http://www.csis-scrs.gc.ca/fr/publications/commentary/com89.asp
(site du Service canadien du renseignement de sécurité)

Commentaire N° 89
La Chine et Internet 

Septembre 2006
Non classifié

Note du rédacteur :
La publication de Commentaire a pour objet de stimuler un débat public sur des
questions rattachées à la sécurité nationale. '

Avertissement : Le fait qu’un article soit publié dans Commentaire ne signifie
pas que le SCRS a confirmé l’authenticité des informations qui y sont
contenues ni qu’il appuie les opinions de l’auteur. Introduction

Le marché d'Internet continue de croître rapidement en Chine, qui compte déjà
plus d'une centaine de millions d'internautes et se retrouvera bientôt en
première place du point de vue du nombre d'utilisateurs du Web. Il y a dix
ans, beaucoup soutenaient que la diffusion d'Internet rendrait inévitablement
la Chine plus ouverte et démocratique, mais la réalité s'est révélée plus
compliquée. L'État chinois a cherché avec considérablement de succès à établir
un équilibre entre les avantages économiques d'Internet et ses préoccupations
face au maintien et même au resserrement de son contrôle politique
autoritaire, ainsi que la défense de ce qu'il perçoit comme ses intérêts
nationaux. L'utilisation d'Internet en Chine soulève donc une foule de
questions interdépendantes, dont plusieurs ont des répercussions directes sur
le Canada. Réglementation gouvernementale d'Internet

Pour tenter de réglementer Internet, le gouvernement chinois doit s'attaquer
non seulement à la diffusion d'Internet, mais aussi à l'évolution de sa
technologie. Un cycle d'innovation technologique et d'adaptation du régime
s'est instauré au cours des dix dernières années. Les contrôles de l'État vont
des méthodes de faible technicité, comme l'emprisonnement des dissidents qui
affichent des informations sur Internet ou la surveillance matérielle des
écrans des ordinateurs dans les cafés Internet, aux méthodes de plus haute
technicité, comme le filtrage électronique et l'écoute en ligne. En pratique,
le gouvernement aborde la question de la réglementation d'Internet de trois
façons : les règles juridiques, la promotion de l'autoréglementation et de la
surveillance, et les règles technologiques.

Depuis 1994, le gouvernement chinois a édicté plus de soixante règlements
régissant l'utilisation d'Internet. Ces derniers sont de plus en plus
exhaustifs avec le temps. La responsabilité générale de la surveillance
d'Internet incombe au ministère de la Sûreté publique, mais une dizaine au
moins d'autres organismes exercent aussi une certaine autorité sur l'accès à
Internet et son contenu[1]. Les règlements portent sur les conditions
complexes d'obtention d'une licence pour les fournisseurs de services
Internet, l'inscription de chacun des utilisateurs et les vastes restrictions
relatives au contenu autorisé. Le régime de réglementation est à la fois
extrêmement détaillé et extrêmement vague. Ainsi, il est interdit d'afficher
des « informations qui nuisent à l'honneur de l'État », mais il n'existe aucun
moyen pour un utilisateur de savoir si un sujet donné répond à ce critère.
L'appareil policier jouit ainsi d'énormément de latitude pour poursuivre en
justice les internautes aux termes du Code pénal chinois. En 2004, Amnesty
International a déclaré avoir recensé au moins cinquante dissidents politiques
actuellement incarcérés pour avoir affiché des informations ou des opinions
politiques sur Internet[2]. Le plus récent règlement, promulgué en septembre
2005 par le Bureau de l'information du Conseil des affaires d'État et le
ministère des Industries de l'information, impose des limites aux entités
légalement autorisées à diffuser les nouvelles et des peines à ceux qui
propagent des informations « fausses ou déformées ». Comme le règlement semble
viser non seulement les agences de presse et autres fournisseurs de contenu en
tant que tels, mais aussi les systèmes de babillards électroniques et
peut-être aussi les blogs, il est possible qu'il rende illégaux tous les
moyens de distribution de contenu reposant sur ces nouvelles technologies[3].

