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+ la note confidentielle de la DGSE (PDF) :
http://www.lemonde.fr/web/document/0,0-0,50-814778,0.html


Clearstream : en attendant Dominique de Villepin
LE MONDE | 20.09.06 | 12h27  •  Mis à jour le 20.09.06 | 12h27

Les juges de l'affaire Clearstream se sont remis au travail. Passé l'intermède
estival, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons ont repris le fil de leurs
investigations sur la manipulation qui visait à compromettre une série de
personnalités issues pour la plupart des milieux politique, industriel et
administratif.

Leurs actes les plus récents corroborent les soupçons formés à l'encontre des
deux protagonistes principaux de la supercherie : l'ancien diplomate Jean-Louis
Gergorin et l'informaticien Imad Lahoud, tous deux mis en examen pour "faux,
usage de faux et dénonciation calomnieuse" et écartés de leurs fonctions
dirigeantes au sein du groupe EADS. Ils confirment aussi que, dès l'été 2004,
les services secrets considéraient l'affaire Clearstream comme un montage et en
soupçonnaient déjà les auteurs.

Juillet 2004 : ce que la DGSE savait

Au lendemain de la parution, dans Le Point du 8 juillet 2004, de l'article qui
mentionnait pour la première fois les listings bancaires falsifiés et évoquait
une "affaire d'Etat", la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)
effectuait le rapprochement entre les éléments publiés et ceux que lui avait
apportés, un an plus tôt, M. Lahoud et exprimait une mise en garde très nette.
"En 2003 et dans un autre contexte, indiquait une note interne datée du 12
juillet, le service a obtenu des listes de comptes enregistrés chez
Clearstream, transmises par Imad Lahoud, sous la forme de deux CD-ROM.
(…) Ce listing est identique à celui que le 'corbeau' a envoyé aux
magistrats du pôle financier. L'analyse de ces données incite à privilégier
l'hypothèse d'une tentative de manipulation de la justice française par le
'corbeau'. Cette manœuvre s'appuierait sur des liens imaginaires entre
certains comptes et leurs soi-disant titulaires figurant dans les courriers
anonymes."

Cette alerte resta lettre morte. Au même moment, pourtant, Dominique de
Villepin – alors ministre de l'intérieur – commandait une enquête
sur les mêmes listings à la direction de la surveillance du territoire (DST) ;
jamais ce service ne fut informé des déductions des hommes de la DGSE ni de
leurs suspicions à l'égard de M. Lahoud.

Interrogé par les juges, jeudi 14 septembre, le directeur de la DGSE, Pierre
Brochand, a affirmé que son service était "totalement étranger à l'affaire
Clearstream" et n'y avait joué "aucun rôle". Le chef de l'espionnage français a
assuré que la relation de ses hommes avec Imad Lahoud n'avait porté que sur la
question du financement du terrorisme islamique, sur laquelle il prétendait
accéder à des informations capitales. "M. Lahoud s'est avéré incapable
d'apporter les informations qu'il avait déclaré pouvoir fournir", a précisé M.
Brochand, ajoutant que "les caractéristiques de sa personnalité ne militaient
pas en faveur de la poursuite de cette relation". "Lahoud n'a jamais eu accès
aux locaux de la DGSE ni a fortiori à ses ordinateurs", a-t-il en outre
certifié.

Après sa mise à l'écart, en juillet 2003, M. Lahoud fut "traité" directement
par le général Rondot, alors conseiller spécial au ministère de la défense. "Je
crois (…) que la DGSE a bien été informée de la poursuite de la
collaboration d'Imad Lahoud avec le général Rondot, a indiqué M. Brochand aux
juges. Par contre, nous n'avons pas été tenus informés du contenu de cette
collaboration."

Avril 2005 : quand Imad Lahoud voulait parler

Une autre déposition est venue conforter les soupçons qui cernent
l'ex-informaticien. Le 12 septembre, Philippe Laflandre, vice-président
d'Airbus chargé de la sécurité, a raconté aux juges les circonstances dans
lesquelles il avait rencontré M. Lahoud, en février 2005, à Toulouse, au siège
d'Airbus. "Ce jour-là, [M.Lahoud] était livide et il m'a dit qu'il savait très
bien que Philippe Delmas voulait sa peau, car, selon lui, M. Delmas avait la
conviction que M. Gergorin et lui étaient le corbeau."

