http://www.lefigaro.fr/france/20060419.FIG000000145_le_chimiste_du_cnrs_se_defend_d_etre_un_espion.html

Le chimiste du CNRS se défend d'être un espion
Cyrille Louis
19 avril 2006, (Rubrique France)

Le chercheur, interpellé au moment de prendre l'avion pour la Chine
avec les résultats de ses travaux dans ses bagages, plaide la bonne
foi.

«LE CIEL m'est tombé sur la tête.» Sourire discret, aimable mais
visiblement sur ses gardes, le docteur L. reçoit dans le petit bureau
qu'il a aménagé sous le toit de sa maisonnette, en lisière de
Strasbourg. Sur la table, quelques documents enfermés dans une poche
plastifiée résument sa ligne de défense. Car ce scientifique de 66
ans, il y a quelques jours encore directeur de recherches à l'Institut
de chimie de Strasbourg, sait désormais devoir jouer serré.
Récemment interpellé alors qu'il partait pour la Chine en possession
de produits chimiques fabriqués dans son laboratoire, il vient en
effet d'être mis à la retraite d'office. Motif invoqué : «Atteinte
à la protection du patrimoine scientifique du CNRS.»

L'affaire, délicate, a commencé samedi 8 avril à 6 h 30, sur le
tempo d'un film d'espionnage. Dans le hall de l'aéroport d'Entzheim,
ce matin-là, le docteur L. s'apprête à embarquer pour Canton, via
Paris, lorsqu'un douanier découvre dans sa valise quatre petites
fioles remplies de poudre. Immédiatement alertés, les responsables du
CNRS déposent plainte pour vol. Une dizaine d'heures durant, le
chercheur est placé en garde à vue. Dans la foulée, son bureau et
son domicile sont perquisitionnés par la PJ de Strasbourg.

«Une dangereuse négligence»

«Dès qu'il y a eu suspicion d'espionnage, on a vu débarquer tous les
services de l'Etat, y compris la DST et la DGSE», raconte un témoin.
De Paris, le directeur général du CNRS prend personnellement
l'affaire en main. Et déjà chacun tente de comprendre comment le
docteur L., «brillant chercheur» employé par l'Institut de chimie
depuis près de 40 ans, a pu commettre ce qui, pour ses supérieurs,
«relève au minimum d'une terrible imprudence».

Il faut dire que l'homme, spécialisé dans l'analyse chimique des
plantes médicinales chinoises et signataire de quelque 160
publications scientifiques, n'en est pas à son premier voyage
d'étude. Né à Phnom Penh et parlant couramment chinois, il a
multiplié les séjours à Taïwan, au Japon, en Corée et, plus
récemment, en Chine populaire afin, dit-il, de «porter haut le
flambeau du CNRS dans le monde». C'est d'ailleurs dans ce cadre,
assure-t-il, qu'il devait se rendre à Canton du 8 au 15 avril, «à la
demande et aux frais des services diplomatiques français».

Lors de précédents voyages, le chimiste a en effet noué contact avec
plusieurs chercheurs chinois. Eux rêvent d'utiliser les cellules
souches du cerveau pour soigner la sclérose en plaques ou la maladie
d'Alzheimer. Lui a mis au point une molécule capable d'activer ces
fameuses cellules souches. «Le conseiller scientifique du consulat de
France à Canton, qui a compris tout l'intérêt d'un partenariat, m'a
demandé de me rendre sur place afin de préparer un atelier
franco-chinois sur ce thème de recherche, ajoute le docteur L. Mon
erreur a été d'emporter quelques échantillons sans avoir pensé à
demander une autorisation au CNRS, afin de vérifier sur place que nos
travaux sont effectivement complémentaires.»

A l'appui de sa version, le chimiste explique avoir prévenu
l'ambassade - par courrier électronique - qu'il arriverait avec
«de faibles quantités de substances». Il jure aussi que les quatre
molécules transportées sont brevetées dans le monde entier et
souligne : «Vu le temps qu'il faut pour développer un médicament,
aucun profit ne sera réalisé sur cette molécule avant, au mieux, dix
ou quinze ans.»

Il n'empêche : une dizaine de jours après l'arrestation du docteur
L., la hiérarchie du CNRS prend l'affaire très au sérieux. La
semaine dernière, son autorisation d'exercer au-delà de 65 ans lui a
été retirée. «Tant que des analyses n'auront pas confirmé le
contenu exact des fioles, on ne saura pas si cette affaire est le fruit
d'une dangereuse négligence ou si ce chercheur a tenté de développer
clandestinement une molécule prometteuse qui, même s'il en est le
découvreur, ne lui appartient pas», analyse un scientifique.
L'institut de recherches est en effet propriétaire de toutes les
substances découvertes dans ses laboratoires. Or certaines d'entre
elles, commercialisées, peuvent rapporter plusieurs dizaines de
millions d'euros chaque année.


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