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Appel à publications

Theme: Diaspora
Publication: Tracés. Revue de Sciences humaines
Date: No. 23 (2012)
Deadline: 23.12.2011

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La revue Tracés consacre son numéro 23 à la notion de diaspora. Ce
numéro souhaite faire dialoguer des contributions empiriques,
réflexives et / ou épistémologiques afin d'interroger la place et
l'intérêt d'une telle notion dans les différentes disciplines des
sciences humaines et sociales.

Les rédacteurs devront envoyer leur contribution avant le 23 décembre
2011.

Les rédacteurs doivent informer préalablement le comité de rédaction
de Tracés de leur projet par courrier électronique en indiquant le
titre de leur contribution, la rubrique dans laquelle ils le
proposent, ainsi qu'un bref résumé du propos.

Une réponse motivée, argumentée quant à l’acceptation ou non pour
publication est envoyée à l’auteur après le travail de lecture et la
délibération des membres du comité de lecture. En cas de réponse
positive, l’auteur peut être invité à amender et à retravailler son
texte en fonction des remarques suggérées par les lecteurs.

Mots-clés:
diaspora, communautés, groupes, frontières, migrations, réseaux

Information: http://calenda.revues.org/nouvelle20185.html

Argumentaire

Le succès que connaît aujourd’hui le terme de diaspora dans les
sciences humaines et sociales semble imposer de repenser à nouveau
frais sa définition, ses usages et ses champs d’application. L’emploi
extensif de la notion de diaspora suffit-il à la disqualifier
scientifiquement au motif qu’il s’agirait d’un terme galvaudé ? Ce
numéro de la revue Tracés ne cherche en rien à prédire de manière
hasardeuse le destin d’un terme, mais invite les auteurs qui sont
confrontés au mot, à la notion ou au concept de « diaspora », à en
dégager l’intérêt heuristique ou analytique. Outre l’ambition de
dresser une cartographie actuelle des études dites « diasporiques »,
ce numéro invite à décrire certaines tendances à l’intérieur de
chaque discipline pour tenter de prendre la mesure des possibles
usages inter- ou transdisciplinaires de la notion.

Problématiques de la dispersion

Diaspeírein signifie en grec « disséminer » ; employé dans la
traduction de la Torah par les Juifs d’Alexandrie au IIIe siècle
avant notre ère, le substantif « diaspora » sert à décrire la «
dispersion », la « dissolution », autant de termes connotés
négativement dans la culture hellénophone de l’Antiquité. Si la
diaspora juive demeure archétypique, les caractéristiques des peuples
« en diaspora » s’appliquent également à d’autres « diasporas
historiques » qui, tels les Grecs ou les Arméniens, auraient pour
point commun la nostalgie d’un État perdu, ou conquis, une même
langue, bien souvent une même religion… Récemment, les grands
phénomènes migratoires du XIXe siècle et du XXe siècle, associés à
l’émergence du cadre « national » et au caractère supposément nouveau
de la « globalisation » ont étendu l’inventaire des communautés
diasporiques ; en effet, Chinois, Indiens, Italiens, Irlandais,
Kurdes, Libanais, Palestiniens, Tamouls, Turcs, Coréens, parmi
beaucoup d’autres, semblent tous s’inscrire en « diaspora », un mot
qui, après la seconde guerre mondiale, aurait conjointement perdu une
grande partie de sa signification religieuse ainsi que son caractère
dépréciatif. Comme l’a montré Stéphane Dufoix (2006), le parallèle
tôt établi entre le destin des juifs et ceux des esclaves noirs
originaires d’Afrique a par exemple contribué à la progressive
émergence de l’expression Black diaspora dans les milieux académiques
et intellectuels américains des années 1950, posant par là-même la
question compliquée de l’origine de l’expérience d’une « identité
diasporique ».

