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Les nouvelles méthodes du patron de la police des polices

Jean-Marc Leclerc
[29 novembre 2005]

SES AGENTS, réputés pour cuisiner à petit feu les policiers
indélicats, sont surnommés les «boeuf-carottes». Mais Jacques
Lamotte, 57 ans, nouveau chef de l'Inspection générale de la police
nationale (IGPN), met tout de suite le visiteur à l'aise. «Le ripou,
le corrompu vu au cinéma, c'est marginal : quatre ou cinq affaires par
an seulement.» Les violences, les bavures, comme celle de La Courneuve
où des policiers molestaient un délinquant venu les provoquer devant
le commissariat, sont un autre souci. «724 allégations de mauvais
traitement pour 717 687 personnes mises en cause par la police en 2004,
soit une accusation pour 1 000 interventions», révèle le chef de
l'IGPN. Selon lui, sur les 88 dossiers de violence illégitimes
clôturés par ses enquêteurs l'an dernier, 64% étaient infondés,
24% fondés et 12% douteux.

Ecoutes téléphoniques

Le commissaire Lamotte rappelle aussi que, depuis trois ans, les
révocations et les mises à la retraite d'office ont augmenté de 84%
! Pour lui, «quand les policiers interviennent davantage lors
d'événements de plus en plus violents, ils s'exposent inévitablement
à des risques de dérapage».

En tant que patron de la maison mère de la police des polices, Jacques
Lamotte, qui dirigeait les CRS jusqu'à la veille des émeutes des
banlieues, a désormais sous sa coupe 200 officiers de police
judiciaire. Ceux-ci travaillent généralement sous l'autorité d'un
juge. Et ils doivent redoubler de discrétion. «Car nos clients
connaissent les ficelles du métier», précise Eric Meillan, le chef
de l'Inspection générale des services (IGS), numéro deux et bras
séculier de l'IGPN à Paris et dans les départements de la petite
couronne. Il ne dévoilera pas ses recettes. Tout au plus sait-on
qu'une dizaine d'écoutes téléphoniques tournent chaque mois pour le
compte de ses agents très spéciaux. Certains avouent aussi que,
lorsqu'ils font remonter le dossier administratif d'un collègue
suspect, ils préfèrent noyer la demande parmi d'autres, histoire de
ne pas éveiller les soupçons.

La fin du «cimetière des éléphants»

Pour recueillir les plaintes des particuliers, l'IGS dispose d'un
guichet spécifique. Le service reçoit aussi beaucoup de courriers. Le
public alimente un tiers des affaires. Le reste vient de l'intérieur
de la police ou des parlementaires saisis par leurs électeurs. Les
corbeaux également font leur oeuvre : deux ou trois lettres anonymes
par mois. Elles émanent souvent de collègues jaloux ou d'épouses
délaissées. Les lettres seront passées au peigne fin pour détecter
leur auteur... qui a intérêt à être sûr de ce qu'il avance.

Pour mieux encadrer la police, le commissaire Lamotte croit aux vertus
de la prévention. Elle passe, selon lui, d'abord par l'amélioration
de la formation des agents, puis par l'audit compris comme une
«mission d'assistance aux services». Et par la diffusion de
règlements d'emploi clairs. Son chef des études, le commissaire
Christophe Fichot, a ainsi activement participé à l'élaboration des
circulaires sur un recours proportionné aux gaz lacrymogènes ou au
«menottage». Un autre texte devrait rappeler prochainement le
«principe hiérarchique» aux différents échelons de commandement.

«Après chaque inspection, nous reviendrons dans l'année vérifier
que nos recommandations ont été suivies d'effet», prévient Jacques
Lamotte. Il est loin le temps du «cimetière des éléphants», ce
vilain surnom donné à l'IGPN parce que le pouvoir avait l'habitude
d'y affecter les chefs de police tombés en disgrâce, en guise de
pénitence.

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