi vite que les relations
internationales. Toutes les semaines, au sein des Controverse(RME)S,
Technology Watch fait le point sur l'évolution de systèmes militaires dont
l'emploi présente des répercussions politiques, stratégiques et tactiques.
L'Iran lance ses premiers satellites
L'Iran chercher à disposer d'unen capacité spatiale depuis une dizaine
d'années. Si, comme la majorité des Etats, cette capacité a d'abord été
passive - via l'achat d'imagerie satellitaire commerciale - elle est en
passe de devenir active. Reporté depuis avril 2005, le lancement des deux
premiers satellites iraniens interviendrait fin septembre. C'est un
lanceur russe Cosmos-3, qui, depuis Plesetsk, mettrait en orbite les trois
plates-formes. Le premier, appelé Mesbah (lanterne) semble, d'après les
photos, de petite taille, sa masse étant de 65-75kg. Il serait affecté à
des missions de surveillance météo mais, selon certains services de
renseignement, il pourrait - le conditionnel est de mise - être affecté à
des missions de surveillance.
En pratique, il pourrait etre affecté à la surveillance des capacités
militaires américaines et israéliennes au Moyen-Orient mais permettrait
aussi d'assurer la surveillance des pipes-lines. Il devrait rester en
orbite durant trois ans, certains indiquant qu'il serait en mesure de
poursuivre son travail durant cinq ans supplémentaires. Le satellite a
bénéficié de la collaboration de la firme italienne Carlo Gavazzi Space.
Un deuxième satellite, Sinah, est quant à lui un démonstrateur
technologique de 20kg, de fabrication intégralement iranienne, devant
initiallement être lancé par un Shahab-4 mais dont le vol avait été
reporté pour des causes inconnues. Nuançons toutefois une information qui
ne manquera pas de nourrir des argumentaires divers : même avec Mesbah,
l'Iran ne disposera que de capacités très limitées. Avant d'obtenir des
satellites de renseignement aux performances correctes, il fallut plus de
vingt ans d'efforts aux Etats-Unis et plus de dix à l'Union Européenne.
Par ailleurs, notons aussi que, selon certains analystes, le développement
d'un programme spatial pourrait permettre à l'Iran de poursuiivre le
développement de ses missiles sans être contraint par le Missile
Technology Control Regime tout en bénéficiant d'informations recueillies
par ses propres satellites, dépassant de la sorte d'éventuels blocus
informationnels qui pourraient être imposés aux sociétés d'imagerie
commerciales.
Ce sont autant d'évolutions inspirant plusieurs réflexions :
1) Le développement de régimes de contrôle internationaux se heurtera de
plus en plus systématiquement à la complexification des développements
technologiques, dans le domaine spatial comme dans d'autres (on se
souvient des questions portant sur la pertinence de l'embargo sur les
armes à destination de la Chine dès lors que des technologies civiles à
application militaire sont exportées). Dans le cas qui nous préoccupe
aujourd'hui, on ne peut interdire la constitution de programmes spatiaux
civils. Au risque de voir des programmes militaires fleurir comme de voir
la pertinence des régimes s'affaiblir un peu plus. C'est d'autant plus le
cas que "la solution de facilité" - sortir des régimes - induit une
dichotomie entre les Etats pouvant tout se permettre sans sanction aucune
et ceux qui resteraient soumis à ce qui n'est plus guère que des mesures
de confiance.
2) L'accès à l'espace et son utilisation militaire, un temps considéré
comme l'apanage de quelques puissances, qui ne l'utiliseraient en outre
qu'assez parcimonieusement, est réifiée. Ces dix dernières années ont
autant montré un certain désintérêt pour les grands programmes spatiaux,
doublée d'une banalisation de l'utilisation de l'espace pour des
applications stables dans le temps (renseignement, transmissions, météo,
etc.). Aujourd'hui, outre l'Europe, les Etats-Unis et la Russie,
considérables comme des "puissances historiques", le Brésil, la Chine,
l'Inde, Israël, le Japon, l'Iran disposent ou disposeront prochaînement de
capacités actives et non plus passives.
3) Corollaire logique d'une telle situation, la perception géostratégique
de l'espace est revalorisée et dépasse sa seule utilisation dans le cadre
des missions classiques. Avec la relance d'un programme lunaire US qui
apparaît surtout comme destiné à faire accroître la supériorité
technologique américaine dans le domaine, contestée par les Européens, les
possibilités de militarisation de l'espace se trouvent, en outre,
radicalisées : à l'instar de ce qu'en disait I. Sourbès, qui contrôle la
Lune contrôle les orbites terrestres. De là à ce que plusieurs réflexions
sur l'utilité des armes antisatellites fleurissent à nouveau, dans un
contexte où la dernière version de la doctrine spatiale militaire
américaine semble connaître une maturation, il n'y a, par ailleurs, qu'un
pas.