L’évocation de la notion de « diaspora » dans les sciences humaines
et sociales, va aujourd’hui de pair avec un certain nombre de
précautions visant à prévenir l’usage exponentiel du terme depuis
l’orée des années 1970 ; « mot-cliché » à la mode, victime de son
succès, « diaspora » a vite fait figure de « fourre-tout »
synthétique servant à décrire des réalités migratoires hétérogènes,
voire toute forme de dispersions sur de grands espaces. De fait, le
mot « diaspora » fait tout aussi bien référence à des communautés de
migrants, des liens ethniques, des types d’organisations
communautaires et caritatives, voire à toute forme de solidarités
(professionnelle, affective, politique ou sexuelle) qui se jouent à
l’échelle transnationale ou transcontinentale. En cela, force est de
constater que le mot « diaspora » s’est imposé, aux dépens d’un
vocabulaire de la migration plus traditionnel, précisément parce
qu’il permet de regrouper, sans forcément les distinguer, une
pluralité de phénomènes (exils, réseaux et flux migratoires,
nostalgie du lieu d’origine, facteurs de départ) et qu’il a
l’avantage de ne presque jamais nécessiter de traduction dans un
grand nombre de langues académiquement dominantes.

Avant d’être une catégorie des chercheurs-ses analysant la dispersion
migratoire et ses effets, la « diaspora » est donc un objet d’étude
qui a suscité un intérêt relativement récent à mesure que se
multipliaient les possibilités d’analogie et de comparaison entre les
différentes communautés qualifiées de diasporiques. De fait, la
diaspora interroge directement le caractère polycentrique,
réticulaire et multisitué des expériences migratoires, et c’est
certainement là l’une des plus-values analytiques les plus
convaincantes de la notion : étudier une diaspora suppose la
nécessaire prise en compte de l’éclatement et de la multiplicité des
itinéraires, et, ne serait-ce qu’implicitement, elle invite à leur
comparaison dans différents espaces. Néanmoins, il semble intéressant
de s’interroger sur les apports conceptuels ou empiriques de la
notion depuis une trentaine d’années. De quelle manière a-t-elle
contribué à une reconfiguration des questionnements sur les formes et
la nature des migrations ? Le numéro aimerait ainsi valoriser, à
travers différents formats de contribution, un retour réflexif,
épistémologique ou méthodologique, sur les avancées permises par
l’étude des diasporas dans des champs disciplinaires variés. Il est
d’ailleurs tout à fait envisageable de proposer une remise en cause
critique de la notion, voire un plaidoyer pour son abandon.

De quelle "diaspora" parle-t-on ?

L’enjeu d’une « bonne » définition de « diaspora », loin d’être
anecdotique, paraît bel et bien configurer les débats, incitant les
chercheurs-ses à prendre position dans un champ d’études fortement
clivé. Il va de soi que n’importe quel flux migratoire n’est pas
diasporique. Certain-e-s chercheurs-ses insistent sur la nécessité
d’un emploi limité du mot de « diaspora », rapporté en général aux
expériences des diasporas « historiques » ou « classiques », la
diaspora juive et éventuellement les diasporas grecque et arménienne.
Cette position est incarnée en particulier par William Safran, pour
qui le paradigme de la diaspora juive permet une définition stricte
du mot car il englobe les principaux critères de validation du
caractère « diasporique » du groupe : dispersion multipolaire à
partir d’un centre, mémoire et nostalgie d’un lieu d’origine, projet
de retour, rejet des sociétés dites « d’accueil », formes de
solidarités communautaire et caritative, liens maintenus avec le lieu
d’origine (1991). Pour un certain nombre de chercheurs-ses, il existe
par conséquent un « cadre diasporique » dont il semble intéressant
d’interroger les critères ; et cela paraît d’autant plus vrai,
paradoxalement, pour des diasporas consacrées (les diasporas «
historiques ») dont le caractère « diasporique » est plus souvent
présupposé que réellement défini et démontré.

