[article précéedmment publié, en février 2005, sur
http://www.leconfidentiel.com/modules.php?name=News&file=topics&topic=9]
http://www.intelligencepost.com/57/2005/12/10/00057_le-materiel-informatique-de-la-dgse.html
Le matériel informatique de la DGSE
Le 10 / 12 / 2005 @ 20:10:22 · Catégorie : Renseignement
La DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure), les services
secrets français, possède un parc informatique impressionnant qui, bien
entendu, tombe sous le coup du secret défense. En termes de calcul, la
DGSE possède depuis 1992 un supercalculateur T3D, qui remplace à lui tout
seul le vieux Cray 1 dont les capacités ne permettent plus de suivre
l’évolution des niveaux de cryptages : « Les superordinateurs de la DGSE
servent à casser les codes qui protègent des messages interceptés par les
satellites français actuellement en orbite. » affirme Eric Denécé,
fondateur du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement).
L’automatisation de l’interception et des moyens de déchiffrement, les
flux générés par l’utilisation d’Internet et la capacité à intercepter de
nouveaux systèmes de télécommunications utilisant des codages
propriétaires, sont les priorités qui poussent la DGSE à se doter des
meilleurs matériels et logiciels.
Qui dit parc informatique dit forcément augmentation des budgets en
conséquence, selon le député Yves Fromion auteur d’un rapport sur les
crédits du renseignement, les coups avoisinent une enveloppe globale
estimée à 1,3 milliard d’euros, définie par la loi de programmation
militaire, qui court jusqu’en 2008. Une constante évolution donc, sachant
aussi que le parc des ordinateurs pour les agents analystes et autres
officiers doit être constamment renouvelé pour suivre le rythme des
logiciels -dont certains sont réalisés en interne- question de sécurité et
d’efficacité.
Révolu donc le temps doré de TAIGA (traitement automatique de
l’information géopolitique d’actualité), ce logiciel développé pour la
DGSE à partir de 1987 et permettant de réaliser une veille technologique
basée sur une analyse sémantique de l’information. Aujourd’hui, ils sont
multiples, soit propriétaires soit partagés par d’autres services, tout
comme Analyst’s Notebook, un logiciel utilisé par les forces de l’ordre et
les services d’investigation. Il permet de réaliser des analyses visuelles
de données pour révéler instantanément les éléments communs utilisés par
des cibles différentes, par exemple, il met en évidence les réseaux,
révèle les structures de commandement ou de contrôle d’une organisation
criminelle ou terroriste : « Ce logiciel est utilisé par la PJ pour les
affaires criminelles et la DST l’utilise pour la lutte contre le
terrorisme et pour la veille » affirme Patrice Cayrol, Président Directeur
Général de la société IparI (Investigation par l’Image). Ce logiciel est
utilisé aujourd’hui par le FBI, la DST et la DGSE pour traquer Al-Qaïda.
La moindre information est alors numérisée et partagée, apparaît alors
visuellement le réseau terroriste et ses interconnexions.
Sur le terrain, les agents de la DGSE, ceux du Service Action, sont
équipés depuis peu avec des ordinateurs portables renforcés de la gamme
GoBook. Des portables ‘tout-terrain’ entièrement réalisés sur mesure par
la société Itronix et qui équipent déjà beaucoup d’unités très spéciales
de part le monde. De source officielle, ces ordinateurs tournent sous
Linux, avec un noyau entièrement fait ‘maison’ par les informaticiens de
la piscine, le surnom de la DGSE : « Avec Linux on contrôle tout, de
l’information saisie sur la machine en passant par le cryptage et la
transmission, il vaut mieux faire confiance à un système que nous avons
bâtit plutôt qu’à autre chose dont nous n’avons pas examiné à la loupe le
code source » affirme un informaticien, aujourd’hui consultant privé qui a
passé trois ans dans la maison.
La DGSE parie fortement sur les nouvelles technologies et l’informatique
pour l’aider dans sa mission de protection des intérêts français de part
le monde, mais la situation est presque désespérée en ce qui concerne les
‘cerveaux’ qui font cruellement défaut. Selon une source interne, la DGSE
manque d’informaticiens chevronnés qui « préfèrent passer au privé » parce
qu’ils y sont « mieux payés », autre méfait de l’administration, quand
vous rentrez à la DGSE votre carrière est bloquée, plus aucune possibilité
d’évolution « votre dossier est figé, il ne fait qu’une ligne, quoi que
vous auriez pu faire, quoi que vous valez, beaucoup de nos meilleurs
militaires ou civils refusent de passer par la case DGSE… ». Si
l’informatique évolue au sein de nos services secrets, l’administration a
tendance à oublier qu’un ordinateur se pilote grâce à un cerveau humain.
Par Jean-Paul Ney avec Louis Belmonte