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Le manque de précision sur ce qui constitue une information et les entraves
juridiques à l'information sont responsables en partie d'une autre vaste
tendance dans l'évolution du régime de réglementation, à savoir la délégation
de la responsabilité de la réglementation aux fournisseurs de contenu et aux
fournisseurs de services Internet (FSI). Cette responsabilité est conférée
explicitement dans le décret no 292 (2000) du Conseil des affaires d'État
intitulé « Mesures concernant les services d'information sur Internet ». Ce
décret décrit sommairement les grandes catégories d'informations interdites et
porte que, s'ils découvrent de telles informations, les FSI doivent les
enregistrer, les conserver et prévenir les autorités. Essentiellement, il
s'agit d'une tentative d'utilisation de la réglementation pour modeler le
marché d'Internet en persuadant les participants d'exercer une autocensure
défensive. En 2003, le gouvernement a publié un « Engagement public
d'autodiscipline du secteur Internet chinois ». Le gouvernement ayant exercé
des pressions pour qu'elles s'y conforment « volontairement », plus de 300
entreprises, dont les grands portails Sina.com et Sohu.com et la division
chinoise de Yahoo, ont consenti à le signer, s'engageant ainsi à restreindre
de façon stricte la liberté d'expression des internautes[4]. Plus bas dans la
hiérarchie, l'engagement et d'autres règlements ont incité les FSI et les
cafés Internet à mettre en place une panoplie de systèmes de contrôle et de
surveillance.

Bien que le régime juridique et les efforts pour promouvoir l'autocensure
représentent des entraves inquiétantes à la liberté d'expression en Chine,
l'aspect le plus frappant de la réglementation chinoise d'Internet est ce que
l'on a surnommé la « grande muraille électronique de Chine », un arsenal de
technologies qui filtrent et contrôlent l'accès des Chinois à Internet. Les
autorités chinoises ont imposé un système comprenant de multiples contrôles se
chevauchant aux points d'accès, chez les intermédiaires comme les FSI et sur
le réseau fédérateur national. Sur le plan technique, le système est notamment
en mesure de bloquer des sites Web au pays et à l'étranger, de filtrer le
contenu des pages Web à partir de mots clés, de contrôler et de supprimer le
courrier électronique et la navigation sur le Web, de suivre les appels
téléphoniques et les messages courts (SMS), de pirater des ordinateurs
personnels et d'envoyer des virus. D'après les estimations, le total des
dépenses liées au système pourrait s'élever à 800 millions de dollars
américains. Le système de contrôle d'Internet est également étroitement lié au
Bouclier d'or, projet national d'infrastructure visant à « promouvoir
l'adoption des technologies de l'information et des communications de pointe
pour renforcer le contrôle policier central, améliorer les capacités de
réaction, aider à mieux combattre le crime et rendre plus efficace le travail
des policiers »[5].

Une récente étude exhaustive de l'OpenNet Initiative démontre que, bien que
certains utilisateurs expérimentés d'Internet soient en mesure de tourner les
restrictions, le système de réglementation a incontestablement pour effet de
limiter la libre circulation de l'information[6]. De plus, il expose les
internautes à la possibilité de poursuites au criminel. Dans un récent
témoignage devant la U.S.-China Economic and Security Review Commission, John
Palfrey, du Berkman Center for Internet & Society de la faculté de droit de
Harvard, a déclaré que, quel que soit le point de vue d'où l'on se place, le
régime de filtrage sur Internet de la République populaire de Chine est celui
qui a le plus de répercussions sur la liberté d'expression dans le monde[7].

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Il est difficile de parvenir à comprendre complètement l'opinion des Chinois
sur la question de la censure d'Internet. Si les dissidents politiques qui
vivent à l'extérieur de la Chine s'en plaignent avec véhémence, certains
blogueurs chinois font aussi remarquer que l'idée que la censure d'Internet
constitue un problème particulier repose sur l'hypothèse qu'Internet doit être
libre. En fait, de nombreux utilisateurs chinois d'Internet risquent de ne pas
remarquer les limites de la liberté d'expression sur Internet, parce que ces
limites sont exactement les mêmes que celles avec lesquelles ils ont appris à
composer dans d'autres aspects de leur vie. Selon ce raisonnement, les
restrictions que l'État chinois impose à Internet ne sont ni plus ni moins
légitimes que celles qu'il impose à tout autre type d'activité.

Dans l'ensemble, la réglementation gouvernementale chinoise d'Internet est une
question de droits de la personne plutôt que de sécurité. S'il est vrai que
les opposants au régime de Beijing ont utilisé Internet comme tribune de
dissidence, l'argument fréquemment invoqué selon lequel la diffusion
d'Internet favorisera inévitablement la liberté d'expression et la
démocratisation n'est pas totalement convaincant. Au contraire, à certains
égards, Internet renforce en fait les capacités du gouvernement chinois en
matière d'autoritarisme et de répression. Le succès de la Chine à contenir les
conséquences politiques d'Internet pourrait servir de modèle à d'autres États
autoritaires.