Ces précisions typologiques diffèrent nettement d’une position
affirmée et, semble-t-il, majoritaire dans les différentes
disciplines des sciences humaines et sociales – essentiellement
depuis les années 1990 – qui tend à considérer comme « diasporique »
un nombre toujours plus grand de formes migratoires ; c’est notamment
le cas de James Clifford qui, dans un article canonique des diaspora
studies, s’oppose explicitement à Safran et en particulier au recours
à un idéaltype de la diaspora : l’anthropologue considère les
diasporas juive, grecque et arménienne comme « des points de départ
non-normatifs » pour étudier une notion qui évolue et qui se
complexifie dans un contexte globalisé (1994, p. 306). Ces pistes de
recherche font écho, sans s’y apparenter directement, à un grand
nombre de travaux des cultural studies attachés à l’étude des
identités « postnationales » ou « postcoloniales », «
multiculturelles » ou « cosmopolites ». Dans le domaine particulier
des études diasporiques, conjointement à l’idée de « diaspora
afro-antillaise » formulée par Stuart Hall (1990), l’ouvrage de Paul
Gilroy L’Atlantique noir (2009) a sans doute marqué un tournant
significatif tant il s’efforçait de rompre avec l’idée de diasporas
closes et homogènes en privilégiant les motifs du mouvement, de la
mobilité, de l’ambivalence, de l’enchevêtrement et de la mixité des
références pour forger le concept de « diaspora hybride ». Ces motifs
ont ainsi permis de porter une attention nouvelle aux langues
(hybridation, créolisation…) et aux « littératures de la diaspora »
qui, dans le domaine des études littéraires, ont pu s’appuyer sur les
nombreuses recherches portant sur « l’exil », la « migration » ou
encore la « nostalgie » du pays d’origine. Ils ont également ouvert
la voie, chez certains philosophiques ou psychologues sociaux, à la
redéfinition des rapports entre identités individuelles et identités
de groupes.

Doit-on par conséquent déterminer qu’une ligne de fracture
disciplinaire traverse l’étude des diasporas ? Pour le dire
schématiquement, la définition « ouverte » de la notion de diaspora
trouverait ses défenseurs les plus convaincus en anthropologie
culturelle et dans les études littéraires marquées par le courant
postcolonial, avec un usage politique et militant souvent revendiqué.
À rebours d’une telle approche, historiens, géographes et sociologues
paraissent défendre une définition limitée et fermée d’une catégorie
analytique dont il conviendrait de se défier dans le cadre de
recherches empiriquement situées. Les deux approches sont-elles
irréconciliables ou peuvent-elles se nourrir l’une l’autre ? Faut-il
considérer comme entériné un « processus de dé-littérarisation » au
sein des sciences sociales et politiques (Zecchini, 2011) ? Doit-on
également considérer que les cultural studies n’utilisent que des
concepts métaphoriques, à forte charge politique ou philosophique,
sans relais empirique observable ? Existe-t-il, au contraire, des
formes d’emprunts interdisciplinaires qui tiennent à équidistance ces
deux positions tranchées ?

Les débats dont on a fait mention ont sans doute contribué à une
meilleure prise en compte de la pluralité des expériences
diasporiques ; sans qu’il soit nécessaire d’y revenir explicitement,
ils ouvrent un certain nombre de pistes de recherches que l’on
souhaiterait explorer dans ce numéro : quel est le rapport de la
notion avec un certain nombre de termes connexes, apparemment moins
chargés idéologiquement comme « transnational », « transétatique » ou
« global » ? Quels sont les effets d’une application du terme à des
réalités passées, à des époques où, comme on l’a vu, le mot n’était
que très rarement utilisé et ne faisait quasiment jamais l’objet
d’une « autodésignation » par les peuples concernés ? Dans la même
perspective, quel est l’écart entre la catégorie qu’utilisent les
chercheurs-ses et l’emploi éventuel des peuples qui se définissent,
voire qui revendiquent le statut de diaspora (Hovanessian, 1998) ?

Questions d’échelle et de frontières

Penser les diasporas invite également à penser les espaces
géographiques, socio-économiques et culturels à l’intérieur desquels
elles peuvent se déployer. Le terme a en effet l’avantage, on l’a vu,
d’englober zones de départ, flux migratoires et sociétés de
résidence, et donc de tenir ensemble toutes les chaînes de
l’immigration-émigration qu’Abdelmayek Sayad exhorte à ne pas traiter
séparément (1999). Demeure toutefois l’épineux problème du maintien
des frontières ethniques une fois l’immigration effectuée : dans
quelle mesure les « communautés diasporiques » (et le terme de «
communautés » appelle d’autres clarifications) résistent-elles,
combattent-elles ou recherchent-elles l’assimilation dans les
sociétés de résidence ? Quelles sont les possibilités juridiques,
religieuses, culturelles d’inclusion dans les différents espaces
d’installation de la diaspora ? En conséquence, assiste-t-on au
maintien des frontières communautaires, ou à leur érosion
progressive ? Comment gérer la distance avec le (mythe du) lieu
d’origine ? La nature du lien change-t-elle si l’on a affaire à ce
que Gabriel Sheffer a appelé des stateless ou des state-linked
diasporas (2005) ?

