Elections   

     Déclaration de candidature de josé Bové aux élections Présidentielles  
jeudi 1er février 2007 

    La France n’a jamais été aussi inégalitaire.
  Un grand patron gagne 300 fois ou plus qu’un smicard. Les plus riches 
désertent leur devoir fiscal quand 100.000 personnes dorment dans la rue. Les 
stocks-options récompensent les licenciements boursiers.
  Il est temps de mettre fin à un système qui entraîne la grande majorité des 
salariés vers la précarité et l’insécurité sociale. Il est temps de décréter 
l’insurrection électorale contre le libéralisme économique.
  Plusieurs dizaines de milliers de personnes m’ont proposé d’être candidat à 
l’élection présidentielle. J’ai décidé d’accepter que mon nom incarne, sur le 
bulletin de vote, la volonté commune de battre la droite et l’extrême droite et 
de redonner l’espoir d’une alternative à gauche. J’ai décidé d’accepter pour 
que continue le combat pour le rassemblement de toutes les forces de la gauche 
de la transformation sociale, solidaire, écologiste, antiraciste et féministe. 
Nous ne nous résignons pas à la division actuelle de ces forces. Nous voulons 
être le trait d’union entre toutes celles et tous ceux qui veulent que la vie 
change vraiment.
  Je ne suis pas le candidat d’un parti. Je ne suis pas un professionnel de la 
politique. Ma candidature est celle d’un rassemblement de forces et de citoyens 
issus du mouvement social, du monde syndical, de courants politiques et des 
associations de l’immigration qui aspirent à l’unité de cette gauche-là. Cette 
candidature est une candidature collective portée par de nombreuses voix.
  J’appelle aujourd’hui les élus communistes, écologistes, alternatifs, 
socialistes anti-libéraux à nous permettre, grâce à leurs parrainages, de 
participer à la campagne officielle.
  ***
  Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes 
et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des 
discriminations. Nous voulons leur dire que l’abstention ou le vote Le Pen 
conduisent tout droit à l’élection de Nicolas Sarkozy.
  Monsieur Sarkozy est un homme dangereux pour notre pays. Sous couvert de 
promesses multiples, son projet est d’aller encore plus loin dans la voie d’une 
logique économique qui favorise les plus forts et pénalise les plus faibles. Il 
est le candidat du MEDEF, du contrat précaire généralisé, du démantèlement 
progressif du code du travail et des services public, de la suppression de fait 
de l’impôt sur les fortunes, de l’insulte contre les jeunes des quartiers, du 
mépris contre les agents des services publics. C’est l’homme de la dissolution 
de l’État social et de sa transformation en l’État policier et carcéral. Cet 
ami de Blair et de Bush nous prépare une République communautariste et 
atlantiste.
  Nous voulons aussi défendre un projet et des solutions pour toutes celles et 
tous ceux
  qui souhaitent que la vie change vraiment. Nous voulons dire qu’une 
alternative est possible à celles et ceux qui ne croient plus à la gauche 
traditionnelle, qui se sont insurgés en votant massivement « non » au projet de 
traité constitutionnel européen, en se révoltant dans les quartiers populaires, 
en rejetant le CPE.
  Madame Royal incarne une gauche qui a renoncé. Face au social-libéralisme qui 
a conduit toute la gauche au désastre électoral en 2002, face au projet d’un 
parti socialiste autiste, qui manifeste un refus de rompre avec la logique 
économique libérale, nous voulons opposer une gauche de transformation sociale 
et, démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie 
gauche.
  ***
  Notre projet est le fruit d’une expérience et d’une réflexion menées par les 
militants et les acteurs du changement social. Il résulte d’un travail 
collectif sans équivalent qui a rassemblé toutes les composantes de la gauche 
antilibérale, Il n’est pas le résultat d’une approche technocratique qui vise à 
concilier les dures lois du profit avec un peu d’ordre juste. Nous voulons que 
les citoyennes et les citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à 
contrôler la transformation sociale. Notre programme est un outil à la 
disposition des électeurs et des électrices pour qu’ils se réapproprient 
l’exercice du pouvoir.
  Premièrement, nous voulons l’élaboration d’un plan d’urgence sociale. La 
réduction massive du chômage et de la précarité est une priorité, ce qui 
suppose de développer
  des activités utiles, créatrices d’emplois, d’imposer une stricte 
réglementation des licenciements et d’instaurer un système de sécurisation 
professionnelle tout au long de la vie. La revalorisation des minima sociaux et 
