Jai eu loccasion durant une courte visite dans la capitale fédérale américaine de rencontrer des compatriotes et de participer à des discussions, parfois intenses, sur létat de la Nation et les visions davenir. Jai été agréablement surpris par le niveau des discussions et le désir de chacun de se faire entendre à dessein dinfluencer et de peser sur lévolution des événements, découlant à mon avis dun sentiment partagé que quelque chose dintéressant et de réel est entrain de se passer dans notre pays.
Laspiration de justice a été sur toutes les lèvres. Justice sociale pour les descendants danciens esclaves qui ont été victimes dabus et de discriminations au fil des siècles, pour leur donner plus de chance dans la compétition que se livrent les citoyens pour la création et la répartition de la richesse nationale. Justice, tout court, pour les négro-africains déportés lors des événements de 89 et ceux qui ont souffert des années de braise dans le cadre de lépuration du passif humanitaire du régime déchu. Justice pour tous dans la perspective dune application stricte de la loi visant à punir et éduquer tous ceux qui ont usé de leurs charges publiques pour senrichir et abuser les citoyens.
La demande de justice est forte et les autorités nationales ne peuvent continuer à lignorer sans courir le risque daccroître les frustrations et donc le désenchantement dune partie importante de la population qui attend des actes forts sonnant la fin de limpunité. Il va falloir, cependant, accepter une échelle des priorités dans le sens ou les demandes ne peuvent être satisfaites en même temps et surtout éviter les surenchères sectaristes pour ne pas dériver dans un populisme porteur de beaucoup de dangers pour la stabilité du pays et de ses institutions.
La dictature en Mauritanie a affaiblit lEtat en le vidant progressivement de sa substance pour ne plus être quun ensemble de passe droits et de rentes au profit de groupes et dindividus qui très souvent tirent la légitimité de leur situation dune prétendue représentativité dun segment de la population. Le mérite professionnel, à la base de toute bureaucratie dEtat digne de ce nom a été supplanté par un système informel de dosages ethniques et tribaux dont les règles sont restées méconnues pour lobservateur le plus averti qui a fini par aliéner les compétences et mécontenter tout le monde. Cette philosophie devenue au fil du temps une culture de gouvernement sera difficile à éradiquer et risque de trouver une légitimité populaire en labsence dun leadership
national de qualité, conscient des intérêts supérieurs de la Nation et capable de modérer et de contenir les revendications sectaristes dans les limites que dicte lurgence et la nécessité de créer un Etat républicain moderne, le seul en mesure de préserver lunité nationale et symboliser la communauté du destin.
Je ne voudrais pas dune république des communautés ou chaque groupe ethnique, régional ou tribal aura pour priorité de pousser son propre agenda le plus souvent sans grande considération pour les aspirations des citoyens individus qui le composent et les intérêts supérieurs de la Nation. Le
processus démocratique qui vient de senclencher ne réussira que dans la mesure où il permettra laffermissement de lEtat républicain, au sens jacobin du terme, centré sur les droits et devoirs du citoyen. Un Etat fort et juste, supporté par une bureaucratie du mérite et composé dinstitutions efficaces et efficientes qui font de lécoute et du service du citoyen usager leur raison dêtre.
Jaurai aimé que les autorités de transition initient une action volontaire denvergure de nature à insuffler un esprit
nouveau fort pouvant entraîner le prochain gouvernement dans une entreprise irréversible de modernisation et de renforcement de lEtat. Pour des raisons que jignore, liées certainement à la courte durée de leur mandat et peut être aussi aux multiples résistances du système, elles ont opté pour le statu quo, retardant des reformes structurelles que seul un gouvernement fort peut concevoir et mettre en uvre.
Jose espérer que nos hommes politiques pourront dépasser leurs intérêts partisans pour créer une bureaucratie dEtat selon lunique critère du mérite, la seule en mesure dassurer sur le long terme
la défense de lintérêt général. Cette bureaucratie ne peut se créer sur les vestiges des structures administratives héritées de lancien régime. Il va falloir innover et penser à la possibilité de commencer de zéro, profitant du coût relativement bas des personnels de la Fonction Publique.
Je crois quil est tout a fait possible, pour un temps, davoir en parallèle deux Fonctions Publiques. Lactuelle bâtie sur des critères de népotismes, de laxisme et de laisser faire, avec une productivité du travail voisine de zéro, des salaires bas et une faible qualité de service. Son extinction sera programmée. Ses
agents seront encouragés à se redéployer sur des emplois plus productifs et plus incitatifs soit dans le secteur privé ou pour les plus capables dans une nouvelle Fonction Publique. Cette dernière basée sur des normes modernes de performances, ou les recrutements et les promotions répondent à des besoins bien identifiés et se font suivant des règles qui garantissent une compétition saine entre les candidats selon le seul critère du mérite. La productivité y sera optimale et les salaires élevés. Ses emplois seront pourvus par la seule voie du concours national ouverts à tous les mauritaniens quils soient fonctionnaires ou non.
Cette approche de reforme sappuie sur le constat établi que de larges pans de la présente administration sont peu fonctionnels et dépourvus de capital dexpérience qui justifierait leur maintien. Beaucoup de ses agents ont peu ou pas de qualifications qui leur permettraient de sinsérer positivement dans une administration de développement. Dautre part, il ne sera pas possible de réaliser lindispensable augmentation des salaires des agents publics sans contrepartie en terme de productivité, ie suppression, redéploiement, et formation des personnels. Enfin, il parait indispensable douvrir la fonction publique à tous les mauritaniens pour éviter de donner une prime au népotisme, laxisme et laissez faire qui a caractérisé la gestion des ressources humaines de lEtat ces dernières années.
Je comprends la difficulté de la mise en oeuvre dun tel schéma de reforme compte tenu du peu d'expérience quont nos administrations dans la conduite des changements en profondeur mais cest à mon avis la seule voie susceptible de réconcilier les mauritaniens avec leur Etat et de créer les conditions dun développement durable des capacités de conception, dexécution et dévaluation des politiques publiques nationales.
Je crois, cependant, quil sagit dune stratégie ambitieuse mais réaliste qui nexige comme préalable que la volonté du décideur national et la création de structures capables dinscrire cette volonté dans la durée. Je pense en particulier à la création dune haute autorité indépendante de la Fonction Publique qui aura la charge de piloter les reformes de la Fonction Publique suivant une approche technique et professionnelle loin de limprovisation et des considérations partisanes. Elle sera composée dexperts et dhommes dexpérience de haut niveau capable de faire preuve dindépendance et de justes jugements.
Le processus de transformation de notre Fonction Publique doit être au cur de lentreprise de modernisation nationale. Il est trop important pour être laissé aux politiques pour paraphraser un homme politique anglais qui avait dit que « la guerre est trop importante pour être laissée aux militaires ». Les acteurs de la société civile et les personnalités indépendantes devraient faire preuve de plus dintérêts pour la question et se mobiliser pour avancer cet agenda.
Mohamed
Tolba
USA
http://mohamedtolba.blogspot.com/
http://mohamedtolba.blogspot.com/
Yahoo! Shopping
Find Great Deals on Holiday Gifts at Yahoo! Shopping
_______________________________________________ M-net mailing list [email protected] http://mauritanie-net.com/mailman/listinfo/m-net_mauritanie-net.com