Des entreprises étrangères participent à ces remises en question des droits de
la personne à maints égards. Dans plusieurs cas récents, des entreprises
étrangères ont compromis leur position sur la liberté d'expression à la suite
de pressions exercées par le gouvernement chinois ou par crainte de mettre ce
dernier en colère. Ainsi, le portail Internet chinois de Microsoft interdit
des mots comme « démocratie » et « liberté » dans certaines parties de son
site Web[8]. Plus récemment, Microsoft a également fermé le blog d'un
journaliste politique populaire, Zhao Jing, qui écrit sous le nom de Michael
Anti[9].  Dans le plus inquiétant des cas récents, Yahoo a fourni des dossiers
de surveillance qui ont entraîné l'imposition d'une peine de dix ans de prison
au journaliste Shi Tao pour communication de secrets d'État. Shi avait envoyé
un courriel contenant un document du bureau de la propagande du Parti
communiste chinois (PCC) interdisant la couverture médiatique de
l'anniversaire du massacre de la place Tiananmen. Grâce aux dossiers que lui
avait remis Yahoo, la police a pu retrouver et poursuivre Shi[10].

La réglementation chinoise d'Internet n'est pas purement une question de
droits de la personne, parce que l'interconnexion de la Chine avec le reste du
monde signifie que la suppression d'informations peut parfois avoir des
conséquences préjudiciables au-delà du territoire chinois. La propagation du
syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2003 constitue l'exemple le plus
éloquent à cet égard. La plupart des analystes s'entendent pour dire que, de
février à avril 2003, le gouvernement chinois a cherché à cacher la gravité de
l'épidémie de SRAS. Les médias tant traditionnels qu'Internet étaient
surveillés et censurés[11]. Pendant ce temps, la maladie s'est largement
répandue dans toute la Chine, et plus tard ailleurs dans le monde, avec des
conséquences particulièrement graves pour le Canada. Bien que le gouvernement
ait finalement changé de position et reconnu le problème, il n'a jamais avoué
que la censure d'Internet y avait contribué. Au contraire, en mai 2003,
l'agence de presse officielle de la Chine, Xinhua, a signalé que plus de 100
personnes avaient été arrêtées pour avoir « propagé des rumeurs » ou de «
fausses informations » sur Internet ou au moyen de SMS concernant le SRAS[12].
Il reste à voir si le gouvernement adoptera une position semblable lorsqu'une
autre maladie épidémique, comme la grippe aviaire, se déclarera.

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La communication de l'information financière est un autre secteur dans lequel
la censure d'Internet pourrait avoir des répercussions directes sur des
intérêts canadiens. Des entités et des particuliers canadiens sont de plus en
plus actifs sur les marchés des capitaux et autres marchés chinois, et par
conséquent, comptent de plus en plus sur l'accès à une information financière
exacte. Divers types d'informations pertinentes qui ont une incidence sur la
juste appréciation des entreprises chinoises, comme les prêts non productifs
des banques et les enquêtes sur la corruption, ont été assujettis à une
censure officielle dans les médias chinois, ce qui comprend les médias
Internet. En plus de dénaturer l'offre d'informations sur le marché et de
nuire aux intérêts de ceux qui n'ont pas accès aux informations pertinentes,
la censure de l'information financière entrave la future croissance du marché.
Par contre, Internet peut aussi être utilisé pour diffuser de la
désinformation. Le magazine d'information chinois CAIJING a signalé plusieurs
cas d'entreprises chinoises cotées en bourse qui ont diffusé de fausses
informations pour gonfler le cours de leurs actions. Utilisation que fait le
gouvernement chinois d'Internet

Comme d'autres gouvernements, le gouvernement chinois et le PCC utilisent
Internet pour diffuser de la propagande qui leur est favorable. En 2001, Jiang
Zemin, alors secrétaire général, a prononcé un discours dans lequel il
décrivait l'importance que les dirigeants accordent à Internet. Il a déclaré :
« Nous devons reconnaître l'importance d'Internet pour façonner les opinions
et faire de la publicité. En gros, nous devons exploiter activement Internet,
l'utiliser pleinement, en resserrer la gestion, maximiser ce qui est bon et
réduire au minimum ce qui est mauvais, tirer parti de nos forces, intervenir
dans cette initiative, accroître constamment l'influence et l'efficacité au
combat de notre réseau de publicité sur Internet et en faire un nouveau
secteur de travail idéologique et politique du Parti et de l'État, un nouvel
outil de publicité à l'étranger. »[13]

Xiao Qiang, directeur du China Internet Project à l'école supérieure de
journalisme de l'université de la Californie à Berkeley, estime que 10 % du
contenu chinois d'Internet est produit par le gouvernement[14]. Cette
propagande est liée aux mécanismes de filtrage décrits ci-dessus, parce qu'ils
permettent de filtrer les recherches et de réorienter les internautes afin
qu'ils n'obtiennent que le contenu que le gouvernement chinois considère comme
acceptable, à commencer par sa propre propagande.