des bas salaires doit être accompagnée d’une fiscalité fortement progressive 
pour les hauts revenus afin de limiter les inégalités indécentes de revenus. 
C’est l’exigence de nouvelles relations dans le travail et de nouveaux droits 
sociaux que nous voulons porter. C’est la nécessité de lutter contre la 
spéculation financière et de contrer la puissance de l’actionnariat.
  Deuxièmement, nous voulons instaurer un nouveau modèle de développement. 
C’est à la redéfinition du type de croissance, de production, d’échange et de 
consommation qu’il faut s’atteler. Il faut s’attaquer à la toute puissance des 
firmes transnationales et des marchés financiers, car leur soif de profit et 
leur mépris de l’humanité mettent la planète en péril. La question du nucléaire 
comme celle des OGM doivent être soumises à un débat citoyen qu’il faut 
conduire et trancher démocratiquement, en toute transparence.
  Troisièmement, nous voulons que les millions de personnes qui vivent dans les 
cités de banlieues, dans les quartiers populaires – quelles que soient leurs 
origines et leurs croyances – ne soient plus considérés comme des sous-citoyens 
dans ce pays qui est le leur. Ils ont droit à la justice, à l’égalité et à la 
dignité. Il n’est pas acceptable que l’accès aux droits fondamentaux, à la 
santé, à l’éducation, à l’emploi, au logement leur soit restreint, et que la 
seule réponse aux problèmes qu’ils rencontrent soit celle de la répression 
policière et sécuritaire qui aboutit souvent, en toute impunité, à des 
violences, voire des morts.
  Quatrièmement, nous réaffirmons que tout être humain, parce que c’est un être 
humain, doit être reconnu dans son humanité, Nous refusons qu’on continue de 
priver un être humain de sa dignité en le privant de papiers.
  Cinquièmement, la transformation démocratique et sociale exige d’en finir 
avec le régime de la Ve République. C’est la démocratie toute entière qui doit 
être vivifiée. Nous voulons une nouvelle République laïque, ouverte sur la 
société telle qu’elle est, ouverte sur le monde, une démocratie politique, 
sociale et citoyenne qui élargisse le socle des droits fondamentaux, à 
commencer par les droits sociaux.
  Sixièmement, dès 2007, dans la cohérence avec le « non » du 29 mai 2005, nous 
entendons que la France propose la refondation de la construction européenne 
sur des bases démocratiques et sociales. Nous demandons la fin des traités 
existants et nous proposerons un nouveau texte fondateur. Nous n’accepterons 
pas que la nouvelle politique qui aurait été choisie par notre peuple soit 
interdite par les décisions européennes. La présidence française de l’Union, au 
second semestre 2008, est l’occasion de porter plus largement l’exigence d’un 
tel changement.
  Septièmement, nous nous engageons à pratiquer l’équité pour les départements 
et territoires d’outre-mer et leur laisser le choix de l’autodétermination,
  Huitièmement, nous voulons, avec tous les peuples qui souffrent, combattre et 
faire reculer les politiques de libéralisation qui favorisent la guerre 
économique, l’exacerbation des concurrences, les privatisations et les 
déréglementations. Nous mettrons fin à la capacité de nuisance des institutions 
(Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, Organisation Mondiale du 
Commerce) qui renforcent les inégalités et provoquent des souffrances à 
l’origine de guerres. Nous défendrons le droit à la souveraineté alimentaire et 
le libre accès pour tous aux biens communs de l’humanité dont l’eau.
  Enfin, parce que les femmes assument de multiples responsabilités, au 
travail, à la maison, vis-à-vis des enfants et des proches dépendants, parce 
qu’elles sont majoritaires parmi les chômeurs, les précaires et les bas 
salaires, nous voulons qu’elles soient les premières bénéficiaires de 
l’amélioration de nombreux services publics, de la priorité accordée à un 
service public de la petite enfance et des mesures contre le chômage et la 
précarité. L’objectif de l’égalité entre les femmes et les hommes doit être 
poursuivi dans toutes nos décisions, Il est grand temps d’en faire une réalité.
  Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition de mettre 
fin au dogme économique libéral.
  Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition d’assumer 
une véritable transformation sociale.
  Ce que nous souhaitons est possible, ici et maintenant, à condition que nous 
nous rassemblions, dans l’unité, pour faire avancer la gauche alternative, 
écologiste, antiraciste, féministe et solidaire.
  José Bové,
  St Denis, 1 février 2007


                
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