J'avoue être plus proche des consommateurs qui ne veulent plus se contenter de l'être que des producteurs en tant que tels (et c'est dans ce registre que je me disais qu'il devait être possible et probablement utile d'intéresser certaines des nombreuses ONGs qui existent au Sénégal); mais en attendant que quelqu'un de plus qualifié réagisse, d'après ce que j'ai compris oui certaines PME correspondent à ce que vous décrivez, mais elles constituent un pool restreint et arriver à les attirer un lundi travaillé en s'y mettant si peu de temps à l'avance me paraît un défi.

Pour votre deuxième question concernant les réels besoins de l'économie sénégalaise, je laisserais là encore des gens plus qualifiés s'exprimer sur les SSII locales. Mais de ce que je vois personnellement, il y a essentiellement trois types d'acteurs (en-dehors des SSII sénégalaises que je connais très mal):

1- Les services de l'Etat auraient grand intérêt à s'emparer de la question, puisque l'Etat a la taille critique pour réellement aller en profondeur dans le code et adopter/adapter des logiciels correspondant précisément à ses divers besoins, notamment administratifs. Cela constituerait de plus un environnement favorable aux PME sénégalaises (à la fois par les contrats que certaines obtiendront, le développement de compétences et la mise à disposition des logiciels finaux dont certains ne seront pas utiles qu'aux administrations étatiques) et à la société civile en général, ce qui est - très partiellement - un des objectifs de l'équipe dirigeante actuelle.

2- Le vaste monde des ONGs aurait également cette taille critique si elles prenaient conscience de la nécessité de travailler ensemble plutôt que de se tirer dans les pattes; leurs compétences informatiques sont souvent limitées et fragmentées (mais pas forcément nulles: Enda fut par exemple un des premiers fournisseurs d'accès et serveur mail au Sénégal), l'usage des logiciels libres est très hétérogène (pour caricaturer, presque tout le monde utilise Firefox, très peu utilisent Linux). Mais des logiques de coopération existent malgré tout dans certains domaines donc il n'est pas impossible d'arriver à les intéresser à cette question du libre qui peut fortement améliorer leurs performances administratives.

3- La troisième cible n'est pas forcément accessible directement, mais elle me semble néanmoins stratégique (quoique ce fut le centre d'un débat sur cette liste): il s'agit de la vaste masse composée par la classe moyenne inférieure, qui doit faire vivre une famille avec moins de 1000 euros par mois (et souvent moins de 500 euros). Son taux d'équipement en ordinateur est relativement important, mais ce sont généralement de vieilles machines
qui souffrent vraiment sous Windows (XP voire 98 le plus souvent).
Pour moi, leur faire connaître l'existence d'OS plus légers (je pensais au départ à Slitaz mais pour être franc je n'ai pas été capable de gérer les problèmes techniques rencontrés; et à la réflexion Lubuntu devrait être suffisamment léger pour la plupart des situations) serait très pertinent en ce que cela remplirait deux objectifs: - Améliorer à la fois l'utilisation quotidienne de l'informatique de toute une couche de population dont on peut espérer une contribution directe ou indirecte au développement, et leurs compétences en ce domaine à moyen terme. - Faire de ces utilisateurs plus ou moins contraints (par la puissance limitée de leurs machines) des relais de la solution Lubuntu en particulier et de linux en général.

On notera que la majorité des cybercafés sénégalais tournent avec des machines de ce genre (statistique obtenue avec un pifomètre de précision), et que donc le public potentiellement concerné est vaste.

Thomas avait posé une objection techniquement très pertinente, qui est que de nos jours ce sont plus les applications que l'OS proprement dit qui bouffe de la RAM et de la puissance de calcul. De cette remarque effectivement plus que légitime il tire la conclusion amha un peu plus controversée qu'il est inutile de vouloir faire quelque chose avec ces vieilles bécanes; personnellement je considère qu'étant donné qu'il ne propose aucune solution pour renouveler ce matériel que leurs propriétaires n'ont pas les moyens de renouveler eux-mêmes, il est quelque peu violent de décider de jeter à la corbeille Windows tous ces salauds de pauvres qui constituent la majorité des utilisateurs d'informatique au Sénégal et qui je le répète constituent amha un potentiel de développement réel pour le pays.


