Bonjour,

Très longue réponse avec quelques considérations qui peuvent apparaitre comme 
très techniques, désolé, mais je ne sais pas expliquer les choses autrement 
(pour ce cas précis).
Pour ceux qui veulent aller vite aller tout de suite à la fin :)

La problématique liée à cette exception "droits d'auteur" n'est pas lié à la 
labellisation et je crois qu'il y à une confusion importante sur le rôle de ces 
cas particuliers.
Armony dit que dans le cadre d'une labellisation il faut "tout respecter" oui 
MAIS ce cas particulier "droit d'auteur" n'interdis pas de faire des copies 
modifiées.
Si un site se présente au label avec des copies modifiées sans autorisation des 
ayants droits ou à contrario de clauses restrictives que le propriétaire aurait 
signées c'est son problème, le label sera attribué, point barre !
Ce cas particulier rends le critère NA, il n'interdis rien, n'autorise rien, ne 
préconise rien, on ne fait que constater que, faute de connaitre les conditions 
d'utilisation, on ne peut ni invalider, ni valider.
La décision est donc remise à la seule responsabilité du propriétaire du site, 
il le fait tant mieux, il le fait pas tant pis, c'est pour ça que je ne 
comprends pas bien ta position, ce qu'on dit simplement c'est que dans ce cas 
précis le critère n'est pas "décidable" puisqu'il faudrait préalablement 
connaitre la position et la décision prise.

Certes la "mesure" de l'access échappe ce cas (qui ne seras donc pas identifié 
formellement comme "inaccessible") et c'est sans doute ce qui chagrine certains 
experts avec raison, dont un collègue top niveau (qui se reconnaitra) qui 
relève que cela ne favorise pas ceux qui font des efforts. 

Je suis parfaitement d'accord avec ça, mais, dans mon esprit le compromis est 
acceptable pour lutter contre deux problèmes importants (de mon point de vue).

- Le premier problème concerne la robustesse du référentiel qui doit tendre à 
donner le même résultat face au même problème  (sinon ce n'est plus un 
référentiel c'est une liste de bonnes pratiques).
Si on était dans dans une perspective de mesure absolue on pourrait évaluer la 
robustesse du référentiel en utilisant des outils statistiques, notamment la 
variance, la sensibilité et la spécificité qu'on utilise pour qualifier des 
algos de détection par exemple. Pour faire court la variance mesure la 
distribution d'un échantillon autour de valeurs de références et le couple 
sensibilité/spécificité mesure la performance d'une détection via les rapports 
faux négatifs (sensibilité) et faux positifs (spécificité)

Pour faire plus trivial dans notre domaine on essaye de faire en sorte que deux 
audits menés dans les mêmes conditions mais par deux personnes différentes 
donne les mêmes résultats.

Nous avons un premier soucis avec les critères liés à la pertinence qui peuvent 
donner des résultats différents selon les conditions de mesure.
Cette variance semble néanmoins acceptable (sinon ces critères seraient 
ingérables). Dans les faits elle est relativement peut active car elle est liée 
à la présence d'information et pas à leur nature. Autrement dit dans une 
alternative d'image porteuse d'information si je vérifie la présence des 
informations essentielles le critère est validé, même si d'autres informations, 
elles même peut pertinentes sont également présentes.

Le poids de cette problématique  même si cela n'a jamais été vraiment mesuré 
est estimé suffisamment faible pour qu'on considère que deux audits donnent des 
résultats suffisamment similaires.

On a ensuite un autre soucis c'est lorsque des conditions particulières ne 
permettent pas d'effectuer la mesure. Soucis pris en charge via des cas 
particuliers qui échappent l'application du critère.

A ce stade (variance faible et mécanisme échappant les cas non mesurables) on 
obtient bien un niveau de robustesse suffisant pour que les audits donnent des 
résultats suffisamment similaires, ce qui est un point capital pour son 
utilisation (automatisation, implémentation, recette, AMOA, contrôle qualité...)

Et cela milite fortement pour que les cas particuliers soient uniquement 
consacrés à la prise en charge des conditions qui ne permettent pas la mesure. 
Donc à ce stade pas d'exception "droit d'auteur" et je dirais même surtout pas, 
quelque soit les conditions si on peut mesurer la présence ou la pertinence 
d'une alternative il faut le faire.

- Le second problème est beaucoup moins technique mais tout aussi important :  
via les cas particuliers précédents et l'estimation d'un effet "faible" sur la 
variance due à la pertinence on obtient un référentiel suffisamment sensible 
(peut de faux négatifs) et suffisamment spécifique (peut de faux positifs). 