Le climat était alors tendu au sein d'EADS. Philippe Camus et Noël Forgeard
étaient en guerre ouverte pour la présidence du consortium, Philippe Delmas,
patron d'Airbus, soutenant ce dernier, tandis que Jean-Louis Gergorin épaulait
M. Camus. C'est dans ce contexte que le nom de M. Delmas était apparu, en juin
2004, sur les faux listings Clearstream transmis au juge Renaud Van Ruymbeke.

Les soupçons s'étaient aussitôt orientés vers M. Gergorin. Le témoignage de M.
Laflandre accrédite en partie cette thèse : "Imad Lahoud m'a dit que Jean-Louis
Gergorin lui avait demandé de sortir ces listings de Clearstream, qu'il l'avait
fait, et qu'il les avait ensuite donnés à Gergorin. Selon Lahoud, c'est tout ce
qu'il avait fait, et il m'a ajouté qu'il n'avait pas falsifié ces listings."
Devant les juges, M. Lahoud a toujours assuré, depuis, s'être fait remettre les
listings par l'écrivain-journaliste Denis Robert, auteur de plusieurs livres
sur la banque luxembourgeoise, et les avoir remis à la DGSE.

Mais cette version minimaliste tranche avec les propos rapportés par Philippe
Laflandre. Le dirigeant d'Airbus affirme en effet avoir conseillé à Lahoud, en
février 2005, de se confier à la justice et s'être entendu répondre "que ça
n'était pas possible, qu'il [M. Lahoud] n'était pas libre de ses mouvements et
qu'il ne pouvait pas trahir Jean-Louis Gergorin, grâce auquel il avait eu son
poste à EADS".

Lors d'une entrevue ultérieure, à la mi-avril 2005, l'informaticien lui aurait
confié "qu'il était prêt à parler car il n'en pouvait plus, qu'il subissait une
grosse pression de la part des gens qui le manipulaient". "Quand il m'a quitté,
il m'a semblé soulagé par sa décision de tout dire à la justice", a raconté M.
Laflandre. Mais Imad Lahoud n'est jamais passé à l'acte. Au contraire, le 19
avril 2005, il a accusé le responsable de la sécurité d'Airbus de l'avoir
menacé. L'enquête préliminaire ouverte à ce sujet par le parquet de Paris a été
classée sans suite.

Septembre 2006 : Dominique de Villepin attend sa convocation

Les investigations à venir passeront, selon toute vraisemblance, par Matignon.
Compte tenu de l'implication personnelle du premier ministre, en janvier 2004,
dans le processus qui a conduit à la propagation des listings falsifiés et à la
mise en cause publique des personnalités visées, l'audition de M.de Villepin
paraît s'imposer aux juges.

Son entourage confirme s'attendre à une convocation, mais affiche la sérénité.
"Tout ce qui permettra d'établir la vérité est le bienvenu, car, dans cette
affaire, le premier ministre est la principale victime", assure-t-on à
Matignon.

Pour recueillir les explications du chef du gouvernement, deux possibilités
s'offrent aux juges : une audition comme simple témoin, subordonnée à
l'autorisation formelle du conseil des ministres; une convocation en qualité de
"témoin assisté", qui n'exige aucune autorisation, mais suppose d'avoir réuni
"des indices rendant vraisemblable que [la personne concernée] ait pu
participer, comme auteur ou complice, à la commission des infractions dont le
juge d'instruction est saisi". Mais une telle audition équivaut, selon la
jurisprudence, à un acte de poursuite. Or la possibilité de poursuivre un
ministre pour des faits commis dans l'exercice de ses fonctions est l'apanage
de la Cour de justice de la République.

S'ils veulent convoquer le premier ministre, les juges devront donc naviguer
entre ces écueils. Aussi ont-ils interrogé avec insistance M. Gergorin, le 13
septembre, sur les raisons précises pour lesquelles il avait mobilisé M. de
Villepin – alors ministre des affaires étrangères – sur l'affaire
Clearstream, au mois de janvier 2004. "Votre démarche s'adressait-elle au
ministre ou à votre ami personnel ?", lui ont-ils demandé. Ou encore : "Si M.
de Villepin n'avait pas exercé les fonctions de ministre des affaires
étrangères mais toute autre fonction ministérielle, l'auriez-vous informé de
l'existence des listings ?"

M. Gergorin a formulé une réponse à sa façon, expliquant que "le contact s'est
produit en raison de la relation personnelle" existant entre eux. Il a ajouté :
"Ensuite, c'est bien au ministre que je me suis adressé."

Gérard Davet et Hervé Gattegno

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