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Drones civils français : une approche prudente

(© Jean-Jacques CÉCILE, 11 décembre 2005) - S'étant tenu au Bourget du 22 au 25
novembre dernier, le salon Milipol a mis une fois de plus en exergue le constat
suivant : sur le « marché (...) parapublic, (...) les drones peinent à trouver
leurs niches » 1 . Pourquoi ? Pour formuler une réponse à cette question, il
apparaît nécessaire de remonter à avril 2004, mois au cours duquel fut organisé
par le Haut comité français pour la défense civile (HCFDC) un colloque sur la
question. 

Les avions sans pilote se défroquent : hier confinés à la sphère militaire, ils
percolent désormais vers le secteur civil. Cette tendance lourde n'est
cependant pas nouvelle et l'Afrique du Sud fait à ce sujet figure de pionnière.
Après avoir utilisé des drones Seeker pour surveiller le déroulement des
premières élections démocratiques de son histoire en 1994, ses autorités ont
persévéré dans le cadre de la lutte contre la criminalité urbaine et ce, depuis
1996. Pour autant, le colloque du 7 avril 2004 a révélé une approche hexagonale
bien différente : les responsables en matière de sécurité civile ne sont pas
rares qui ne voient dans les drones qu'un moyen surnuméraire susceptible de
remplir des tâches actuellement prises en compte par des hélicoptères qu'il
s'agit de rentabiliser. Cette approche comptable est au coeur de leurs
préoccupations : en bons gestionnaires, ils confrontent le rapport
coût/efficacité au taux d'occurrence des événements justifiant l'utilisation
d'un engin sans pilote en lieu et place des autres moyens aériens mis à leur
disposition. Dans ce contexte, on comprendra que l'utilisation des systèmes de
drones pour des missions de défense civile soit, en France, pour l'instant
cantonnée à des « niches » étroites n'impliquant que des engins d'un faible
coût. 

Dans le cadre du colloque, la liste des tâches pouvant être dévolues à des
drones par les organismes de défense civile fut ainsi dressée par le colonel
Garioud, alors chef du groupement des services opérationnels du Service
départemental d'incendie et de secours de la Loire : relevés topographiques
(1/5 000), météorologie, détermination des zones touchées et évaluation des
dégâts en cas de catastrophe naturelle (inondation, feu de forêt, enneigement
exceptionnel, sécheresse, tempête, marée noire, tremblement de terre),
délimitation des zones contaminées lors d'accidents NRBC (nucléaire,
radiologique, biologique, chimique), recherche de personnes, acquisition des
informations en cas de carambolages en chaîne et enfin surveillance des
transports de matières dangereuses. 

Au-delà de cet inventaire, les drones se révèlent précieux dans deux cas
précis. Lorsqu'une catastrophe naturelle a endommagé l'infrastructure routière,
ce type d'engin permet de s'affranchir des dégâts ainsi occasionnés : ils
peuvent alors remplir des tâches de reconnaissance ou de convoyage de matériel
léger de premiers secours dans des endroits difficiles d'accès. En Russie, le
ministère des situations d'urgence met ainsi en oeuvre un petit nombre de
drones cargo. Dans le cadre d'un accident NRBC, le faible coût des drones
miniatures permet de les considérer comme consommables, ce qui évite parfois
les fastidieuses opérations de décontamination. Dans le cadre du colloque, un
représentant de la société Tecknisolar-Seni fit ainsi état de l'utilisation de
drones Coccinelle et Bourdon par les autorités ukrainiennes pour déterminer les
contours des zones contaminées autour de Tchernobyl. Leur faible capacité
d'emport ne permettait cependant pas la détermination du niveau de
contamination : il ne leur était demandé qu'une réponse booléenne. Si celle-ci
était affirmative, les engins étaient tout simplement considérés comme perdus.

Dernière possibilité, l'utilisation de drones pour des tâches d'épandage
agricole aérien. Cette possibilité fut évoquée par Mr Michel Lallement,
directeur général de Flying Robots, qui profita du colloque pour faire état des
capacités de sa société à concevoir une gamme de drones ayant pour plan
aérodynamique horizontal sustentateur une voile de parachute. Née de la fusion
entre Paraddax (paramoteurs) et Data-Tools (stations au sol), Flying Robots
commercialise ainsi l'Unmanned Powered Paragliding System (UPPS) en deux
versions pouvant respectivement emmener des charges utiles de 100/150 kg ou de
250 kg. Cette dernière version de l'UPPS a une autonomie de 1 000 Km et un
rayon d'action de 150 Km autour de la station au sol ; elle est notamment
proposée pour réaliser ce qui est considéré comme constituant des « épandages
agricoles chirurgicaux »

© Jean-Jacques CÉCILE
11 décembre 2005

1 Bernard Bombeau, « Des ballons et des drones au salon Milipol », Air & Cosmos
n°2008, 2 décembre 2005, pp. 30-32.

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