L'ancien parti-État dans la tourmente
J.A L'Intelligent - 20 novembre 2005- par ABDALLAH BEN ALI


Affaiblie par un début d'hémorragie, la formation de l'ex-président
Ould Taya est aujourd'hui menacée par les querelles de leadership.

Le Parti républicain démocratique et social (PRDS) peut-il survivre à
son géniteur ? Trois mois après le renversement de Maaouiya Ould Taya,
la question est sur toutes les lèvres à Nouakchott. Car une forte
incertitude plane désormais sur le sort de la formation du président
déchu, qui a dominé pratiquement sans partage la vie politique
nationale depuis sa création, en 1991, au tout début du « processus
démocratique ».
L'ancien parti au pouvoir souffre d'abord de la désaffection d'une
partie de ses membres. Le 8 novembre, une cinquantaine d'entre eux ont
rallié le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d'Ahmed Ould
Daddah, principale composante de l'ex-opposition à Ould Taya. Avant
eux, des personnalités éminentes telles que l'ex-ministre Mustapha
Ould Abeiderrahmane et l'ancien maire de Nouadhibou Kassem Ould
Bellali avaient claqué la porte dès le lendemain de la chute de
l'ancien chef de l'État, entraînant dans leur sillage quelques
sections locales du parti.

Les dégâts auraient pu être limités si, à ce début d'hémorragie,
n'était venue s'ajouter une dévastatrice querelle de leadership au
sommet mettant aux prises « vieille garde » et « réformateurs » lors
du troisième congrès du parti tenu dans la capitale du 21 au 24
octobre dernier.

Les « réformateurs », grands perdants de cette grand-messe «
républicaine », ont accusé leurs « frères ennemis » d'avoir foulé aux
pieds les règles juridiques régissant le fonctionnement du parti.
Ainsi, les membres du gouvernement et du Parlement dissous,
congressistes de droit quand ils étaient en exercice, ont participé
aux travaux comme si de rien n'était. Ayant porté le contentieux
devant la chambre administrative du tribunal de Nouakchott, les
réformateurs obtenaient, le 28 octobre, la suspension de toutes les
activités de l'ancien parti-État. Trois jours plus tard, le même
tribunal ordonnait le gel des avoirs bancaires de la formation et la
saisie conservatoire de ses biens meubles et immeubles en attendant de
statuer sur le fond du litige. La stupeur passée, la partie adverse
réagissait en déposant des recours en annulation contre les deux
décisions de justice, obtenant gain de cause le 15 novembre devant la
cour d'appel.

Personne n'aurait imaginé un tel imbroglio politico-judiciaire il y a
un mois. À la veille de ses assises nationales, la formation de
l'ancien chef de l'État semblait en effet avoir réussi son
aggiornamento. Sa direction, rassemblée autour du secrétaire général
sortant Boullah Ould Mogueya, avait déclaré que la page du « Frère
Maaouiya » était tournée. Elle avait salué « le changement du 3 août »
et annoncé son appui aux réformes initiées par les nouveaux maîtres du
pays. Dans sa sévère autocritique, le parti avait quasiment fini par
épouser les griefs de l'ancienne opposition à l'égard de son fondateur
: exercice solitaire du pouvoir, vassalisation des institutions...

Au lendemain de la chute d'Ould Taya, alors que tout le monde
s'attendait à un éclatement rapide d'une formation dont le seul ciment
était l'autorité de l'ancien chef de l'État, les principaux dirigeants
du PRDS avaient gardé un semblant d'unité. Ceux qui appelaient de
leurs voeux une alternance politique à l'issue de la période de
transition ont d'ailleurs pu craindre un temps un retour à la case
départ.

Certes, le PRDS est usé par quatorze ans de gestion des affaires
publiques. Et, maintenant que l'administration est neutre, il pourrait
faire l'objet d'un vote sanction, à l'instar du FLN algérien, en 1990
et 1992, quand le président Chadli Bendjedid a coupé le cordon
ombilical entre l'État et l'ancien parti unique. Sauf que les deux
pays présentent des visages socio-politiques très différents. En
Mauritanie , ce ne sont pas les suffrages des militants d'un courant
politico-idéologique qui déterminent l'issue d'une bataille
électorale, mais ceux des membres d'une tribu, des originaires d'une
région ou des adeptes d'une confrérie. Or, comme l'a suggéré récemment
l'universitaire Zeinebou Bent Sidoumou en annonçant sa démission du
PRDS, l'ancien parti au pouvoir a réussi, durant les quatorze
dernières années, à sceller une alliance - fondée essentiellement sur
une communauté d'intérêts - entre une frange de la bourgeoisie d'État
et une partie considérable de la chefferie traditionnelle.

Les capacités matérielles du parti sont, de loin, supérieures à celles
que ses concurrents pourraient mobiliser. Sous cet angle, la crainte
d'un « retour à la case départ » devenait compréhensible d'autant
qu'une partie de la vieille garde du PRDS parvenait à peine à cacher
ses penchants pour la restauration du président déchu. C'était avant «
le congrès de la discorde » et le bras de fer judiciaire qui s'est
ensuivi ? Le PRDS s'en relèvera-t-il un jour ? En tout état de cause,
le parti qu'on qualifiait, naguère, à Nouakchott, de mammouth aura
sensiblement « dégraissé ».

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