je ne sais pas si toutes les rivieres Espagnoles interessent les kayalistes de tous les horizons mais ...
A titre indicatif la "marche bleu" passera a LYON le 29 et 30 Août 2001
extrait du dernier .COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°260)
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.Dans ce numéro........4- La Marche bleue
La Marche bleue est une marche de 80 espagnols qui a démarré le 10
Août depuis Barcelone pour culminer à Bruxelles le 9 Septembre 2001 en
passant par Paris le 4 Septembre. Cette action, soutenue par nombre
d'associations, d'universitaires et de partis politiques, a pour but
de bloquer le financement du très controversé Plan Hydrologique
National espagnol qui prévoit la construction de 120 nouveaux grands
barrages, du gigantesque détournement de l'Ebre vers le sud-est de
l'Espagne (1milliard de m3 /an) et du détournement de l'eau du Rhône
vers Barcelone (657 millions de m3 /an, soit 1000 km de
canalisations)......
......Par Pedro Arrojo (Entretien à Radio Zinzine)
Le Plan Hydrologique National espagnol
L'eau au service de la spéculation urbano-touristique
En septembre 2000, le gouvernement espagnol a présenté
son Plan
Hydrologique National (PHN). Ce plan prévoit la bagatelle de
119
milliards de francs d'investissements durant les huit prochaines
années, avec la construction de 118 barrages. 28 milliards de
francs
supplémentaires serviront pour le transfert de 1.050 hectomètres
cubes
par an depuis l'Ebre vers l'arc méditerranéen. On envisage
également
le transfert de l'eau du Rhône, condition imposée par
le gouvernement
catalan pour soutenir le projet.
Pour Madrid, il faut rendre l'accès à l'eau plus démocratique.
70% de
l'eau disponible se concentre dans le nord. L'arc méditerranéen
et
l'Andalousie, où se concentrent le tourisme et l'agriculture
intensive
irriguée, regroupent 55% de la population mais dispose seulement
de
23% de l'eau. Le PHN optimiserait l'utilisation d'une ressource
naturelle fondamentale.
Ce plan, certainement le chantier hydrologique le plus vaste jamais
envisagé en Europe occidentale, a soulevé une énorme
polémique en
Espagne où des grandes manifestations ont réuni 400.000
personnes à
Saragosse, capitale de l'Aragon (source de l'eau destinée au
zones
sèches), 300.000 à Barcelone et à Madrid.
Le PHN aura d'énormes impacts sociaux et environnementaux. L'Espagne
est déjà le pays du monde avec le plus grand nombre de
barrages par
habitant et par km2. Le long de la Méditerranée il y
a un processus
incontrôlé de spéculation urbano-touristique et
de production agricole
intensive. Cela profitera à de grandes entreprises qui n'ont
pas
vraiment soif, sauf d'encore plus de richesses. Les régions
concernées
sont Murcia, Alicante, Almeria et Valencia et puis aussi l'aire de
Barcelone. Tout cela pour implanter des golfs au milieu du désert.
Il
ne s'agit pas d'un aménagement du territoire qui assurerait
une
urbanisation durable, mais de la spéculation.
Madrid explique que les agriculteurs ont besoin de l'eau, mais en
réalité l'agriculture est le prétexte, car ces
transferts d'eau vont
surtout alimenter un marché et l'eau ira à celui qui
paye le plus.
Même les exploitations agricoles les plus intensives n'offreront
pas
la moitié du prix proposé par les entreprises urbano-touristiques.
En
plus c'est un modèle d'agriculture très discutable, basé
sur des
salaires très bas et sur l'exploitation des immigrés
illégaux et
légaux, une agriculture très polluante et non durable.
Le transfert de l'eau de l'Ebre jusqu'en Andalousie coûterait
environ
150 pesetas par m3, alors qu'actuellement il ne coûte que 40
pts. Ce
projet peut seulement se faire avec de l'argent public. Pour le Rhône
cela coûterait 120-140 pts./m3, soit le double du coût
de la
desalinisation de l'eau de mer.
Le gouvernement argue que la population de ces régions a le droit
de
consommer autant d'eau que les habitants de Paris ou Berlin, car nous
sommes tous européens, mais c'est une grande manipulation. Derrière
le
plan on trouve bien sûr les lobbies traditionnels du béton
et de
l'hydroélectrique, mais il y a un nouvel intérêt
qui apparaît. Depuis
l'adoption d'une nouvelle loi sur l'eau proposée par le Parti
Popular
en 1998, la gestion des eaux urbaines a été privatisée.
Les marchés
d'eau pour les villes sont devenus très importants et les grandes
entreprises françaises sont fortement impliquées sur
la côte
méditerranéenne.
L'impact environnemental sera énorme. 100 nouveaux barrages
représentent des centaines de personnes déplacées
sans compter les
milliers qui en subiront les conséquences directes (effondrement
de
terrain provoqué par les réserves d'eau, inondation d'espaces
cultivés, etc.), la destruction d'un patrimoine culturel et
écologique, certains des cours d'eau étant les dernières
rivières
sauvages en Europe. En octobre dernier, il y a eu une grève
générale
dans toutes les Pyrénées Centrales. Les gens refusent
de quitter leur
village, comme dans le temps de Franco "a punta de pistola". Le delta
de l'Ebre est le deuxième patrimoine en biodiversité
d'Europe. Si on
enlevait 1000 hectomètres cubes par année, le désastre
serait garanti.
Le gouvernement veut avancer très vite avec le PHN. Il vient
de faire
adopter une loi au parlement qui est complètement contradictoire
avec
la Directive Cadre sur l'eau de l'Union Européenne qui doit
être
intégrée dans la législation espagnole en 2004.
Pour Madrid il reste
trois ans pour réaliser ce projet sans cette contrainte. C'est
très
dangereux. Si Bruxelles accepte que des fonds européens sont
utilisés
pour le PHN, les travaux commenceront, et on verra l'inondation de
dizaines de vallées et la destruction des rivières pyrénéennes.
Selon le président du gouvernement aragonais, "demain, 80% du
territoire espagnol, c'est à dire tout le centre, risque d'être
transformé en une espèce de tiers-monde intérieur
fournissant la
matière première et la main-d'oeuvre à un arc
méditerranéen asphyxié
par un développement trop intensif. Nous sommes en train d'assister
à
une désertification démographique de zones entières
de l'Espagne."
Ce n'est pas un débat seulement espagnol. Madrid attend que Bruxelles
finance une bonne partie du projet. C'est pour cela que le débat
doit
s'élargir à toute l'Europe. Le Congrès Ibérique
de Gestion de l'Eau,
qui regroupe 70 universités, a transmis à Bruxelles des
critiques très
sévères, en demandant une nouvelle culture de l'eau qui
ne repose pas
sur le béton subventionné mais sur une bonne gestion
et sur la
conservation des ressources.
(d'après un entretien accordé à Radio Zinzine par
Pedro Arrojo,
professeur d'économie à l'université de Saragosse
et président du
Congrès Ibérique de Gestion de l'Eau)
Pour en savoir plus sur la Marche bleue :
http://www.rivernet.org/marchebleu/
http://www.attac.org
