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Des requins transformés en espions des mers
LE MONDE | 15.04.06 | 15h10 • Mis à jour le 17.04.06 | 09h36
Le simple énoncé du programme de recherche de Walter Gomes, chercheur au Naval
Undersea Warfare Center (NUWC) de Newport (Rhode Island), laisse rêveur :
"Nous développons une puce pour poissons afin de contrôler le comportement de
ces animaux grâce à des implants dans le cerveau." Un projet financé par le
Pentagone via la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa).
Les animaux dressés sont de plus en plus utilisés pour la détection de drogue
et d'explosifs. L'ambition du NUWC va bien au-delà, puisqu'elle vise une
robotisation partielle des poissons choisis comme auxiliaires militaires afin
de détecter des navires ennemis échappant aux systèmes classiques de
détection. Déjà, des expériences ont été menées sur deux espèces de requins,
des émissoles douces (Mustelus canis) et des aiguillats communs (Squalus
acanthias).
Les chercheurs tentent d'exploiter certains dons naturels des squales tels que
leur discrétion de déplacement, leur aptitude à détecter des proies grâce au
champ électrique qu'elles émettent ou leur capacité à suivre la trace de
composants chimiques. "Notre travail se concentre sur les mesures de champ
électrique avec des requins-marteaux (Sphyrna lewini) et sur le travail en
plein océan avec des requins à peau bleue (Prionace glauca)", précise M. Gomes.
Pour autant, l'instrumentalisation d'un requin de 4 mètres de long n'ira pas
sans poser de gros problèmes techniques. "La puce devra fonctionner pendant de
longues durées dans l'océan", a expliqué M. Gomes lors de l'Ocean Sciences
Meeting, réunion qui s'est tenue à Hawaï fin février. Cela impose, entre
autres contraintes, une alimentation électrique permanente de l'implant. Ces
chercheurs travaillent donc sur des systèmes de "moisson d'énergie" pour
capter les multiples sources dans le milieu ambiant.
Mais le plus délicat concernera sans doute le "pilotage" à distance des
requins. Les ondes électromagnétiques ne se propageant pas dans l'eau, la
communication avec les squales fera appel au sonar. Le système s'appuiera sur
un réseau existant de tours de relais de signaux acoustiques afin de
"communiquer" avec les requins dans un rayon de 300 km. Les animaux seront
munis d'une antenne à laquelle les chercheurs ont donné, discrétion oblige, la
forme d'un rémora, ce poisson pilote qui se fixe sur les requins.
Les expériences en pleine mer programmées devront montrer les capacités de
manoeuvre à distance des squales et la collecte d'information, mais également
la tolérance des animaux à la puce électronique et aux électrodes cervicales.
En cas de succès, il faudra doublement se méfier des dents de la mer. Michel
Alberganti Article paru dans l'édition du 16.04.06
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