http://permanent.nouvelobs.com/politique/20060607.OBS0814.html

"Les journalistes ne font pas leur travail"
Nicolas Beau - entretien.

Vous révélez dans le Canard enchainé du mercredi 7 juin l'existence de  
notes de la DGSE prouvant qu'elle savait, dès 1996, que le président  
Jacques Chirac détenait un compte bancaire secret à la Tokyo Sowa Bank, au  
Japon. Disposez-vous de ces documents ?

  Il s'agit de messages internes à la DGSE auxquels personne n'a accès, pas  
même le juge. Si ces documents ont été saisis au domicile du général  
Rondot lors de la perquisition, ils sont désormais à la commission de  
déclassification du secret-défense. Pour être versés au dossier, ils  
doivent être déclassifiés, mais on voit mal Michèle Alliot-Marie autoriser  
la déclassification. Je ne veux pas révéler mes sources, mais il est  
possible que les messages de la DGSE figurent dans les fameux carnets du  
général Rondot, ou bien que la perquisition ait permis de trouver le  
fameux rapport que le général a envoyé à Jacques Chirac au sujet de  
l'enquête de la DGSE.

Vous expliquez dans votre article que le secret est largement partagé.  
L'Elysée pourra-t-il encore longtemps se contenter de "démentir  
catégoriquement" et d'évoquer une "campagne de calomnies" ?

  Si Jacques Chirac et Dominique de Villepin n'avaient pas pris l'habitude  
de confier des enquêtes parallèles au général Rondot, l'affaire ne serait  
peut-être pas sortie. Mais le plus grave n'est pas que les services  
secrets détiennent des informations sans les divulguer ; on peut le  
comprendre, ils servent l'Etat. Mais les journalistes ne font pas leur  
travail. Sans forcément épouser la thèse de l'existence du compte secret  
de Jacques Chirac, ils devraient au moins se poser des questions. Le  
Canard enchainé apporte tout de même des éléments factuels très précis.  
Même s'il n'y a pas de documents à l'appui prouvant l'existence de ce  
compte, les documents cités par le Canard méritent une enquête. Lorsque  
nous avons publié notre article avec les extraits de la déposition du  
général Rondot (le 10 mai, NDLR), l'Elysée a réagi dès le mardi soir, la  
veille de la sortie du journal ! A part le Quotidien Permanent  
nouvelobs.com, le Nouvel Obs, les Guignols de l'info et des dessinateurs  
de presse, la presse ne parle pas de l'affaire. le Monde, qui a cité  
entièrement la déposition du général Rondot, a coupé le passage sur le  
compte japonais. Et pour dévaluer l'information du Canard, Le Monde  
s'appuie sur un article dans la presse japonaise qui n'a jamais existé, ce  
qu'il a été obligé de reconnaître quelques jours plus tard. Il y a  
pourtant un faisceau d'indices qui accrédite la thèse du compte secret :  
les confidences de membres de la DGSE au Canard, les déclarations du  
général Rondot, la réaction particulièrement vive de l'Elysée, les  
relations très suivies entre Chirac et le Japon, et les noms de Gilbert  
Flam, Alain Chouet et Jean-Jacques Martini dans le listing Clearstream.

Gilbert Flam et Alain Chouet ont enquêté à la DGSE sur le compte japonais  
de Jacques Chirac, tandis que Jean-Jacques Martini a travaillé sur la  
rançon versée pour libérer les premiers otages Français au Liban. Comment  
et pourquoi leurs noms se sont-ils retrouvés dans le listing de  
Clearstream ?

  On trouve dans le listing les noms de marchands d'armes, on trouve  
Nicolas Sarkozy qui est un opposant à Jacques Chirac, et puis ces trois  
noms, qui n'ont rien à voir avec l'affaire des frégates de Taïwan ni avec  
l'industrie de l'armement et qui ne sont pas des amis de Nicolas Sarkozy.  
Ces trois personnes ont eu connaissances de certaines choses, il faut donc  
pourrir leur réputation. Sinon, pourquoi Imad Lahoud, le dimanche 14 mai  
sur TF1, aurait-il déclaré que "les deux personnes qui obsédaient le  
général Rondot étaient Gilbert Flam et Jean-Jacques Martini", et que le  
général "voulait leur faire la peau" ?

Où en êtes-vous de votre enquête sur l'origine de l'argent ? Le général  
Rondot a indiqué, lors de sa déposition devant les juges en charge de  
l'affaire Clearstream, que les 300 millions de francs provenaient "d'une  
fondation culturelle dont M. Chirac était membre du conseil  
d'administration". Dans le Canard enchainé, vous faites état d'une enquête  
d'un financier japonais qui explique que la Tokyo Sowa Bank était  
"impliquée dans les pots-de-vin du marché de l'immobilier parisien". Qu'en  
est-il ?

  Ce dont nous sommes certains, c'est qu'il y a eu, à un certain moment, un  
million de dollars sur un compte au Japon. Les 300 millions de francs dont  
on a parlé sont une somme évoquée par le général Rondot. Contrairement à  
ce qu'ont dit les chiraquiens, l'argent ne peut pas provenir de  
l'Association japonaise des arts, pour laquelle Jacques Chirac était  
conseiller du Prix impérial. Nous avons vérifié auprès de Raymond Barre,  
qui lui a succédé : la fondation rembourse seulement les frais, plus  
15.000 euros. Par contre, on pourrait s'intéresser à une autre fondation,  
la fondation Sasakawa, qui existe au Japon sous le nom de Nippon  
Foundation, créée en 1990 par Ryoichi Sasakawa, un criminel de guerre  
japonais, qui a des relations avec des milieux financiers très troubles au  
Japon. Cette fondation est peuplée de chiraquiens purs jus. C'est une  
piste. D'autres, à Tahiti, évoquent un possible versement de Gaston Flosse  
(président de la Polynésie française de 1972 à 2005, NDLR).

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