Mais que se passe-t-il lorsque les conditions de la mesure (e.g de l'évaluation 
dans notre jargon) ne sont pas prévisibles parce qu'il existe, au moins, une 
condition qui entre en conflit avec la règle de mesure (on dit que le test 
devient "non décidable").

Dans ces cas là il y a deux solutions : soit on greffe des mécanisme externes 
soit on cherche à "supprimer" ces conditions au niveau du critère lui-même.

WCAG à choisi, par exemple de greffer un mécanisme externe (conformité 
partielle), RGAA à fait de même et c'est généralement l'option majoritairement 
choisie.

AW propose un mécanisme un peu différent qui consiste à implémenter un 
mécanisme interne (au niveau du critère) chaque fois que c'est possible et de 
ne pas implémenter de mécanismes externe, raison pour laquelle il n'existe pas 
de notion de "déclaration de conformité partielle" dans le référentiel dont 
l'objectif est exclusivement de mesurer l'accessibilité lorsque les conditions 
de mesure sont réunies (modulo la mécanique expliquée plus haut).

Par exemple avec WCAG et RGAA on va  planter des critères et expliquer ensuite 
que, via la conformité partielle, ces NC ne sont pas à traiter.
Dans AW tous les problèmes "connus" qui ne sont pas à "traiter" doivent être NA 
et les problèmes "inconnus" doivent se gérer par l'encadrement de l'audit et 
pas par l'audit lui-même qui ne peut pas "techniquement" le faire.

Ces deux approches sont similaires et devraient, in fine, donner des résultats 
identiques. En revanche la première approche à un effet qui peut être "pervers" 
car dans le cas où la personne qui audite ne veut pas, ne peut pas ou ne doit 
pas utiliser le mécanisme externe que fait-elle ? : elle outrepasse la règle de 
mesure et va rendre NA, C ou NC un critère alors qu'elle ne devrait pas le 
faire.

On se retrouve donc avec des mesures de critères qui peuvent apparaitre comme 
"anormales" et un rewiever par exemple ne va pas comprendre pourquoi tel 
critère est C alors qu'il ne devrait pas l'être (manque de sensibilité), tel 
autre NC ou NA alors qu'il ne devrait pas l'être (manque de spécificité).

Reprenons notre cas du droit d'auteur : via les mécanismes assurant la 
robustesse je devrais invalider une vidéo sans sous-titre dans tous les cas. 
Mais si cette dernière est protégée par un contexte juridique, je dois, pour 
faire la mesure, connaitre la décision prise :

- si la décision est de traiter quand même cette vidéo pas de soucis 
le critère est applicable : l'audit peut se 
ballader où il veut être fait par n'importe qui, il aura toujours le même 
résultat.

- mais en revanche, si la décision est de ne pas la traiter, le statut est au 
mieux NA (au pire Conforme lorsque le NA n'est pas géré) et cela peut entrainer 
de multiples problèmes puisqu'on se retrouve avec une mesure "anormale" vis à 
vis de la mécanique du critère.

Exemple de problème : l'audit est recetté sans que la condition particulière 
soit connue, l'opérateur arrive sur la vidéo, il constate le NA, pour lui c'est 
"anormal", il n'y a rien dans les conditions de mesure qui justifie ce statut,  
il ne peut donc que supposer que la vidéo n'était pas là lors du premier audit 
ou qu'il s'agit d'une "erreur" de la première phase d'audit, il redresse donc 
le critère et le repasse à NC, le process n'est pas fameux et peut robuste.

Autre problème : le contenu est audité par deux opérateurs différents sans 
qu'aucune indication de décision ne soit donnée, le premier opérateur par 
"expérience" ou par anticipation d'une "impossibilité juridique" mesure le 
critère NA, le second s'en tenant strictement à son rôle mesure le critère à 
NC, de nouveau on a un problème de robustesse.

Je pourrais multiplier les exemples de ce genre par exemple sur un contenu NA 
qui entre deux phases d'audit devient NC parce que les conditions ou les 
décisions changent sans que la "mesure" en ai connaissance.

Maintenant si j'ai ce cas particulier "droit d'auteur", dans tous les cas le 
critère reste à NA, quelque soit les conditions, le nombre d'intervenants, les 
processus de gestion etc etc, j'ai une mesure robuste.

Maintenant il est vrai, j'en conviens, que par voie de conséquence la vidéo 
non-traitée ne sera pas identifiée comme "non accessible", finalement ce n'est 
pas si grave, car si la décision prise est de traiter cette vidéo elle sera 
accessible, si la décision prise est de ne pas la traiter, peu importe qu'elle 
soit identifiée comme "non accessible" puisqu'on va considérer à ce moment là 
qu'il est "impossible" de la traiter.

