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Affaire Clearstream Les enquêtes très privées du corbeau Gergorin, ancien numéro 2 d'EADS, doit être entendu demain par les policiers. par Renaud LECADRE QUOTIDIEN : lundi 29 mai 2006 Dans son dernier message, Jean-Louis Gergorin nous disait : «Je me mets au vert quelques jours, le temps de reprendre ma stratégie de zéro.» L'ancien numéro 2 d'EADS, licencié par son employeur il y a dix jours, est convoqué demain par les enquêteurs en charge de traquer le corbeau de Clearstream. Au programme, vingt-quatre ou quarante-huit heures de garde à vue, peut-être suivies d'une mise en examen pour dénonciation calomnieuse. En fait de mise au vert, il fourbit ses armes. Faisandé. Des proches l'assurent : Gergorin s'est rendu en Angleterre non pas seulement pour apprécier les prairies du Kent, mais pour un ultime briefing avec l'une de ses «sources», un agent ou ex-agent du MI6 (Military Intelligence section 6, l'équivalent outre-Manche de la DGSE). Il ne manquait plus que les services secrets britanniques pour compléter le tableau de l'affaire Clearstream. Laquelle se résume ainsi : comment, avec quels moyens et auprès de qui Jean-Louis Gergorin a-t-il levé ce lièvre plus ou moins faisandé ? L'intéressé s'est beaucoup exprimé dans la presse, admettant être l'auteur intellectuel et matériel des premières lettres anonymes. Mais, sur le fond, il réserve ses «révélations» aux juges d'instruction. On peut le comprendre, car les listings bidons semblent avoir été enrichis par des moyens illégaux : piratage informatique, écoutes téléphoniques sauvages, enquêtes confiées à des détectives privés... (lire ci-contre) «Je n'étais pas le seul informaticien à le fréquenter», a déjà prévenu Imad Lahoud, soupçonné d'avoir manipulé les fichiers de Clearstream, dans un entretien au Figaro : «Tous les consultants de Paris travaillaient avec lui.» Un cadre d'EADS insinue : «Comment a-t-il pu obtenir autant d'informations ? Ses sources travaillent-elles gratuitement ? Comment ont-elles été rémunérées ?» Une partie de la réponse réside dans l'affaire dite «Couper les ailes de l'oiseau», opposant, dans les années 90, Alain Gomez, PDG de Thomson, et Jean-Luc Lagardère, patron de Matra. Jean-Louis Gergorin avait alors financé une enquête de la DST, ravalée au rang de vulgaire détective privé, en lui remettant 300 000 francs dans un sac de sport. Une note du contre-espionnage français, datée du 14 octobre 1994, l'avoue : «Jean-Louis Gergorin a défini les objectifs à atteindre. La somme a été remise en liquide car il souhaitait qu'aucune trace de contrat avec Matra n'apparaisse.» Matra (entreprise aéronautique aujourd'hui fondue dans EADS, maison mère d'Airbus) disposait donc d'une caisse noire pour financer des enquêtes parallèles. «Le renseignement privé est la marque de fabrique du groupe Lagardère», affirme un ancien ministre de la Défense. Il y a six mois, Jean-Louis Gergorin, déjà interrogé par Libération, réfutait toute idée d'écoutes téléphoniques pilotées clandestinement par EADS. Dont acte. Mais cet ex-ministre ouvre une piste : «Les écoutes privées sont devenues extrêmement sophistiquées. Le MI6 a développé des satellites privés exploités par des boîtes de renseignement créées par des anciens de ce service.» Les écoutes sauvages sont à la portée de tous. Nez. Lors de la première phase de l'enquête pénale ouverte en septembre 2004 pour dénonciation calomnieuse, avant que Nicolas Sarkozy ne s'y immisce bruyamment, les enquêteurs avaient déjà eu l'occasion d'interroger (comme simple témoin) Jean-Louis Gergorin sur quelques cabinets spécialisés dans «l'intelligence économique» nouvelle appellation pour l'espionnite industrielle en contrat avec EADS : Salamandre, CEIS, ADIT... Mauvaise pioche : ces boîtes-là ne feraient que dans la compilation de documents. En revanche, la DST, saisie par Dominique de Villepin, s'est intéressée à d'autres entités qui auraient pu mettre leur nez dans les listings corbeau. Jean-Louis