Cher Frédéric,

C'est la voix (ou la voie) de la sagesse. À ce sujet, je recommanderais un 
livre qui a déjà vingt ans mais qui n’est pas mal: _Rebel Code: Linux and the 
Open Source Revolution_ (Glyn Moody, 2002).


Ce que cet auteur fait remarquer c’est que l’Open Source est une communauté, 
avec une dynamique interne entre les pragmatistes (come Eric Raymond) et les 
idéalistes (commme Richard Stallman).

Je verrais un peu un équilibre des pouvoirs entre les deux, qui est nécessaire 
à toute société — justement pour éviter les dérives dans un sens ou dans 
l’autre. Le pragmatiste qui se compromet trop devient un cynique. L’idéaliste 
qui en fait trop devient un fanatique.


Le BDFL de Linux doit juste mener sa barque en trouvant la route raisonnable 
entre les deux. Lui même n’est pas un autocrate sur tout; il a sa sphère 
dictatoriale bien délimitée; et pour le reste il y a un équilibre des pouvoirs 
dans la communauté.

Et je dirais même, une **collégialité** (« où le pouvoir de décision n'est pas 
exercé par un chef unique, mais par un conseil généralement restreint dont les 
membres possèdent des pouvoirs égaux » TLFi); laquelle est notamment « câblée » 
dans la philosophie distribuée de l’outil git.

Cordialement,
Laurent



> Le 13 mai 2021 à 07:35, Frédéric Dumas <[email protected]> a écrit :
> 
> (…)
> 
> Quand on lit le texte de Wojtek, relayé par Richard Stallman, on lui donne 
> raison sur les arguments, mais on reste inconfortable sur le comportement. Il 
> a le « zèle du converti », c’est à dire qu’il fait du prosélytisme, il veut 
> convaincre les autres, il veut embringuer les autres dans son combat en les 
> acculant à des situations où ils doivent prendre parti. Son moyen, c’est de 
> souligner chaque problème, de bloquer partout où il a un argument pour 
> bloquer, de façon à dire au monde: « regardez comme vous faites mal ». Le 
> prosélytisme n’est pas illégitime, mais il peut être déplaisant à subir.
> 
> Je crois que c’est ce que Linus voulait souligner dans la phrase que je 
> citais de l'interview: dans le business on a souvent intérêt à trouver des 
> cotes mal taillées, des chemins de moindre résistance, sinon on ne gagne par 
> d'argent, tout simplement. Être (le prosélyte du libre) aux yeux des autres 
> (les utilisateurs de logiciels propriétaires) le témoin intransigeant de leur 
> propres turpitudes, on provoque en réaction une certaine hostilité. Peut-être 
> cela permet-il d’en convertir quelques-uns,  mais en pratique, on attrape 
> rarement les mouches avec du vinaigre.
> 

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