Il y a d'autre raisons liées à la "complétude" du critère par exemple comment 
gérer ce critère avec un mélange de contenu fournis par le propriétaire et de 
contenus ajoutés par la plateforme de diffusion (pour le cas des vidéos ?) dans 
ce genre de cas il est impossible de faire tourner le critère, il est forcément 
NC si les informations ajoutées doivent être traitées, mais je n'ai 
malheureusement pas le temps de m'étendre là dessus, j'y reviendrais quand je 
pourrais.

Voilà une des raisons pour laquelle je milite pour maintenir ce cas 
particulier, cela dit, au delà de la décision de BrailleNet c'est surtout pour 
le moment une décision établie via un consensus des experts référents, la phase 
de validation des propositions va débuter donc nous verrons l'état du consensus 
après cette intéressante discussion.

Il y a d'autres raisons, notamment de considérer que ce cas particulier 
favorise la démarche d'accessibilité en ne mettant personne dans l'hypothèse de 
refuser l'accessibilité au prétexte qu'on demande des choses impossibles mais 
le temps me manque pour argumenter là dessus comme pour expliquer pourquoi il y 
a un focus particulier sur le multimédia (auquel il faut quand même rajouter 
les documents en téléchargement !) et pourquoi cela n'apparait pas, comme tu le 
souligne de manière générale.

Je complète ma logorhée dés que possible.

JPV

















De : ACS Horizons - Armony ALTINIER <[email protected]>
Date : 2 décembre 2011 09:58
Objet : Re: [Liste GTA] Re : Re : Un site appartient au prestataire qui l’a 
conçu
À : [email protected]


Coucou Jean-Pierre (et tous) ! :) [sourire]

Petites réponses succinctes dans l'ordre :

Concernant le 
principe d'exception d'accessibilité pour cause de droit d'auteur et son
 extension dans une version AccessiWeb 2.3 :
J'ignorais en effet qu'il n'y aurait pas de révision ultérieure du 
référentiel. Ma remarque devient donc plus théorique que pratique du 
coup. 

Sur le plan logique toutefois, je persiste et signe : si 
on veut être cohérent, je ne vois pas en quoi on peut tolérer une 
exception pour du multimédia et pas pour d'autres choses placées sous le
 droit d'auteur, tel que le code. Où met-on la limite ? Sur quels 
fondements ?

Bref, cette exception, c'est un peu "la porte ouverte à toutes les fenêtres" ! 

Concernant le risque juridique existant pour cause de discrimination, je te 
cite [je coupe certains extraits] :

Jean-Pierre écrit : 
>
>si je dis à mon client qu'il peut prendre le risque de produire une 
copie modifiée en tablant sur l'absence de jurisprudence sur deux 
dispositions légales contradictoires, la réponse sera simplement : Niet 
et, par effet d'escalier dans beaucoup de cas l'abandon ou le report de 
l'ensemble du projet.
>

 [...]


Jean-Pierre poursuit : 
>de mon coté la réponse 
[quand je présente les deux risques juridiques] oscille entre non non non et 
wait and see. Et de ton coté ça donne quoi ?
>

Ben
 alors, c'est très étonnant, mais je n'ai pas DU TOUT la même 
expérience. Mais cela tient sans doute au fait que je n'ai jamais 
travaillé avec des clients qui visaient une labellisation, ce qui doit 
être ton cas. J'ai travaillé seulement avec des personnes qui 
souhaitaient simplement améliorer l'accessibilité de leur site, soit 
pour communiquer (les "opportunistes", souvent du service comm'), soit 
pour "respecter la loi" (les "inquiets", qu'il est facile de rassurer et
 d'encourager), soit pour bien faire (les "volontaristes" où le gros de 
la sensibilisation consiste à faire accepter qu'on ne peut pas tout 
faire d'un coup et qu'il vaut mieux y aller par étape et sur le long 
terme, et à faire preuve d'indulgence vis-à-vis des collègues et 
prestataires qui n'ont pas le même niveau de connaissance. Mais ça passe
 généralement très bien et c'est toujours très agréable de travailler 
avec eux). Je pourrais écrire tout un roman là-dessus, mais je vous 
épargne cette digression :) [sourire]

Du coup, je ne présente jamais les choses en disant "il faut tout 
respecter" mais en disant qu'un référentiel est un outil qui doit aider à
 prendre des décisions pour une meilleure accessibilité. 

Et quand il s'agit de sous-titrer une vidéo, même si je parle de la 
question de droit d'auteur, je mets sur le même plan l'obligation 
d'accessibilité en disant que quel que soit le choix il y a un risque 
juridique puisque c'est contradictoire. Mais ça n'a jamais tilté 
là-dessus. Les deux seuls arguments que j'ai fréquemment rencontrés sont
 le manque de temps pour le faire soi-même ou le manque de budget pour 
externaliser. Bref, un manque de moyen, auquel je m'efforce de trouver 
des solutions.


