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Présentation des travaux de Philippe Grangier           

Philippe Grangier est né en 1957. Il est ancien élève de l’ENS de Cachan et agrégé de physique. Après une thèse de 3e cycle et une thèse d’état consacrées à la mise en évidence de propriétés quantiques de la lumière, sous la direction de A. Aspect, Philippe Grangier va choisir une voie personnelle en optique quantique : il s’agit d’utiliser les propriétés quantiques de la lumière pour aller au-delà de ce qu’on appelle la limite quantique standard, longtemps considérée comme une limite ultime, mais qui n’est que la limite imposée par les relations de Heisenberg appliquées à la lumière délivrée par les sources classiques (lampes à incandescence ou à décharge, diodes électroluminescentes ou autre laser). En fait, on a compris au tournant des années 1970-1980 (et l’expérience de thèse de Philippe Grangier, très citée, a contribué à cette clarification) qu’il est possible de générer d’autres types de lumière où il est possible de jouer avec les relations de Heisenberg et de réduire la dispersion sur une observable à mesurer au prix d’une augmentation de la dispersion sur l’observable complémentaire à laquelle on ne s’intéresse pas. Pour donner un exemple simple, dans un état de la lumière où le nombre de photons N est parfaitement déterminé (état de Fock), on peut réaliser des mesures d’intensité à mieux que le bruit de photon standard ÖN (qui correspond aux états quasi classiques de Glauber où le nombre de photons est une variable aléatoire de Poisson).



La première contribution de Philippe Grangier dans le domaine des mesures sous la limite quantique standard a été un travail remarquable lors d’un séjour post-doctoral aux Bell laboratories en 1986-1987 : Philippe Grangier a démontré expérimentalement la possibilité d’améliorer la sensibilité des mesures interférométriques au-delà de la limite quantique standard en utilisant des états comprimés de la lumière.



De retour en France après son recrutement au CNRS, il prend la responsabilité de l’activité en optique quantique à l’institut optique, laissée vacante par le départ de A. Aspect (qui a rejoint C. Cohen-Tannoudji pour démarrer le groupe atomes froids de l’ENS avec J. Dalibard et C. Salomon). Il se lance alors dans le problème des « mesures quantiques non-destructives » (mesures QND). Il s’agit encore de mesurer une grandeur à mieux que la limite quantique standard, mais, en plus, on demande que la perturbation inévitable du système par la mesure n’entraîne aucune dispersion supplémentaire sur l’observable mesurée (le prix à payer est la perturbation forte de l’observable complémentaire, ce qui n’est pas gênant si on ne s’y intéresse pas). Parmi les résultats de la petite équipe que Philippe Grangier constitue autour de lui, citons un record mondial d’efficacité de mesures QND d’intensité lumineuse, la réalisation de mesures quantiques répétées sur le même signal, et le prélèvement non-destructif d’informations sur un faisceau modulé de type télécom (en collaboration avec le CNET Bagneux). Une décennie de travaux du groupe Grangier sur ce thème est synthétisée par un article de la revue Nature en 1998.



Une autre direction de recherche, poursuivie en 1994, a été l’étude du bruit quantique d’intensité de diodes laser, qui peut être réduit en dessous du bruit de photons en alimentant la diode par un courant qui est lui-même sub-poissonnien. La mise en évidence par Philippe Grangier de plusieurs effets physiques qui n’avaient pas été identifiés clairement auparavant, et qui sont en particulier liés à la structure modale (longitudinale et transverse) du laser, a permis d’établir un lien entre les mécanismes contribuant à l’excès de bruit quantique d’intensité, et d’autres mécanismes connus en physique des lasers (facteur de Henry, facteur de Petermann). Des discussions se poursuivent avec des industriels afin d’exploiter ces résultats pour réduire le bruit des diodes laser ou des amplificateurs à semi-conducteur commerciaux.



Depuis 1998-2000, Philippe Grangier a orienté ses recherches vers les applications de l’optique quantique au traitement quantique de l’information. Dans ce contexte, l’information est codée et manipulée sous forme de « bits quantiques » (qubits), qui sont en fait des systèmes quantiques - et non plus classiques - à deux états. Cette nouvelle orientation a débouché de manière spectaculaire en 2002-2003 avec plusieurs premières mondiales à l’actif de Philippe Grangier et son équipe. Il s’agit d’abord du piégage d’atomes individuels dans des pièges optiques dipolaires, ce qui constitue un nouveau type de qubit. Puis ont été réalisées deux expériences originales de cryptographie quantique : la première utilise pour la première fois une source émettant vraiment des photons « un par un », en isolant la fluorescence de centres colorés individuels dans un nanocristal de diamant. La seconde introduit un protocole de cryptographie quantique entièrement nouveau qui utilise des impulsions lasers usuelles, modulées en phase et en amplitude, et des méthodes de détection cohérente plutôt que des techniques de comptage de photon.



En résumé, l’activité de Philippe Grangier en fait un leader mondial dans le domaine de l’application des concepts de base de l’optique quantique à des problèmes qui intéressent particulièrement la Défense. La cryptographie quantique a été portée à un niveau de développement qui en fait une technique utilisable pour les communications ultra sécurisées. La recherche dans le domaine du calcul quantique est également d’intérêt stratégique puisque la réalisation d’un ordinateur quantique remettrait en cause la plupart des méthodes de communication sécurisée en usage aujourd’hui.



Informations complémentaires :



Philippe Grangier a reçu divers prix en France et à l’étranger, dont le prix Pierson-Perrin 1987 de l’Académie des sciences, le prix Aimé Cotton 1988 de la Société française de physique, le prix Carl Zeiss 1998 (Ernst-Abbe foundation, Allemagne) et la médaille d’argent du CNRS en 2002.

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