La propagande n'est pas une activité d'ingérence en soi, mais d'autres
éléments de l'utilisation que le gouvernement chinois fait d'Internet le sont.
Manifestement, les entités chinoises sont capables de mener des cyberattaques
et de pirater des réseaux étrangers. D'ailleurs, de telles attaques coïncident
souvent avec d'autres événements internationaux. À titre d'exemples, citons
les attaques menées contre les réseaux américains à la suite de l'attentat de
la bombe contre l'ambassade de Chine à Belgrade en 1999, et de l'incident de
l'avion espion EP3 en 2001; contre les réseaux taïwanais après que le
président taïwanais eut appelé à une redéfinition des relations entre Taïwan
et la Chine en 1999, et pendant l'investiture du président indépendantiste
Chen Shuibian en 2000; et contre les réseaux japonais pendant la récente
reprise du nationalisme antijaponais en Chine. De telles attaques prévoient le
sabotage de sites Web, des dénis de service et la rédaction de virus, et vont
de pair avec des campagnes similaires menées par des pirates américains et
taïwanais[15]. Il est généralement impossible de prouver la culpabilité du
gouvernement chinois dans ces attaques.

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Il y a toutefois eu une exception notable, soit les attaques menées contre les
serveurs américains, britanniques et canadiens hébergeant des données du
Falungong en 1999-2000. Au cours de l'été 1999, après avoir autorisé
tacitement (certains diront même soutenu) le Falungong, les dirigeants du PCC
ont décrété qu'il s'agissait d'une secte hérétique et ont amorcé une campagne
de répression contre ses adeptes. En juillet 2000, plusieurs sites du
Falungong ont été la cible d'attaques de déni de service, au cours desquelles
le serveur ciblé est inondé de demandes de données jusqu'à ce qu'il se plante.
La RAND a fait enquête et constaté que l'adresse source de l'attaque était un
certain Centre de services d'information de XinAn Beijing. Or, le Centre s'est
révélé être logé dans les locaux principaux du ministère de la Sûreté publique
(MSP). Lorsque cette information a été dévoilée dans les médias mondiaux, le
Centre a immédiatement changé d'adresse, ce qui donne à penser que le MSP
n'avait pas simplement été victime d'une campagne de désinformation menée par
un quelconque tiers. Évidemment, on ne sait toujours pas avec certitude si
l'attaque avait été officiellement autorisée par les dirigeants chinois ou
s'il s'agissait plutôt du travail d'éléments indépendants ou même rebelles au
sein du MSP. Il est toutefois intéressant de noter qu'elle semble avoir été
conçue pour faire croire que le Falungong menait ses propres opérations
d'information contre le site Web du département américain des Transports. Dans
son rapport, la RAND a avancé l'hypothèse qu'il s'agissait peut-être d'un plan
délibéré pour faire tomber le site du Falungong, tout en donnant l'impression
que le Falungong lui-même était une organisation terroriste[16].

Dans le même rapport, la RAND fournit aussi des détails sur plusieurs autres
formes de harcèlement auxquelles des entités chinoises se livrent par le biais
d'Internet. Parmi celles-ci figurent l'envoi de faux courriels censés venir
d'adeptes non chinois du Falungong, dont des Canadiens, et l'envoi massif de
pourriels aux boîtes à lettres d'adeptes connus du Falungong afin de les
empêcher concrètement d'avoir accès à Internet. En plus d'être inquiétantes en
elles-mêmes, de telles activités d'ingérence constituent de nouvelles preuves
de la capacité, sinon de l'intention, des Chinois d'utiliser Internet.

