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Espionnage : Thales aux prises avec la justice sud-coréenne Détenu, puis libéré, un responsable du groupe français à Séoul attend d'être jugé. par Michel TEMMAN QUOTIDIEN : mercredi 19 avril 2006 Séoul envoyé spécial Bernard Favre d'Echallens, président de la filiale sud-coréenne du groupe français Thales (ex-Thomson CSF), leader européen de l'électronique civile et militaire, est sorti de prison samedi. Le procureur coréen a consenti à libérer le Français de 65 ans moyennant une caution. Mais, si Bernard Favre a pu quitter la cellule où il était depuis un mois, à Daejon, il reste assigné dans cette ville dans un lieu tenu secret et sous bonne garde policière. L'homme d'affaires a été inculpé le 21 mars pour «atteinte à la sécurité nationale». Les autorités coréennes l'accusent d'extorsion de documents confidentiels de l'Agence de développement pour la défense, organisme gouvernemental chargé, entre autres, du développement de systèmes radar des navires de guerre sud-coréens de nouvelle génération. Il encourt quinze ans de prison. Jeudi, au tribunal, selon l'agence Yonhap, il a nié s'être procuré des documents classés sur le système de radar de la marine sud-coréenne. Côté français, on argue que ce dont on accuse le Français est ni plus ni moins, dans son business (la vente de matériel militaire), qu'une «activité ordinaire». Prospérité. Ironie du sort, l'affaire se produit dans un Etat où le business du groupe Thales prospère allégrement. Le parrain coréen de Thales, la coentreprise Samsung Thales (1 200 employés), née en 2000 d'une alliance entre les deux groupes, affiche une santé insolente. Devenu un des premiers constructeurs d'équipements militaires en Corée du Sud, Samsung Thales fournit des systèmes de communication, de radars, des systèmes électro-optiques et de combat naval. Cette collaboration remonte à 1978, quand Coréens et Français ont commencé à produire ensemble des systèmes optiques ultrasophistiqués «jour-nuit», des capteurs laser et des systèmes d'artillerie. Les déboires coréens de Thales n'inquiètent d'ailleurs pas les dirigeants de la coentreprise. «Notre objectif reste le même : devenir un des tout premiers leaders mondiaux en matière d'intégration de systèmes militaires», ambitionne-t-on au siège du groupe à Séoul. Gravité. Les bonnes affaires de Thales en Corée aideront-elles Bernard Favre à reprendre plus vite l'avion pour Paris ? «La justice coréenne semble désireuse de ne pas laisser traîner l'affaire. La procédure pourrait être accélérée. Il n'est pas impossible que le jugement soit rendu dès avril ou mai», commente une source, qui, comme tous sur ce dossier, préfère garder l'anonymat. Mais l'accusation portée contre Bernard Favre est, selon les juges coréens, d'une «gravité extrême». Selon un proche du dossier, «la procédure est entrée dans une phase critique». D'autant qu'au même moment les juges de Séoul ont lancé une vaste opération «mains propres». «Les affaires éclatent l'une après l'autre. Il y a un mois, le Premier ministre, Lee Hae-chan, a été contraint à la démission pour une partie de golf aux côtés d'un industriel en délicatesse avec la justice. Quant à Lee Kun-hee, fondateur de Samsung et allié de Thales sur le marché de la défense, il se débat dans une enquête criminelle liée à son plan de succession.» Commentaire d'un homme du sérail à Séoul : «Pas étonnant, dans l'affaire Thales, que le parquet coréen montre l'exemple et diligente de la façon la plus dure. Une fois l'orage passé, viendra probablement le temps de la conciliation.» http://www.lemonde.fr/web/article/0,[EMAIL PROTECTED],[EMAIL PROTECTED],0.html Le représentant de Thales à Séoul inculpé dans une affaire d'espionnage LE MONDE | 22.03.06 | 14h27 • Mis à jour le 22.03.06 | 14h27 Pour le groupe Thales, il s'agit d'un "incident", dont la direction ne doute ni "de l'issue favorable et positive" ni que "sa bonne foi sera reconnue". Pour le juge d'instruction sud-coréen Kim Hoon, le représentant du groupe Thales a obtenu des documents classifiés du ministère de la défense relatifs aux composants d'un radar de la marine sud-coréenne. Pour l'intéressé, Bernard Favre d'Echallens, qui a été arrêté mardi 21 mars et inculpé pour violation présumée de secrets militaires, l'affaire est grave, puisqu'il risque une peine maximale de quinze ans de prison. L'origine des faits, selon Thales, remonte à environ deux ans. Une enquête est ouverte, à cette époque, à la suite de fuites répétées au ministère de la défense. Une perquisition est effectuée dans les locaux de Thales et "des documents, qui n'auraient pas dû être là, ont été trouvés". L'explication ? Elle est simple, selon un porte-parole du groupe : alors qu'en France tous les documents "secret-défense" ou "confidentiels" sont estampillés comme tels, en Corée du Sud, ils ne le sont pas. Ce serait donc parce qu'il en ignorait le caractère sensible que Bernard Favre d'Echallens aurait conservé ces papiers... De source sud-coréenne, on a une autre version, puisqu'on indique que le Français aurait versé "au moins 1 million de dollars" pour obtenir ces documents (à Séoul, le juge Kim a évoqué une commission de 500 000 dollars). Thales parle à ce sujet de "confusion" : en réalité, le consultant du groupe à Séoul, Y. B. Park, avait demandé "1 million d'euros" pour intervenir dans une autre affaire, mais cette commission a été refusée par le groupe d'électronique et de défense. Y. B. Park, ancien "no 2" de l'ADD, l'Agence sud-coréenne pour le développement de la défense (l'équivalent de la Délégation générale pour l'armement-DGA française), a été également incarcéré, ainsi que deux fonctionnaires sud-coréens. "CHASSE GARDÉE" AMÉRICAINE Dans ce genre de marché, les programmes sont toujours "confidentiels" et la limite entre ce qui relève du "secret d'Etat" et de l'information sur les spécifications nécessaires pour répondre à un appel d'offres n'est jamais très claire, fait-on observer dans les milieux industriels de l'armement. Le parquet estime cependant disposer de "suffisamment de preuves" pour inculper le ressortissant français, qui pourrait être jugé en avril. Cette affaire a pour toile de fond la tentative de Thales de pénétrer une "chasse gardée" américaine. A la suite de l'arrivée au pouvoir du président Roh Moo-hyun, en février 2003, la Corée du Sud - où sont stationnés 32 000 soldats américains - essaye de se dégager de sa dépendance militaire vis-à-vis des Etats-Unis. Avec un budget de défense en augmentation de 12 %, dont un tiers est destiné à la modernisation de son armement, la Corée du Sud tente de diversifier ses fournisseurs, jusqu'à présent pratiquement exclusivement américains. Mais Washington n'entend pas laisser entamer un marché aussi captif. Philippe Pons (à Tokyo) et Laurent Zecchini Article paru dans l'édition du 23.03.06 --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "guerrelec" group. To post to this group, send email to [email protected] To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED] For more options, visit this group at http://groups.google.com/group/guerrelec -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---
