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La CIA a espionné les flux bancaires internationaux
LE MONDE | 24.06.06 | 12h05  •  Mis à jour le 24.06.06 | 13h25
NEW YORK CORRESPONDANT

l s'agit selon le New York Times de " la plus importante entreprise  
secrète mise en oeuvre pour traquer le financement du terrorisme". Le  
quotidien révèle, dans son édition du vendredi 23 juin, que l'Agence  
centrale de renseignement (CIA) a passé au crible, sous le contrôle du  
département du Trésor, des dizaines de milliers de transactions  
financières impliquant des Américains et des étrangers, dans le cadre d'un  
programme clandestin lancé au lendemain des attentats du 11 septembre 2001  
aux Etats-Unis.

L'existence du Terrorist Finance Tracking Program (Programme de traque du  
financement du terrorisme) a été confirmée à contrecoeur, vendredi, par le  
département du Trésor. Il affirme qu'il est limité à la surveillance des  
opérations bancaires de personnes soupçonnées de liens avec Al-Qaida.

Le programme ne pourrait pas exister sans la collaboration du réseau de la  
Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (Swift), une  
coopérative interbancaire dont le siège se trouve en Belgique, centre  
nerveux des transactions financières mondiales par lequel transitent 6 000  
milliards de dollars par jour. Elle fournit ses services à 7 800  
établissements financiers de plus de 200 pays. Par réquisition  
administrative, sans l'aval d'un juge, le département du Trésor obtient  
chaque jour des données de Swift, dont une partie des opérations est menée  
sur le sol américain et notamment dans son centre de Manassas, en Virginie.

"Cela nous a ouvert une fenêtre unique sur les opérations des réseaux  
terroristes", souligne Stuart Levey, sous-secrétaire du département du  
Trésor responsable du renseignement financier. Selon lui, le programme a  
permis de "démanteler des cellules, d'empêcher des attentats et de sauver  
des vies". Il aurait apporté des informations décisives sur les attentats  
de Londres du 7 juillet 2005. Il aurait permis la capture du dirigeant le  
plus recherché d'Al-Qaida en Asie du Sud-Est, le chef du Jamaah Islamiya,  
Nurjaman Riduan Isamuddin dit "Hambali", considéré comme le cerveau des  
attentats de Bali en octobre 2002.

L'existence de cette surveillance secrète est connue depuis le début par  
les banques centrales du G10 (Canada, Allemagne, France, Italie, Japon,  
Pays-Bas, Suède, Suisse, Angleterre, Etats-Unis, ainsi que la Banque  
centrale européenne) et les pays alliés des Etats-Unis dans la guerre  
contre le terrorisme. Mais, comme avec les écoutes clandestines de  
citoyens américains menées sans l'autorisation de la justice par la  
National security agency (NSA), l'administration Bush semble avoir  
délibérément contourné les lois protégeant les libertés individuelles.


"OUTIL ESSENTIEL"

En 1978, le Congrès a voté un texte baptisé Right to Financial Privacy Act  
(loi sur le droit à la vie privée financière), qui limite l'accès du  
gouvernement aux données bancaires des citoyens. Selon le département du  
Trésor, il ne s'applique pas aux informations fournies par Swift, qui  
n'est pas considérée comme une banque mais comme un prestataire de  
services. Vendredi 23 juin, lors d'une conférence de presse, le secrétaire  
au Trésor sur le départ, John Snow, a justifié l'existence d'un programme  
dont il se dit "fier" et a même jugé "regrettable" la révélation de son  
existence.

"C'est un outil essentiel de la guerre contre le terrorisme, basé sur des  
pouvoirs légaux appropriés et doté de procédures de contrôle et de  
sauvegarde efficaces. En suivant les flux d'argent, les Etats-Unis ont été  
capables de localiser les activistes et leurs financiers", a expliqué M.  
Snow. Son collaborateur, Stuart Levey, a fait part de ses craintes sur le  
fait que "des terroristes sophistiqués vont maintenant arrêter d'utiliser  
un système auquel nous avons accès, ou vont prendre des précautions pour  
dissimuler leurs identités (...)".

Le gouvernement avait demandé au New York Times de ne pas publier son  
article, mais le quotidien a refusé. "Nous sommes déçus qu'une fois encore  
le New York Times ait choisi de révéler un programme secret qui protège  
les Américains", a déclaré la porte-parole de la Maison Blanche, Dana  
Perino. Bill Keller, le directeur général du New York Times, s'est  
justifié dans les colonnes de son journal : "Nous restons convaincus que  
l'extraordinaire accès de l'administration à ce vaste gisement de données  
financières internationales, aussi prudemment exploité soit-il, est une  
question qui relève du débat public."

Pour Anthony Romero, directeur de l'Association américaine des libertés  
civiles, "il s'agit d'un nouvel exemple des abus de pouvoir de  
l'administration Bush".

Eric LeseR
Le précédent de la National Security Agency


ECOUTES TÉLÉPHONIQUES.
En décembre 2005, le New York Times révélait un programme secret de la  
National Security Agency (NSA) comprenant, aux Etats-Unis, sans l'aval  
d'un juge, des interceptions de communications téléphoniques et de  
messages électroniques de personnes suspectées d'être en relation avec des  
membres d'Al-Qaida à l'étranger. En mai, USA Today affirmait que la NSA  
avait aussi collecté auprès de compagnies de téléphone les listes de  
dizaines de millions d'appels d'Américains ordinaires. Une loi de 1978, le  
Foreign intelligence surveillance act, contraint le gouvernement à  
solliciter un mandat de la justice pour procéder à de pareilles écoutes  
sur le sol américain.

LE RÔLE DE MICHAEL HAYDEN.
Nommé à en mai à la tête de la CIA, Michael Hayden avait dirigé la NSA de  
1999 à 2005. "Si j'ai mis en place ce programme (d'écoutes téléphoniques)  
en octobre 2001, s'est-il justifié, c'est parce que ma responsabilité est  
de défendre la nation et la sécurité de la République."

Article paru dans l'édition du 25.06.06

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