Les entités chinoises utilisent aussi beaucoup Internet à des fins de collecte
de renseignements. L'incident le mieux documenté, sous le nom de code Titan
Rain, impliquait un groupe coordonné de pirates informatiques basé en Chine
qui a rassemblé des documents provenant d'institutions de l'armée américaine,
comme le Redstone Arsenal en Alabama; l'Information Systems Engineering
Command, la Defense Information Systems Agency, le Naval Ocean System Center
et le Space and Missile Defense Acquisition Center. Les fichiers volés étaient
dissimulés dans des ordinateurs en Corée du Sud avant d'être envoyés à
Guangdong (Chine). Dans un cas plus récent, en 2005, des courriels qui
auraient été expédiés de Chine ont été envoyés à diverses adresses du
parlement britannique. Ces courriels, adaptés à chacun des destinataires,
contenaient des logiciels espions qui fouillaient dans l'ordinateur du
destinataire à la recherche d'informations potentiellement précieuses qui
étaient ensuite secrètement renvoyées à l'expéditeur du courriel à l'insu de
l'utilisateur. La complexité technologique des attaques, la nature des
informations ciblées — notamment la politique du Royaume-Uni sur la question
des droits de la personne en Chine, susceptible de présenter peu d'intérêt
pour des pirates à motivation économique —, et le fait que le piratage
informatique est une infraction passible de la peine de mort en Chine sont
autant d'éléments qui ont amené les enquêteurs à croire que ces attaques
avaient été menées avec l'autorisation du gouvernement[17].

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Les activités chinoises de collecte de renseignements menées par le biais
d'Internet ne sont pas toutes de nature politique et militaire. Il existe une
quantité considérable de preuves que des entités chinoises se servent aussi
d'Internet pour mener des activités d'espionnage économique et de collecte de
renseignements scientifiques et technologiques. Ainsi, en 2004, des
entreprises de sécurité commerciale américaines ont découvert qu'un cheval de
Troie, programme utilisé pour voler des fichiers dans les ordinateurs
infectés, appelé Myfip et joint à des courriels envoyés à partir de serveurs
en Chine, avait été utilisé pour repérer et transmettre des fichiers,
notamment des études mécaniques et des schémas de circuits imprimés, qui
étaient renvoyés en Chine. Dans une version précédente, ce programme ne
cherchait que les fichiers en format PDF, mais dans les versions plus
récentes, les recherches ont été étendues aux documents Word et CFAO[18]. Dans
de tels cas, il est généralement impossible de déterminer si les efforts de
collecte de renseignements sont autorisés ou approuvés par le gouvernement
chinois ni même si les activités de collecte de renseignements sont menées
d'ailleurs via la Chine. Guerre de l'information

Un dernier aspect de l'utilisation que la Chine fait d'Internet mérite d'être
examiné, celui de la guerre de l'information. L'objectif ici n'est pas
d'analyser en profondeur la doctrine et les capacités de la Chine en matière
de guerre de l'information ou cyberguerre, mais uniquement d'expliquer
brièvement les liens entre ces éléments et Internet. La guerre de
l'information est considérée comme jouant un rôle décisif dans la
modernisation militaire de la Chine. La doctrine actuelle insiste sur la
guerre asymétrique, ce qui, dans le contexte de la Chine, renvoie généralement
à l'utilisation de méthodes non orthodoxes pour vaincre un adversaire
numériquement ou technologiquement plus fort. Dans les écrits militaires
chinois, la cyberguerre est considérée comme une forme de guerre asymétrique
rentable, parce qu'elle peut infliger des dommages considérables à un coût
minimal. Dans leur influent ouvrage Unrestricted Warfare, publié par un
éditeur de l'Armée populaire de libération (APL) en 1999, les officiers Qiao
Liang et Wang Xiangsui de l'APL mentionnent un scénario d'attaque combinant
attaque financière, attaque sur Internet et attaque militaire. « Si
l'attaquant parvient à rassembler secrètement de grandes quantités de capitaux
sans que la nation ennemie en soit le moindrement consciente, lance une
attaque furtive contre ses marchés financiers, puis, après avoir causé une
crise financière, active un virus et un détachement de pirates enterrés à
l'avance dans le système informatique de l'adversaire, tout en attaquant ses
réseaux afin de paralyser complètement le réseau de distribution d'électricité
civil, le réseau de répartition du trafic, le réseau des opérations
financières, le réseau des communications téléphoniques et le réseau des
médias de masse, il provoquera chez l'ennemi une panique sociale, des émeutes
dans les rues et une crise politique »[19]. Bien que les auteurs eux-mêmes ne
semblent exercer aucun pouvoir opérationnel, la publication de ces idées
indique à tout le moins que l'armée chinoise discute de telles capacités et
cherche à s'en doter. Cette vision est confirmée par la recherche, qui indique
que l'APL se livre à des activités d'élaboration de sa doctrine ainsi que des
simulations et des exercices en ce sens[20].

