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samedi 09 décembre 2006
Petit traité du "off".

Et la polémique fait rage, autour du "off"... Ah, le off ! Ce serpent de mer
du journalisme dont la plupart d'entre vous (et de nous) ne savions même pas,
il y a quelques années encore qu'il était une pratique courante. Ce off qui
nous fait déjeuner avec les responsables politiques, recueuillir leurs
confidences, les publier. Ou pas.

Franchement, je dois d'abord avouer que j'ai longtemps été loin de tout ça.
Comme reporter et correspondant à l'étranger, sur un tremblement de terre, au
milieu d'une inondation, après un attentat, face à l'armée israélienne ou les
activistes palestiniens, il n'y a pas de "off". Tout est "on", franc, massif
et parfois avec une violence inouie.

Voilà peut-être pourquoi j'ai été tellement surpris de la banalité du "off" en
politique et pourquoi j'ai si peu de scrupules à publier ces bons ou méchants
mots qui nourrissent largement, par ailleurs, les colonnes confidentielles de
vos journaux et agitent le microcosme et les grenouilles parisiennes.

222613469701_aa240_sclzzzzzzz_v62363360__1 Définition : off (mot d'or. ang.).
conversation hors antenne et calepin que tiennent politiques et journalistes
pour éclairer l'actualité, les décisions prises, les stratégies en cours et
accessoirement balancer quelques vacheries, de préférence sur les copains.
Expr. : "bien entendu c'est off", popularisée par le livre de Daniel Carton
(dont on me dit qu'il en prépare un troisième chez Albin Michel mais, chut,
c'est off).

Où se délivre le "off"? Un peu partout, dans les diners, les déjeuners, les
petits déjeuners (de travail...), lors de conversations d'après émission,
entre deux scéances à l'assemblée, pourquoi pas dans un avion (le "vieilli,
usé, fatigué" de Jospin). Partout.

que se dit-on ? Le plus anecdotique et le plus intéressant.

220pxmichele_alliotmarieUne Michèle Alliot Marie, vous raconte ainsi en mars
2005 pourquoi selon elle, son expérience des affaires militaires, de la
coopération européenne en matière d'armement, la rendent crédible pour
Matignon (alors qu'officiellement Jean-Pierre Raffarin vient d'être à nouveau
adoubé par le Président). On y apprendra qu'elle prépare un livre, qu'elle
envisage de créer un club. Qu'elle a un préparateur physique. Toute sortes
d'informations qui permettent de mieux cerner le jeu (on sait qu'il s'en est
fallu d'un cheveu pour qu'effectivement elle soit nommée Premier Ministre le
30 mai 2005). On a vu ce week-end à l'UMP que les ailes avaient continué
malgré tout à lui pousser dans le dos...

Mais on se balance aussi des vacheries. On traite tel ambassadeur de "crétin",
on sous-entend que telle ou tel s'est fait refaire ci ou ça... Une paupière,
un coup de botox. Bref, on se lâche... Et parefois, on joue du triple bande en
sachant parfaitement à qui l'on parle. Car bien entendu, c'est off ("si vous
publiez, je le nierai"), mais bien entendu, c'est aussi fait pour être publié.

Je me souviens avoir soumis à Dominique de Villepin à l'automne en 2002 lors
d'un petit déjeuner le contenu d'un confidentiel du Nouvel Observateur.
Titre : "Villepin à Bercy". Le billet racontait comment ce fidèle de Jacques
Chirac se serait mis sur les rangs pour succéder à Francis Mer, dit "John
Wayne" (ministre de l'Economie à l'époque déjà très bousculé). "- C'est vrai ?
Lui ai-je demandé benoitement." Il m'a regardé comme si je descendais de la
Lune, a levé les yeux au ciel d'un air exaspéré et m'a répondu :

    "- Mais enfin, vous ne voyez pas que c'est du Sarkozy ? Il veut Bercy.
Mais pour y paraitre légitime, il faut d'abord déboulonner le titulaire. En
faisant dire par son escouade de lieutenants que je veux la place, il
accrédite l'idée que Mer est affaibli. Et il évite de dire que c'est lui qui
en fait brigue le poste."