Gergorin s'est-il fourvoyé, entre toutes ces enquêtes parallèles, en une dérive complotiste ? «Il a ce côté terrifiant du Pr Nimbus tombé dans l'objet de son étude», résume un proche de l'affaire. «Il est totalement obsédé par les mafias russes et italiennes, ajoute un cadre d'EADS. Jean-Louis n'est pas fou, mais il s'est créé un personnage. Il dit qu'il va parler, tout déballer. Mais quand on a une énorme affaire en stock, on n'en parle pas, on la sort.» Gergorin a frappé à toutes les portes, en vain. Mais si, dans un océan de boue, il livrait soudain une pépite ? http://www.liberation.fr/page.php?Article=385743 Ces détectives montrés du doigt par la DST La Direction de la surveillance du territoire avait évoqué les investigations parallèles de trois agents. par Karl LASKE QUOTIDIEN : lundi 29 mai 2006 Une affaire d'Etat ne va pas sans une petite dose d'espionnite. En décembre 2004, le patron de la DST, Pierre Bousquet de Florian, signalait le rôle présumé de sociétés de sécurité dans l'affaire Clearstream : «Trois agents privés de recherche, MM. Frédéric Bauer, Pierre Miallot, Hervé Séveno (des cabinets Sécurité sans frontières et I2F), auraient pu (mais au profit de qui?) déployer des moyens techniques en relation avec l'affaire.» Ces «privés» vivent mal les accusations sans preuve du contre-espionnage. Contrecoup de leur notoriété. «Courir». Le Top 100 de l'intelligence économique (1) signale les «connexions à l'Elysée et Matignon» d'Hervé Séveno, ex-policier «antiterroriste» passé par la brigade financière : «Il connaît bien le Premier ministre, Dominique de Villepin, avec qui il lui est arrivé de courir. Il entretient à l'Elysée des relations étroites avec Maurice Goudault-Montagne, l'influent conseiller diplomatique de Jacques Chirac.» Frédéric Bauer a aussi de bonnes fréquentations. Proche de Michel Roussin il est originaire comme lui de Casablanca et de Patrick Maugein, homme d'affaires chiracophile, il a géré la sécurité de Dassault puis de Pinault-Valenciennes, avant d'effectuer des missions pour EADS. «Je suis complètement étranger à l'affaire Clearstream, s'indigne Bauer. Miallot et Séveno étaient dans le même groupe que moi (les Assurances et conseil Saint-Honoré, ndlr).» Bauer se plaint d'avoir subi «la rumeur» de s'être intéressé de trop près aux démêlés sentimentaux de Sarkozy. Pure suspicion de l'entourage du ministre. «Il peut chercher. Il trouvera jamais rien», dit-il. «Où sont les éléments probants qui permettent de dire qu'Hervé Séveno a fait tel type d'enquête pour le compte de Villepin ? C'est de l'amalgame, s'indigne Pascal Irrastorza, ex-journaliste devenu conseiller en «gestion de crise». Villepin peut connaître qui il veut. Séveno dirige une boîte d'intelligence économique. Il ne fait pas de tricoche, ni d'écoute.» Il y aurait confusion : «Gergorin a missionné la société de Bauer pour assurer la sécurité d'Arnaud Lagardère, poursuit-il. Ils ont fait aussi un audit sur la mort de Jean-Luc Lagardère. Si Gergorin en parle si souvent, ce n'est pas un hasard...» En réalité, Bauer aurait seulement «sécurisé» les locaux de la direction de Matra et pris en charge la protection du fils Lagardère. Note. A la demande de Gergorin, en revanche, Pierre Miallot, le troisième privé cité par la DST, a bien rédigé un rapport sur Pierre Martinez, l'ex-haut policier embauché par Thomson, qui se retrouvera sur les listings. «J'avais rien contre Martinez, se défend Miallot. Il m'avait été présenté comme le maître d'oeuvre d'une déstabilisation. J'ai fait une note qui ne contenait que des "on dit".» Martinez l'apprend. Miallot et Gergorin plaident, devant lui, le «malentendu». (1) Edité par Intelligence Online. --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "guerrelec" group. To post to this group, send email to [email protected] To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED] For more options, visit this group at http://groups.google.com/group/guerrelec -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---
