Recu sur une autre liste. Je sais que �a n'a pas de rapport direct avec Lyx, mais comme je crois qu'il y a de nombreux scientifiques qui seront interess� � lire ce texte, je vous prie de m'excuser de l'envoyer.
Ceci dit, quand m�me une question. Comment saisir ou copier coller un fichier texte sous lyx sans avoir � le recopier � la main? Jean-Christophe Monnard ____________________________________________________________ DES LETTRES, DES ARTS ET DES SCIENCES INTERVENTION DE VICTOR HUGO A L'ASSEMBLEE NATIONALE EN 1848 � Personne plus que moi, messieurs, n'est p�n�tr� de la n�cessit�, de l'urgente n�cessit� d'all�ger le budget ; seulement � mon avis, le rem�de de l'embarras de nos finances n'est pas dans quelques �conomies ch�tives et d�testables ; ce rem�de serait, selon moi, plus haut et ailleurs ; il serait dans une politique intelligente et rassurante, qui donnerait confiance � la France, qui ferait rena�tre l'ordre, le travail et le cr�dit et qui permettrait de diminuer, de supprimer m�me les �normes d�penses sp�ciales qui r�sultent des embarras de la situation. C'est l�, messieurs, la v�ritable surcharge du budget, surcharge qui, si elle se prolongeait et s'aggravait encore, et si vous n'y preniez garde, pourrait, dans un temps donn�, faire crouler l'�difice social. J'ai d�j� vot� et continuerai de voter la plupart des r�ductions propos�es, � l'exception de celles qui me para�traient tarir les sources m�me de la vie publique et de celles qui, � c�t� d'une am�lioration financi�re douteuse, me pr�senteraient une faute politique certaine. C'est dans cette derni�re cat�gorie que je range les r�ductions propos�es par le comit� des finances sur ce que j'appellerai le budget sp�cial des lettres, des sciences et des arts. Je dis, messieurs, que les r�ductions propos�es sur le budget sp�cial des sciences, des lettres et des arts, sont mauvaises doublement. Elles sont insignifiantes au point de vue financier et nuisibles � tous les autres points de vue. Insignifiantes au point de vue financier, cela est d'une telle �vidence, que c'est � peine si j'ose mettre sous les yeux de l'assembl�e le r�sultat d'un calcul de proportion que j'ai fait. Je ne voudrais pas �veiller le rire de l'assembl�e dans une question s�rieuse ; cependant, il m'est impossible de ne pas lui soumettre une comparaison bien triviale, bien vulgaire, mais qui a le m�rite d'�clairer la question et de la rendre pour ainsi dire visible et palpable. Que penseriez-vous, messieurs, d'un particulier qui aurait 1500 francs de revenus, qui consacrerait tous les ans � sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste : 5 francs, et qui, dans un jour de r�forme, voudrait �conomiser sur son intelligence six sous ? Voil�, messieurs, la mesure exacte de l'�conomie propos�e. Eh bien ! ce que vous ne conseilleriez pas � un particulier, au dernier des habitants d'un pays civilis�, on ose le conseiller � la France ! Je viens de vous montrer � quel point l'�conomie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand. Ce syst�me d'�conomies �branle d'un seul coup tout net cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du d�veloppement de la pens�e fran�aise. Et quel moment choisit-on ? C'est ici, � mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commen�ant : quel moment choisit-on pour mettre en question toutes les institutions � la fois ? le moment o� elles sont plus n�cessaires que jamais, le moment o�, loin de les restreindre, il faudrait les �tendre et les �largir. Eh ! quel est, en effet, j'en appelle � vos consciences, j'en appelle � vos sentiments � tous, quel est le grand p�ril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la mis�re. L'ignorance qui nous d�borde, qui nous assi�ge, qui nous investit de toutes parts. C'est � la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des th�oriciens dans le cerveau des multitudes. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait � attaquer, � mutiler, � �branler toutes ces institutions qui ont pour but sp�cial de poursuivre, de combattre, de d�truire l'ignorance ! sur ce point j'en appelle, et je le r�p�te, aux sentiments de l'assembl�e. Quoi ! d'un c�t� la barbarie dans la rue, et de l'autre, le vandalisme dans le gouvernement ! Messieurs, il n'y a pas que la prudence mat�rielle au monde, il y a autre chose que ce que j'appellerai la prudence brutale. Les pr�cautions grossi�res, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des soci�t�s civilis�es. On pourvoit � l'�clairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait tr�s bien, des r�verb�res dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral et qu'il faut allumer des flambeaux dans les esprits ? Oui, messieurs, j'y insiste. Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est �trange � dire, n'est autre chose que l'exc�s des tendances mat�rielles. Eh bien, comment combattre le d�veloppement des tendances mat�rielles ? par le d�veloppement des tendances intellectuelles ; il faut �ter au corps et donner � l'�me. Quand je dis : il faut �ter au corps et donner � l'�me, vous ne vous m�prenez pas sur mon sentiment. Vous me comprenez tous ; je souhaite passionn�ment, comme chacun de vous, l'am�lioration du sort mat�riel des classes souffrantes ; c'est l� selon moi, le grand, l'excellent progr�s auquel nous devons tous tendre de tous nos voeux comme hommes et de tous nos efforts comme l�gislateurs. Eh bien, la grande erreur de notre temps, �a a �t� de pencher, je dis plus, de courber l'esprit des hommes vers la recherche du bien �tre mat�riel. Il importe, messieurs, de rem�dier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l'esprit de l'homme ; il faut, et c'est la grande mission, la mission sp�ciale du minist�re de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le d�sint�ress� et le grand. C'est l�, et seulement l�, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-m�me et par cons�quent la paix de l'homme avec la soci�t�. Pour arriver � ce but, messieurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier les �coles, les chaires, les biblioth�ques, les mus�es, les th��tres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'�tudes pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes, tous les �tablissements, tous les asiles o� l'on m�dite, o� l'on s'instruit, o� l'on se recueille, o� l'on apprend quelque chose, o� l'on devient meilleur ; en un mot, il faudrait faire p�n�trer de toutes parts la lumi�re dans l'esprit du peuple ; car c'est par les t�n�bres qu'on le perd. Ce r�sultat, vous l'aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un magnifique mouvement intellectuel ; ce mouvement, vous l'avez d�j� ; il ne s'agit pas de l'utiliser et de le diriger ; il ne s'agit que de bien cultiver le sol. L'�poque o� vous �tes est une �poque riche et f�conde ; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes ; ce qui manque, c'est l'impulsion sympathique, c'est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement. Je voterai contre toutes les r�ductions que je viens de vous signaler et qui amoindriraient l'�clat utile des lettres, des arts et des sciences. Je ne dirai plus qu'un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous �tes tomb�s dans une m�prise regrettable ; vous avez cru faire une �conomie d'argent, c'est une �conomie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignit� de la France, et je la repousse pour l'honneur de la R�publique. � V.H.