Jean-Pierre écrit : 
>Entretenir l'illusion qu'on peut tout faire est la raison principale de 
l'échec de toutes les politiques lié au handicap, en france comme 
ailleurs.[...] Mais bon je
 serais enchanté d'échanger avec toi sur ce sujet et tu verra qu'on 
tomberas sans doute
 très vite d'accord :)
>
Avec grand plaisir ! Mais je crois qu'on est déjà d'accord ;) [clin d'œil] 


Jean-Pierre écrit : 
>
>Je ne suis absolument pas dérangé de ne pas produire des copies 
modifiées de contenus protégés, si mon client ne veut pas le faire, si 
cela me donne l'occasion de faire le reste, je trouve que c'est un bon 
deal, nous verrons plus tard quand il aura assimilé tout ce qu'il est 
possible de faire et que ca deviendras habituel donc acceptable.
>
Là je suis d'accord. 

Si mon client vise une labellisation, effectivement il faudra qu'il se 
conforme strictement au référentiel. Mais s'il veut simplement faire de 
l'accessibilité, ce n'est pas nécessaire. Et ce n'est pas non plus 
nécessaire pour respecter la loi (article 47 j'entends). Je commence à 
me dire que tout notre désaccord concerne finalement plutôt l'objectif 
de labellisation, dont je ne fais jamais un enjeu mais que tu dois 
davantage rencontrer.

Si le droit d'auteur est un point de 
blocage, il faut s'adapter et ne pas forcer pour avancer sur le reste. 
Mais c'est la même chose pour la refonte graphique. Si mon client ne 
veut pas du tout revoir son superbe menu blanc sur fond jaune, très 
insuffisamment contrasté, je ne vais pas me braquer et lui proposer 
plutôt d'avancer sur le reste dans un premier temps. Quand on se 
connaîtra mieux et que la sensibilisation aura progressé, je reviendrai 
en douceur pour voir si on ne peut vraiment pas faire une petite modif. 
C'est l'art de la négociation, et dans le métier de conseil (en 
accessibilité comme ailleurs), il est important de savoir faire preuve 
de souplesse.

Là où je ne suis pas d'accord, c'est d'inscrire cette "peur", non 
fondée juridiquement puisque le débat n'est pas tranché, dans un 
référentiel qui doit donner la voie pour faire accessible. Inscrire une 
impossibilité technique dans un cas d'exception, oui. Inscrire une "éventuelle" 
interdiction juridique, non et trois fois non.


Jean-Pierre écrit : 
>
>Tu peux considérer que choisir de limiter le risque juridique lié au 
droit d'auteur est un acte politique, sur cette base là ces cas 
particuliers seraient alors une politique de dialogue et de compromis en 
opposition à une politique de combat et de confrontation.
>
Je suis favorable aux cas particuliers. Et oui, en effet, ça permet 
des compromis. Mais le choix qui a été fait, et il s'agit bien d'un 
choix en présence d'une législation contradictoire et en l'absence de 
jurisprudence, c'est de donner la priorité à la protection du droit 
d'auteur au détriment de la protection de l'accès à tous aux services 
sans discrimination (qui est tout autant protégé par la loi). Et ça, 
c'est un message très triste et tout bonnement incompréhensible (au sens
 étymologique) en ce qui me concerne.

Ça ne va pas bouleverser ma pratique professionnelle, et je ne 
manquerai pas au cours de mes prestations (conseil et formation) de 
souligner le débat que nous venons d'avoir et de donner ma position et 
celle qui a été retenue par BrailleNet. Chacun étant libre de faire ses 
choix en son âme et conscience. Mais je regrette qu'une peur non fondée 
vienne être légitimée dans un référentiel technique censé aider les gens
 à prendre en compte l'accessibilité, au détriment de l'accessibilité 
réelle.


Jean-Pierre écrit : 
>
je considère qu'un référentiel technique chargé de rendre les choses 
les plus praticables possibles n'est pas l'arène idéale pour palier au 
manque de courage politique de ceux qui ont charge d'âmes.
>
Je suis d'accord sur le constat du manque général de courage politique (et je 
serais même encore plus sévère...), mais un référentiel technique 
doit répondre à la question : que faut-il pour permettre d'atteindre un 
bon niveau d'accessibilité ? Le droit d'auteur n'a absolument pas sa 
place là dedans, car ce n'est justement pas une question technique !  


Jean-Pierre écrit : 
>
>Pour tout le reste j'adore cette discussion :)
>
C'est toujours un plaisir d'échanger avec toi ! :) [sourire] 

Armony
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