Manip ou pas, 12 mois plus tard, Francis Mer était remercié et Nicolas Sarkozy
faisait son entrée à Bercy.

Images2_1 Quand à Dominique de Villepin qui est devenu premier ministre
depuis, il n'est pas le dernier à maitriser cet art subtil. Ses talents de
"passeur de off" et de destabilisateur de juges avaient fait merveille lors du
septennat tourmenté de Jacques Chirac. Il était alors secrétaire général de
l'Elysée et s'était fait une clientèle de journalistes influents qu'il
alimentait régulièrement d'infos croustillantes ou confidentielles.
Franz-Olivier Giesbert a reconnu recemment dans la "Tragédie du Président"
qu'il était de ceux là.

Mais attention : il y a aussi le faux "off"? celui que l'on vous murmure pour
intoxiquer la galerie ou pire : vous faire chuter.

Ainsi cette information murmurée à l'oreille d'un responsable du Monde le jour
d'une sortie du président à Avignon en 2002 : "Il y a va mais il n'annoncera
pas sa candidature". Le président parle à midi, à l'heure ou le journal est
déjà sous presse. Confiante, l'équipe éditoriale titre donc : Jacques Chirac à
Avignon, le president ne s'est pas déclaré candidat. Lorsque le journal arrive
en kiosque les radios et les télés ne parlent déjà que de l'entrée en campagne
du président ! Entre l'équipe d'Edwy Plenel, qui s'était fait un large écho
des affaires chiraquiennes, et l'Elysée, la vengeance visiblement se mangeait
froide. Et très salée.

A la même heure, 11h30, dit-on, Patrick Poivre D'arvor sortait lui du bureau
de Dominique de Villepin avec en poche pour 20 heures la première intervention
télévisée du président-candidat. Ca ne l'a pas empéché de l'étriller sur le
cas Didier Schuller.

Images3_1Dans la même veine on pourrait raconter comment Olivier Mazerolles, à
l'époque patron de l'info de France 2 et peu en cours auprès des chiraquiens,
a décidé de titrer à 20 heures sur le retrait d'Alain Juppé, parce qu'un
proche de Jacques Chirac lui avait affirmé que ce serait le cas. Juppé, à
cette heure là n'avait pas encore annoncé sa décision et pour cause... Il
était l'invité de TF1. Ou il dira... Que non, pas tout de suite... On connait
la suite.

Alors qu'en conclure ?

Que le off est une gigantesque opération d'intox et de manip ? En partie, mais
ce serait sans doute aller trop loin. Je maintiens qu'il n'est jamais mauvais
d'aller à la pêche aux infos, ce qui bien sûr ne nous oblige pas à avaler
l'hameçon.

Que les journalistes ne doivent plus voir les politiques hors antenne ? C'est
un choix fait par certains et par exemple Stephane Paoli de France Inter. Moi,
j'avoue que j'aime discuter politique avec ceux qui la font.

Que rien n'est "off", alors, et que tout doit être publié ? C'est l'avis d'un
Guy Birenbaum, qui dit en substance que si vous ne voulez pas que l'on publie
alors autant ne rien dire. Je dois dire, au vue de ma modeste expérience, que
le petit jeu du "off, presque on", "du off mais bon...", de "Madame
l'entourage" et du "off, off" me fatigue un peu. Mais je reconnais aussi que
le off à l'avantage d'éclairer sur les rapports de force et aide parfois à
affiner les questions que l'on posera... A d'autres.

Par ailleurs, lorsqu'un intelrocuteur, une source, vous fait une confidence,
et vous demande explicitement (ce qui est rarement le cas) ne pas en faire
état immédiatement, j'ai tendance à lui garantir au moins l'anonymat. Tout le
monde ne partage pas cet avis.

Pas facile, n'est-ce pas ?

J'attends vos suggestions. 

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