http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,[EMAIL PROTECTED],50-723710,0.html

Ecoutes secrètes de la NSA : un juge fédéral américain démissionne
LE MONDE | 22.12.05 | 14h46  ·  Mis à jour le 22.12.05 | 14h46
WASHINGTON CORRESPONDANCE

'affaire des écoutes secrètes décidées par le président George
Bush nourrit les polémiques. Le juge fédéral James Robertson a
démissionné lundi de son siège au tribunal de surveillance du
renseignement étranger, a-t-on appris mercredi 21 décembre. Il s'est
abstenu de tout commentaire mais sa décision est directement liée à
la pratique mise en place par le gouvernement. Créé en 1978 dans le
cadre du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA, loi de
surveillance du renseignement étranger), ce tribunal, composé de onze
magistrats, est chargé d'examiner, dans la plus grande
confidentialité, les demandes d'écoutes de suspects étrangers et
d'accorder des mandats aux enquêteurs.

C'est précisément cette procédure que le gouvernement a choisi de ne
pas suivre, dans le cadre des écoutes mises en place par l'Agence de
sécurité nationale (NSA), sur les communications internationales de
citoyens américains, la jugeant trop contraignante. "FISA convient
pour le contrôle à long terme. Nous avons besoin pour protéger le
peuple américain d'agir vite", a déclaré M. Bush, lundi, lors d'une
conférence de presse. Depuis qu'il a été créé, ce tribunal a
examiné plus de 18 000 requêtes et n'en a rejeté que 5. Pour les cas
d'urgence, les agents peuvent demander leur mandat soixante-douze
heures après avoir mis en place les écoutes.

James Robertson a été nommé juge fédéral par Bill Clinton en 1992,
avant d'être choisi par l'ancien président de la Cour suprême,
William Rehnquist, pour siéger à ce tribunal. Il est considéré
comme un juge "libéral", qui s'était fait remarquer en se prononçant
en faveur des droits de l'ancien chauffeur de Saddam Hussein,
prisonnier à Guantanamo, contre le Pentagone.

LETTRE CONFIDENTIELLE

L'indignation suscitée par les révélations du New York Times
dépasse les clivages politiques. Plusieurs sénateurs, y compris deux
sénateurs républicains de la commission du renseignement, demandent
l'organisation d'auditions parlementaires sur ces écoutes. La Maison
Blanche a indiqué que les principaux membres de la commission du
renseignement avaient été informés de la pratique. Le sénateur
démocrate John Rockefeller a rendu publique une lettre confidentielle,
écrite en 2003 au vice-président Dick Cheney, pour lui faire part de
ses inquiétudes. Les experts s'interrogent et se contredisent pour
savoir si le président a agi dans la légalité ou non.

C'est un double débat sur des sujets très sensibles pour le public
américain : le respect des libertés et l'équilibre des pouvoirs. La
révélation des écoutes intervient en même temps que celle d'autres
pratiques, comme l'existence d'une base de données au Pentagone sur
les protestations pacifiques. Le syndicat pour la défense des droits
civiques (ACLU) vient de révéler l'existence d'enquêtes du FBI, dans
le cadre de la lutte contre le terrorisme, contre des associations de
défense des animaux, une communauté végétarienne ou le groupe des
travailleurs catholiques, qui rappelle les pratiques de l'agence à
l'époque d'Edgar Hoover.

Le président a justifié les écoutes au nom des pouvoirs qui lui sont
accordés en période de guerre. Dick Cheney a enfoncé le clou, mardi
: "Beaucoup d'événements autour du Watergate et du Vietnam, dans les
années 1970, ont contribué à éroder le pouvoir présidentiel, a
expliqué celui qui fut chef de cabinet du président Gerald Ford à
cette époque. Je pense que nous avons restauré l'autorité légitime
de la présidence."

L'avocat constitutionnel Bruce Fein, ancien conseiller de Ronald
Reagan, avoue son scepticisme et son inquiétude, dans un éditorial du
journal conservateur le Washington Times, à l'idée que "le commandant
en chef bénéficierait d'un pouvoir constitutionnel inhérent" qui lui
permettrait d'éviter les contrepoids parlementaires, au nom de la
bataille contre le "terrorisme international".

Alain Salles
Le Sénat prolonge de six mois la loi antiterroriste Patriot Act

LE SÉNAT américain a accepté, mercredi 21 décembre, de prolonger de
six mois le Patriot Act, ensemble de dispositions élargissant les
pouvoirs des forces de sécurité dans la lutte antiterroriste, qui
expirait à la fin de l'année, a annoncé le chef de la majorité
républicaine, Bill Frist. L'accord, après plusieurs jours de
négociations et une exhortation du président George Bush soulignant
que "le terrorisme n'expirait pas à la fin de l'année", a été
obtenu à l'issue d'une réunion marathon à huis clos d'un groupe
composé de républicains voulant une prolongation et de démocrates
souhaitant des garanties pour les droits civiques.

Le texte devrait revenir, à une date non précisée, devant la Chambre
des représentants, qui s'était prononcée, la semaine dernière, pour
la prolongation de la loi entrée en vigueur peu après les attentats
du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. "C'est une solution de bon sens
qui donne au Sénat plus de temps pour dégager un texte de consensus
destiné à promouvoir notre sécurité tout en préservant notre
liberté", a souligné le sénateur démocrate Patrick Leahy. -
(AFP.)


Article paru dans l'édition du 23.12.05

Répondre à