Monsieur le Président, Fin novembre dernier, je vous ai téléphoné pour connaître votre position, et aussi vous apporter quelques éléments d'information, sur un phénomène qui ne peut vous laisser indifférent: le développement exponentiel dans l'informatique mondiale des "logiciels libres". Vous m'avez alors orienté vers la Mairie de Saint-Laurent-du-Var. Je vais donc y prendre rendez-vous à la fin du mois de janvier. Mais si c'est la municipalité qui doit décider des orientations majeures de notre Club, et non pas comme on pourrait le penser son Conseil d'Administration, il me semble cependant que la moindre des choses serait de vous associer à la discussion. C'est pourquoi je souhaiterais vous rencontrer au préalable, ainsi que les autres dirigeants du Club. Nous pourrions aborder les quelques sujets qui suivent. En tant que membre du Club, je pense qu'il n'est plus possible, pour un Club informatique qui se respecte, de continuer à ignorer le mouvement irréversible qui se déroule sous nos yeux. Vous le savez comme moi, tout évolue très vite en informatique. Dans toutes les universités et centres de recherche du monde se trouvent des milliers de scientifiques, chercheurs, ou étudiants en informatique de haut niveau, qui n'acceptent pas de dépendre de systèmes verrouillés. Ils se fabriquent leurs propres logiciels, qu'ils mettent gratuitement à la disposition de tous, et, qui plus est, ils en publient gratuitement les sources, ce qui permet à d'autres, non seulement de les adopter, mais de proposer des améliorations bénéfiques pour la communauté mondiale toute entière. Issus de ce travail collectif et constamment réactualisés, de nombreux logiciels deviennent utilisables par le grand public, d'autant qu'au fil des perfectionnements successifs, ils en arrivent de plus en plus souvent à dépasser les logiciels payants aussi bien en qualité de fonctionnement qu'en matière de sécurité et de facilité d'utilisation. Pour que le Club reste vivant et actuel, nous devons tenir compte de cette évolution et actualiser la formation de nos initiateurs en un sens qui paraît actuellement inéluctable: celui des logiciels libres. En tant que consommateur, je pense que tout particulier qui vient se renseigner dans un club informatique avant de procéder à un achat de matériel ou de logiciel devrait pouvoir y trouver une information objective, complètement dégagée des préoccupations mercantiles. Ainsi, on devrait lui apprendre qu'il peut désormais faire l'économie des systèmes opérateurs coûteux qui sont installés à l'avance dans presque tous les ordinateurs de marque et lui faire savoir que cette pratique est abusive et parfaitement illégale, car la vente groupée est interdite par la législation française comme par la législation européenne. On devrait ajouter qu'à la place, et pour un coût nettement moindre, il a parfaitement le droit d'exiger du vendeur l'installation d'un système opérateur libre, configuré et prêt à l'emploi. On devrait enfin lui préciser qu'en cas de refus, il lui reste toujours la possibilité de déposer une plainte... ou de changer de boutique. Dans un club indépendant de toute préoccupation commerciale, il me semble en outre que l'initiation des débutants devrait se faire de préférence avec un système libre et gratuit, dès lors qu'il en existe désormais qui sont parfaitement au point, et non avec un système commercial inutilement coûteux qu'il ne nous appartient en aucun cas de promouvoir. D'ailleurs, il faut souligner que la base des connaissances acquises avec un logiciel libre reste parfaitement valable pour tout autre système, gratuit ou payant, et que le choix d'acheter un autre système en remplacement ou en complément devient alors une décision toute personnelle que le Club n'à pas à connaître. En tant que contribuable, enfin, je ne peux qu'approuver les récentes initiatives destinées à favoriser l'utilisation des logiciels libres dans l'Administration. Je pense notamment aux prises de position du ministre de l'Education Nationale qui, il y a un an déjà, signait une convention de coopération avec l'AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres); ou au ministère de la Culture qui vient de décider de faire passer ses 5500 postes informatiques sous Linux; ou encore à la proposition de loi du sénateur des Alpes-Maritimes Pierre Laffitte, qui vise à rendre obligatoire l'utilisation de logiciels libres par l'Administration. Entre autres avantages, une telle loi permettrait à l'État de réaliser de substantielles économies, car il n'aurait plus à payer une licence pour chaque logiciel sur chaque ordinateur, et il éviterait une dépendance pleine de risque vis à vis de systèmes conçus à l'étranger, dont la fiabilité est plus que douteuse et la sécurité quasiment inexistante. En conclusion, j'espère qu'à la lumière de ce qui précède, vous voudrez bien m'accorder la faveur de vous rencontrer, et je vous en remercie à l'avance. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma considération distinguée.