Comme au bon vieux temps du système déchu, le CMJD s'est appuyé sur 
des juristes assez futés pour dénicher dans notre arsenal juridique, 
les failles qui permettraient au pouvoir en place de tirer sur lui 
toute la couverture. On se demandait par quel mécanisme, les 
militaires qui ont pris goût au pouvoir, allaient se 
maintenir «légalement» au pouvoir. L'idée d'une prolongation de la 
transition sous la pression de la rue, scénario assez débile pour 
convaincre l'opinion internationale, fut jugée trop tirée par les 
cheveux. L'équation reposait sur un postulat juridique imparable, 
qui permettrait d'une part au pouvoir en place de se conforter dans 
son «légalisme» et d'autre part, lui assurer une continuité, sans 
égratigner le droit. Or, il se trouve que dans l'euphorie de tout ce 
qui a précédé le 3 août 2005, l'opinion nationale, notamment les 
forces politiques et les juristes d'une manière générale, n'ont pas 
pris assez de temps pour revoir la Constitution et étudier en 
profondeur ce qui pouvait entraver la bonne marche d'une 
transmission tranquille du pouvoir. L'article 26 (nouveau) de la 
Constitution, reprenait ainsi les dispositions relatives à 
l'élection du Président de la République à la majorité absolue. 
Comme il n'y a jamais eu de deuxième tour dans une élection 
présidentielle en Mauritanie, le président sortant se faisant élire 
toujours au 1er tour avec une majorité confortable quel que soit le 
nombre de candidats, la question n'a jamais été posée auparavant. Et 
il a fallu la trempe des constitutionnalistes du régime, à l'image 
de Mohamed Lemine Ould Dahi, directeur de cabinet du Président du 
CMJD, pour que la faille soit trouvée. Ainsi, au cas ou aucun des 
deux candidats au deuxième tour, n'obtiendrait la majorité absolue 
de 50 + 1%, on rentrerait, comme l'a si bien dit, Ely Ould Mohamed 
Vall, «dans une autre situation juridique». Un appel, ou une pré 
campagne, pour le vote blanc est ainsi lancée que les partisans 
d'une prolongation de la transition n'hésiteront pas à saisir au 
vol. L'opération est si facile que le vote d'une seule tribu en 
Mauritanie permettrait facilement de réaliser le scénario souhaité. 
Rien n'empêche dès lors Ely de soutenir avec force que «la 
transition ira jusqu'au bout ». Jusque-là, les militaires ont  
rempli le contrat qui les lie à leurs compatriotes et à la 
communauté internationale. Ils ont révisé la Constitution, organisé 
des élections libres et transparentes et peuvent tout aussi 
sereinement boucler la boucle avec les élections présidentielles du 
11 mars. Point à la ligne. Maintenant, rien ne les oblige à ce que 
les Mauritaniens ne refusent de se prononcer en faveur des 
candidats, car avec leur bulletin nul, ils peuvent réécrire 
l'histoire d'une transition renouvelée. Qui dit mieux ?
Une seule chose reste à faire pour la classe politique ainsi que 
tous ceux qui tiennent à mettre un terme à la soif éperdue des 
militaires à se cramponner au pouvoir : introduire une saisine 
auprès de la Cour constitutionnelle pour que l'équivoque d'une 
majorité absolue au deuxième tour, soit définitivement levée. Et 
vite.
Cheikh Aïdara



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