Pour éviter d’opposer schématiquement un modèle homogène, voire
essentialiste de la diaspora à un modèle hybride et métissé, souvent
plus souhaité qu’étudié empiriquement, il paraît utile d’interroger
les échelles d’observation choisies pour rendre compte des phénomènes
diasporiques. La diaspora offre-t-elle par exemple un cadre d’analyse
pertinent pour une étude globale et diachronique ? Cela suppose de
tenir compte de la multiplicité des trajectoires diasporiques que les
itinéraires individuels permettent de suivre. La diaspora
apparaîtrait ainsi comme un espace nécessairement feuilleté, morcelé,
pluriel. Aussi, ne faudrait-il pas plutôt privilégier l’étude
synchronique et localisée des communautés diasporiques, afin de ne
pas surdéterminer leur présupposées cohésion et homogénéité ?

En histoire et en sociologie économiques, voire en économie tout
court, on a longtemps considéré que certaines spécialisations
sectorielles des peuples en diaspora seraient dues à une confiance
inhérente et interne au groupe diasporique ou plus généralement à ce
que l’on a appelé les « diasporas négociantes » ; les diasporas
seraient ainsi un observatoire privilégié des « minorités
intermédiaires » ou de « l’entreprenariat ethnique ». En cela, «
diaspora » est devenu une manière de décrire « tout groupe émigrant
qui promeut le commerce, les investissements ou les transferts de
technologie entre une ou plusieurs sociétés d’accueil et un pays
d’origine » (Rauch, 2003). Ainsi positivé, le réseau diasporique va
jusqu’à faire figure de stratégie économique volontariste. Au
contraire, d’autres recherches remettent explicitement en cause la
supposée confiance entre les différents membres de la diaspora, en
montrant l’existence de rivalités et de concurrences
intra-diasporiques. Souvent, ces études s’appuient sur l’itinéraire
de familles diasporiques, qui nécessite un emboîtement constant
d’échelles (locale / régionale / étatique ou nationale / globale) ;
elles prennent en compte les zones de contact, d’interactions entre
les diasporas et les sociétés d’accueil, qui se caractérisent aussi
bien par des formes d’acculturation que par le maintien, sur un plus
ou moins long terme, de barrières culturelles (linguistiques,
religieuses …) et sociales.

S’il paraît donc difficile d’évacuer le débat entre « diasporas
centrées » et « diasporas hybrides », il semble toutefois intéressant
de lier ces prises de position non seulement à des partis pris
méthodologiques (disciplinaires ou pas), mais aussi à des choix
d’échelles qui permettent de mieux saisir l’objet, la notion, voire
le concept. Comment penser en effet l’espace des diasporas sans
partir d’une hypothèse forte sur le tracé des frontières ethniques ou
des frontières identitaires du groupe ? En quoi l’échelle
d’observation choisie influe-t-elle sur la manière dont on présente
les liens communautaires au sein de la diaspora ? Doit-on
nécessairement prendre en compte tout l’éventail des liens
(économiques, sociaux, politiques, religieux, linguistiques et
culturels…) qui se jouent à l’intérieur des diasporas – en cela, la
diaspora serait un objet intrinsèquement interdisciplinaire ? L’étude
privilégiée d’un seul de ces liens oriente-t-elle la perception que
l’on a des frontières entre les communautés diasporiques et les
sociétés de résidence ? Dans ce cas, comment tenir et rendre compte
des rythmes différenciés de dissolution ou de maintien de ces
frontières ?

Tracés. Revue de Sciences humaines
Directeur de la publication: Olivier Faron
Rédaction: Association Tracés
ISSN électronique: 1963-1812 


Contact:

Guillaume Calafat
Revue Tracés
École normale supérieure de Lyon
15, parvis René Descartes
BP 7000
69342 Lyon cedex 07
Email: [email protected]
Web: http://traces.revues.org/index.html
 
 
 
 
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