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Résumé et répercussions sur le Canada

L'utilisation que la Chine fait d'Internet et la réglementation à laquelle
elle assujettit ce mode de communication soulèvent un large éventail de
questions importantes pour le Canada, sur les plans des droits de la personne
et de la sécurité notamment. Les organismes gouvernementaux, les entreprises
et les particuliers canadiens qui ont des décisions à prendre doivent être au
courant de ces questions. Le gouvernement chinois continuera de mettre en
oeuvre des politiques visant à maximiser les avantages et à réduire au minimum
les inconvénients d'Internet tels qu'il les perçoit. Le cycle d'évolution
technologique et d'adaptation de l'État se poursuivra. De ce fait, le
filtrage, la surveillance et les autres modes de restriction de la liberté
d'expression continueront probablement aussi. De telles mesures, qui visent
principalement à réduire au minimum la menace qu'Internet représente pour le
maintien du contrôle politique du PCC, n'ont en général aucune répercussion
directe sur la sécurité du Canada. Elles peuvent cependant nuire à des
intérêts canadiens si les informations supprimées ont trait à des questions
comme la santé et les activités financières. Le gouvernement chinois risque
également de poursuivre ses efforts en vue de renforcer ses capacités en
matière de cyberguerre par le biais d'Internet, et de maintenir ou d'améliorer
encore ses habiletés à mener des activités d'ingérence dans des pays
étrangers, dont le Canada, en recourant au piratage informatique, au
harcèlement et à la collecte de renseignements.

 1    OpenNet Initiative, Internet Filtering in China in 2004-2005: A Country
Study,
http://www.opennetinitiative.net/studies/china/ONI.China_Country_Study.pdf,
annexe 2.

2    http://web.amnesty.org/library/Index/ENGASA170012004

3    http://www.chinalawandpractice.com/default.asp?Page=1&SID=4869

4    Susan W. O'Sullivan, témoignage devant la US-China Economic and Security
Review Commission, 14 avril 2005.

5
http://www.ichrdd.ca/site/publications/index.php?lang=fr&subsection=catalogue&id=1266&page=28&tag=
&keyword=&show_all=#

6    OpenNet Initiative, Internet Filtering in China in 2004-2005: A Country
Study,
http://www.opennetinitiative.net/studies/china/ONI_China_Country_Study.pdf.

7    http://www.uscc.gov/hearings/2005hearings/written testimonies/05 04
14wrts/palfrey john wrts.htm.

8    Mure Dickie, « Don't Mention Democracy, Microsoft Tells China Web Users
», Financial Times, 13 juin 2005.

9    http://rconversation.blogs.com/rconversation/2006/01_microsoft_takes.html.

10    Tina Rosenberg, « Building the Great Firewall of China, with Foreign
Help », New York Times, 18 septembre 2005.

11
http://www.uscc.gov/hearings/2003hearings/written_testimonies/03_06_05/qiates.htm

12    http://www.freemedia.at/wpfr/Asia/china.htm.

13    Discours prononcé lors de la Conférence nationale des directeurs des
services de publicité, le 10 janvier 2001,
http://english.pladaily.com.cn/special/three/content/10.htm

14    http://english.epochtimes.com/news/5-10-22/33610.html

15
http://www.infowar-monitor.net/modules.php?op=modload&name=Archive&file=index&reg=listarticles&secid=4

16    http://www.rand.org/pubs/monograph reports/MR1543/index.html, p 74.

17    Peter Warren, « Smash and Grab, the hi-tech way », Guardian, 19 janvier
2006.

18    Nathan Vardi, « Chinese Take Out », Forbes, 25 juillet 2005; Robert
Lemos, « Targeted Trojan-Horse Attacks Hitting US, Worldwide », Security
Focus, 24 juin 2005.

19    http://www.c4i.org/unrestricted.pdf, p. 145.

20    Thomas Timothy L., Like Adding Wings to the Tiger: Chinese Information
War Theory and Practice, Foreign Military Studies Office, Fort Leavenworth,
KS, 2001; China: Troops Beijing Trained For Electronic Warfare Zhongguo
Tongxum She News Agency, Hong Kong, 9 août 1999. 

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Commentaire est publié régulièrement par la Direction de l'analyse et de la
production du SCRS. Si vous avez des questions sur la teneur du document,
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