Le Fuuta: de la Revolution Tooroodo à la Revolution Yarimaayo.

Un des faits marquants de la Revolution futanke demeure sans doute 
la fin du Muudo Hormo. Les griots futanke insistent beaucoup plus 
sur cette phase que sur celle ayant conduit à la fin de la 
domination maure sur le Fuuta. 

La Revolution futanke est une suite logique du Congres de Fugumba au 
Fuuta Jalon et la theocratie SiisiiBe dand le Bundu. 

Un autre fait que les populations locales ont retenu de la 
Revolution de 1776, est le retour à une observance plus stricte de 
la religion musulmane. Mais il faut aussitot signaler que les 
Tooroodo ne furent pas les seuls auteurs de la Revolution 
contrairement à ce que pense la plupart de la negraille. En effet, 
les pioniers de cette revolutions viennent de background tres 
divers. Je dois meme ajouter que la Revolution de 1776 est d'abord 
un mouvement populaire né de la frustration populaire et teleguidée 
par les Ulemas du Fuuta. Ces Ulemas sont originaire de toute cette 
bande de terre entre Saint Louis et Bakel 

Il faudra aussi rapeller que même lorsque la plupart des Africains 
ont embrassé les religions dites révélées, les mentalités ont peu 
évolué. Les Africains, pour ce qui est du cas de la religion venue 
de l'Arabie, sont restés fermés au substrat pré-islamique et ont 
ajouté à celui-ci les bases de la nouvelle religion. Ce que J.Cuoq 
dit : "l'Islam s'est africanisé et l'Afrique s'est islamisée". Et 
dans ce système de troc, chacun a gardé sa base intacte. Voila 
pourquoi, les différentes tentatives de création de théocraties en 
Afrique ont lamentablement échoué. L'élite politique s'est convertie 
à l'Islam pour une raison politique. Au Ghana, le roi à continué à 
adorer les divinités locales tout en construisant des mosquées et au 
Fuuta, les Satigi étaient loin de pratiquer l'Islam selon 
l'orthodoxie. C'est justement pour ramener le Fuuta à une observance 
plus stricte de la religion musulmane que Suleyman Baal a initié la 
Révolution de 1776. 

Mais déjà, vers 1674, Nasr El Din avec le Mouvement Zawiya lançait 
la même campagne contre les tribus Hassan du Brakhna et du Trarza. 
Ce sont ces tribus qui ont imposé au Fuuta e Kummbaaru le Muuda 
Hormu. L'Afrique de l'ouest ne fût pas seulement une plateforme 
expérimentale de la forme étatique du pouvoir, elle fût aussi le 
laboratoire de la première tentative d'instauration d'une théocratie 
en Afrique avec les SiisiiBe de Suyumma dirigés par El Hadj Malick 
Sy. 

Celui-ci n'est pas à confondre avec celui de Tivaoune même s'il 
s'agit des branches d'un même arbre. Pour certains, l'arbre en 
question est Shamsiddin. Nous ne partageons pas cette ligne mais tel 
n'est l'object de notre reflexion. Pour revenir à notre fil de 
raisonnement, Siyumma, jadis un village, est devenu aujourd'hui un 
quartier de Podor. C'est donc des SiisiiBe partis de cette 
localité,qui ont traversé le Lowre pour créer dans le Bundu la 
première théocratie en Afrique. Lowre etait le refuge de tous les 
dechus de pouvoir. L' Etat théocratique de Bundu va être le point de 
ralliement des intellectuels africains. C'est dans ce cadre que des 
AlmuBBe ou étudiants coraniques et des marabouts ont quitté le Fuuta 
Jalon pour répondre à l'appel du Bundu. L'Ecole de Bundu devint 
ainsi le phare religieux pour le reste de la sous région. 



