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Espionnage : Les écoutes de Wellington
PAD, Tahitipresse.pf
mercredi 18 janvier 2006 par Spyworld

La levée du secret défense, vingt ans après les faits, a permis à
la presse néo-zélandaise de révéler que pendant les années
1985-86, le gouvernement néo-zélandais a utilisé ses puissants
dispositifs pour capter les communications de plusieurs États
riverains et, au-delà, de la France, de la Chine, du Japon et des
Nations-Unies.

L'affaire a été rendue publique ce week-end par le quotidien Sunday
Star-Times, qui a simplement eu l'idée d'invoquer la prescription
et le domaine public pour se faire révéler par les archives, après
accord du gouvernement, le contenu d'un rapport du Bureau de la
Sécurité des Communications, jusqu'ici secret. Parmi ces documents,
depuis peu transférés au département gouvernemental et public des
archives, le rapport concernant l'année 1985, alors que le
gouvernement était dirigé par David Lange (décédé il y a quelques
semaines).

Balles de golf géantes

Les gouvernements et services vietnamiens, égyptiens, Nord-coréens,
soviétiques, argentins, Est-allemands, japonais, philippins,
Sud-africains et laotiens n'ont pas été épargnés, selon le
compte-rendu du Sunday Star Times. La Nouvelle-Zélande faisait alors
partie du dispositif " Echelon ", au sein duquel elle relayait les
informations recueillies et transmises, à l'aide d'énormes
antennes d'un aspect proche de balles de golf géantes et situées
dans le centre de l'île du Nord, sur les sites militaires de
Waihopai et Tangimoana (Palmerston North). Dans sa proche région, la
Nouvelle-Zélande a ainsi pu participer activement aux écoutes
concernant Fidji, Tonga, les îles Salomon, ainsi que " des
organisations internationales opérant dans le Pacifique ". Des
renseignements (sous forme de conversations téléphoniques sur le
réseau local de téléphonie mobile) recueillis par Echelon, via la
Nouvelle-Zélande, avaient d'ailleurs pu être exploitées il y a
cinq ans et demi, lors du coup d'État de George Speight à Fidji.

Rainbow Warrior

Ces documents contiennent aussi, au milieu d'une douzaine de cartons,
un rapport de trente et une pages contenant des traces d'un regain
d'activité après l'attentat, en juillet 1985, contre le Rainbow
Warrior, navire-amiral de l'organisation écologiste Greenpeace, par
les services secrets français. Les rapports, classés " top secret "
et " umbra " (pour les documents les plus sensibles et restreints),
désignent en particulier des " cibles " désignées sous les termes "
Pacifique Sud français, civil, naval et militaire, Antarctique
français, civil, mais aussi les navires français croisant dans les
eaux néo-zélandaises, et en particulier le voilier " Ouvéa ", qui a
servi à acheminer une équipe des services français ayant participé
à l'opération. Par d'autres canaux, selon les mêmes sources, les
appels de numéros de téléphone à Paris ont aussi été
interceptés. La publication de ces informations a suscité
l'indignation dans la classe politique locale, y compris de la part
du parti des Verts, dont le porte-parole chargé des questions
internationales, Keith Locke, a dénoncé ces activités qui, à
l'époque, avaient été effectuées en collaboration avec les
services américains. " En tout cas en ce qui concerne le Pacifique, il
y aurait au moins quelques questions à poser au sujet de
l'utilisation qui a pu être faite de ces renseignements ", a-t-il
déclaré. " Surtout quand on sait que la Nouvelle-Zélande essaie de
se tailler un rôle de partenaire vis-à-vis des États insulaires du
Pacifique (...) C'est un peu choquant (...) Mais je suppose qu'il
faut se remettre dans le contexte de l'époque, de la guerre froide",
a-t-il ajouté. " Je me souviens maintenant d'un voyage que j'ai
fait avec une délégation parlementaire et le numéro deux de la
Nouvelle-Calédonie nous avait alors sermonné sur la façon dont la
station de Waihopai était utilisée pour espionner la
Nouvelle-Calédonie. Tout ce que je peux dire, c'est que ces
documents ne font que confirmer ", a-t-il ajouté en demandant qu'une
commission d'enquête soit ouverte. Les mêmes documents, publiés
par le quotidien, révèlent également les tensions venues de
Washington lorsque la Nouvelle-Zélande a adopté, quelques années
plus tard, une politique anti-nucléaire impliquant une interdiction
d'escale pour tout navire militaire à propulsion nucléaire. Cette
position avait de facto remis en question le pacte militaire tripartite
" ANZUS " (Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis), mais aussi
l'accord qui sous-tend le système Echelon, conclu entre
l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, mais aussi le
Canada et le Royaume-Uni.

Spyworld
URL de la source :
http://www.tahitipresse.pf/index.cfm?snav=see&presse=14246


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