Il faut noter que les deux premières catégories d'acteurs n'ont généralement pas bonne connaissance des enjeux et subtilités juridiques des licences libres, et que donc s'il va être difficile de les contacter et intéresser en si peu de temps, axer votre conférence sur ces sujets (qui constituent si j'ai bien compris le domaine où vous êtes particulièrement compétent) est en soi pertinent.

Pour la troisième catégorie par contre(qu'il sera encore plus difficile d'inviter d'ici le 6 mai, quoique je peux au moins transmettre à quelques amis de mon côté) connaît encore moins l'aspect juridique mais n'en a pas réellement l'usage, et donc une rapide présentation des notions légales suffirait, ce sont beaucoup plus les aspects pratiques de base qui peuvent les intéresser (et donc la journée du 6 mais n'est pas forcément prioritaire pour eux).

Tout bien analysé et même si j'espère me tromper, il faut toutefois prévoir que le plus probable est que le 6 nous retrouve malheureusement en petit comité relativement consanguin pour vous accueillir (ce que pour ma part je ferais avec plaisir)....

Le 28/04/2013 00:11, François PELLEGRINI a écrit :
Bonsoir à tou/te/s,

On 04/28/2013 12:05 AM, Lien Rag wrote:
Bonjour.
Personnellement je suis très intéressé par votre
expérience bordelaise, et l'idée de s'adresser aux
acteurs économiques en général me paraît bonne (mais
le limiter aux PME me chagrine un peu).
Cibler sur les PME était une idée pour les motiver ;
les patrons de PME ont souvent le nez "dans le guidon",
et il est difficile de leur faire lâcher leurs tâches
quotidiennes urgentes pour entendre quelque chose de
nouveau, s'ils n'y voient pas un intérêt immédiat
(et je les comprends). Mais ce n'est pas exclusif.
Si cela vous chagrine, c'est que je dois être à côté
de la plaque. Vous êtes meilleurs juges que moi de
votre réalité de terrain (cf. ci dessous).

Cependant, si le thème de votre conférence est l'aspect
juridique des licences libres, êtes-vous bien conscient
que pratiquement personne au Sénégal ne se préoccupe de
la légalité?

Ma formulation est légèrement caricaturale du fait que
lorsque qu'il faut changer d'échelle certaines moyennes
entreprises devront se mettre (au moins partiellement)
en conformité avec la loi, mais à part ce genre de cas
très restreints et sauf erreur de ma part, la présentation
que vous prévoyez de faire risque de passer complètement à
côté de la plaque si elle se base sur des réalités théoriques
plutôt que sur les besoins et pratiques réelles de l'économie
sénégalaise...
Merci de cet éclairage. Votre intervention appelle de ma part
plusieurs réflexions.

Le "piratage" (juridiquement : la "contrefaçon") de logiciels
correspond à une démarche de consommateur : on peut utiliser
illégalement des logiciels pour autant que cela ne se voie
pas trop de l'extérieur. N'y a-t-il pas d'entreprises
sénégalaises en position d'exportateur de technologies ou
souhaitant le devenir ? C'est dans ce cadre que j'imaginais
qu'une conférence juridique puisse effectivement servir : à
comprendre les modèles de licences pour la production.
Les licences libres garantissant toutes que l'utilisation en
interne est libre ; de fait, discuter de l'intérêt des licences
libres pour l'usager qui ne modifie pas le code source est en
effet peu pertinent. :-)

Quels sont selon vous les besoins réels de l'économie sénégalaise
en matière de logiciels libres ? Si l'on pousse jusqu'au bout votre
logique, les besoins spécifiques seraient nuls, tant que les
usagers peuvent se reposer sur des solutions propriétaires/
privatives qu'ils peuvent avoir à faible coût et qu'ils peuvent
plier à leurs besoins. Donc : quels avantages différenciants le
libre peut-il avoir ? Besoins de développement logiciels très
spécifiques ? Progiciels adaptés ?

Au plaisir de vous lire,

Bien cordialement,


                                f.p.




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