De retour dans leur contrée, les éléments du Fuuta Jalon, s'étant 
inspirés du cadre bundu, ont organisé le Congrès de Fugumba qui 
accouchera d'une autre théocratie en 1776. C'est au même moment que 
Suleyman Baal lance sa tentative de regroupement des Uléma du Fuuta 
Tooro sous la même bannière pour lutter contre le pouvoir des 
DeyniyankooBe et leur collision avec les Hassaaniin de Trarza et de 
Brakhna. Deux raisons majeures justifient la lutte contre les 
DeyniyankooBe. D'abord les faire ramener à une observance plus 
stricte de l'Islam et ensuite lutter contre l'état de léthargie dans 
lequel était tombé le pouvoir deyniyanke au point d'accepter le 
Muudo Horma. Le muudo hormo est un tribut que le Fuuta, sous la 
deynikenkooBe des Sawa Laamu, avait accepté de payer au Hassaaniin 
pour bénéficier de leur soutien militaire et se maintenir ainsi au 
pouvoir face à des populations de plus en plus frustrées. Il faut 
aussi mentionner que le pouvoir deynikanke n'observait pas à la 
règle les précepts islamiques. Ce qui est logique et compréhensible 
puisque le pouvoir deyniyanke tire ses forces et sa légitimité d'un 
substrat pré-islamique. C'est ce même phénomène qui se produisit au 
Gana. Voila pourquoi l'acceptation de l'islam était plutôt une 
nécessité politique, un maquillage pour se maintenir au pouvoir et 
diriger des populations de plus en plus profondément islamisées.

Une erreur commune aujourd'hui est de penser l'Afrique d'avant-
Berlin comme une continuité de l'Afrique post-Berlin. Les frontières 
actuelles sont plutôt une forme d'assassinat colonial d'une unité 
culturelle. Ceci est si vrai que lorsque El Hadj Omar Taal a quitté 
le Fuuta Tooro pour le Fuuta Kingui, il n'avait pas demandé de visa. 
Et Osman Dan Fodjo ne demanda pas de visa pour aller à Kano au 
Nigeria actuel et Koli Tenguela ne demanda pas de permission pour 
aller en Guinée actuelle et plus tard au Fuuta, Ahmadu Bamba pareil 
et El Hadj Malik Sy ne demanda jamais l'autorisation des BundunkooBe 
pour s'installer sur ces terres. Le Mali de Kankan Musa inclut le 
Sénégal, la Mauritanie, la Guinée etc.. . Le royaume de Gana inclut 
la Mauritanie, le Mali etc... et pareil pour le royaume Tekrur. 
Bref, l'hospitalité et la liberté de circulation sont des héritages 
africains et ont précédé la colonisation.

Il est important ici de souligner que le Fuuta de cette époque va 
bien au delà de cette bande de terre actuelle. La capitale du 
royaume de Fuuta était dans le bassin de Gorgol. Et il faut aussi 
souligner que nous sommes à une époque où le pouvoir était trop 
centralisé et les moyens modernes de communication inexistants 
rendant ainsi le service aux populations très inefficaces. C'est, 
d'une part, pour remédier à cela que la capitale va être transposée 
sur des zones qui permettront aux populations de bénéficier au même 
accès au pouvoir. L'autre raison est stratégique; il fallait 
éloigner la capitale, centre du pouvoir de décision, loin de la 
menace hassaan.

Pour revenir au fil de notre raisonnement, il faut dire qu'avant le 
muudo hormo, ce sont les populations hassan et arabes qui payaient 
le Muudo Asru qui voulait dire qu'elles acceptent qu'elles sont 
invitées sur le territoire qu'elles habitent et que leur droit sur 
ces terres se limitait au minimum. C'est donc suite à renversement 
politique que les règles du jeu ont changé. C'est donc pour mettre 
fin aux exactions hassaan et au régime denniyanke, leurs protégés, 
que Suleymaan Baal a initié son projet de renversement de régime. 
Puisque les DenniyankooBe avaient pour soutien les Hassaan, les 
marabouts de Fuuta, sous leur leader Suleymaan Baal, vont chercher 
et obtenir le soutien des Zaawiiya. Deux (2) camps se formèrent: 
Zaawiiya + Marabouts et Hassaan + régime deyniyankooBe. Et si 
Suleyman Baal a réussi à mettre fin au Muudo Hormo, il appartiendra 
à son successeur Abdul Kader Kan de continuer la résolution du 
second point: la chute du régime en place et l'instauration de 
l'Almamat. La mission fût difficile et à la longue impossible par 
manque de soutien et des complots répétitifs. Et après la 
disparition d'Adul Kader Kan, l'Almaamat comme forme de 
gouvernement, la sharia comme socle de l'Etat et le peuple comme 
voix s'effondrèrent comme un château de cartes. L'Almamat devient 
corrompu et pire que le pouvoir deyniyanke. Les JaagorBe 
s'imposèrent et le Fuuta retomba dans l'anarchie, rendant ainsi le 
territoire vulnérable à la colonisation. Un fait repris très souvent 
par Baaba Maal. C'est pour remédier à cela que Cheikh Umar Tall 
tentera une autre révolution au XIX siècle. Là aussi la tache fût 
impossible au Fuuta Tooro et incomplète au Fuuta Kingi où l'homme 
disparut. Au Fuuta Jalon et au Nord du Nigeria, les mêmes causes 
produisirent les mêmes effets.

Au cours de siecles, le movement de 1776 a fini par etre confondu 
avec les Tooroodo et surtout à Suleyman Baal and Abdul Kadir Kan. La 
longivité de la Revolution fut tres courte car les JaaggorBe ont 
fini par kidnapper le movement à leur benefice. Et depuis cette 
phase, le Fuuta a sombré politiquement. Il faudra attendre trois 
siecles plutard, pour voir emerger une autre Revolution, culturelle 
celle là. 

Cette Revolution fut l'oeuvre des Yarimaayo. Mais la question 
majeure est de savoir pourquoi la Revolution Yarimaayo de l'Ere 
moderne n'a pas eu la meme plublicité que la Revolution Tooroodo de 
1776? Il faut chercher la reponse dans trois directions; la premiere 
est que le Fuuta, dans son rejet du paganisme, a rejeté sa culture 
et les defenseurs de la cultures sont vus plutot comme des 
nostalgiques du Fuuta pre-islamique et de ce fait paiens. La seconde 
justification est à chercher dans la place qu'occupe le groupe 
precurseur de cette revolution dans la pyramide sociale futanke. La 
troisieme est que, partant de la deuxieme raison, les Yarimaayo ont 
choisi une revolution silencieuxe, le travail de fourmis. Les 
SubalBe ne furent pas simplement les pioneers de cette revolution, 
ils furent aussi les gardiens de la culture pulaar et les Pères et 
fondateurs ce mouvement. De Sammba Joop Leele, Ablay Ceenel., 
Gellaay Aali Fall, Murtudo etc… à la New Generation de Baaba Maal, 
Ndilaan, Maamuudu Jool, Aamadu Tijaani Njaay … les SubalBe ont été 
les " Oupouaout", les " Pathfinders" de la culture pulaar. Si le 
movement de 1776 etait surout politique et religieux, le mouvemnt 
des Yarimaayo fut d'abord culturel et ensuite politique. Sur la 
scene politique, les SubalBe ont surtout occupé les seconds rangs. 
Nous pensons que celà est moins une coincidence qu'un choix . En 
effet, il faut comprendre que les " mechanisms culturels sont plus 
puissants que les mechanisms politiques". C'est ce que ce groupe a 
compris.

La candidature de Ibrahima Saar à l'Election presidentielle de 2007 
est une suite logique dans la revolution culturelle. La quete du 
pouvoir politique est l'autre pan de cette revolution culturelle 
silencieuse, le couronnement d'un processus. Pour le Fuuta, cette 
candidature offre une chance unique de depasser le clan pour plutot 
adopter cette notion de Nation. Quant à Ibrahima Saar, il doit aller 
à cette Election non pas avec l'espoir de gagner, mais plutot avec 
l'espoir de representer l'esperance de tout un people.

Siikam Sy
Chief Editor
Free Speech Mauritania



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