Une autre Mauritanie est possible…elle est nécessaire

Une autre Mauritanie est possible…elle est nécessaire

Dans la Mauritanie d’aujourd’hui, il est indélicat de poser un certains nombre de questions qui, pourtant, ont fait les principaux titres des luttes des mouvances politiques désireuses d’assurer au pays une véritable vie démocratique dans un Etat de droit crédible et efficace, et de lutter contre l’injustice sociale criante dont la persistance ne fait que renvoyer à une date, jamais lointaine, une explosion aux risques incalculables.

Ainsi, dans ce qui tient lieu aujourd’hui de débat public, peu d’importance est accordée à la reforme constitutionnelle annoncée, au nécessaire toilettage des lois régissant nos libertés, oubliés les grands discours sur la corruption et l’incompétence qui gangrènent nos administrations, escamotés les choix de politiques économiques et passés en pertes et profits les graves problèmes de ce qu’il a été convenu d’appeler ‘’le passif humanitaire’’.

En lieu et place, notre classe politique nous offre le spectacle affligeant d’une classe usée, dépassée et discréditée. Le débat public qu’elle nous propose demeure à son image : décalé et démagogue. Un jeu d’alliances contre-nature devenant chaque jour un peu plus surréaliste : ceux qui ont porté les armes contre le tyran fraternisant avec ses sbires, pendant que d’autres qui se voient déjà ‘’aux affaires’’ ; tout en nous promettant une Mauritanie débarrassée des tares du tribalisme et du régionalisme, s’empressent de quémander le soutien d’ensembles tribaux et régionaux, d’hommes d’affaires véreux entre autres cadres démissionnaires sans panache du parti de l’ancien régime.

On est prié - par nos formations politiques si nombreuses et si peu différenciables pour le coup- d’avaler la pilule au nom d’un unanimisme factice et fabriqué, d’une cohésion qui n’est autre chose que la négation du droit à la différence, sinon de celui de l’existence de toute voix dissidente dans cette espèce de pluralisme à plusieurs voies mais à sens unique. Cette mélodie lancinante de l’unanimisme et de la cohésion, fredonnée en chœur unanime par l’ensemble de nos ‘’politicards’’ aux appétits aiguisés par la perspective d’un pouvoir qu’ils s’imaginent à prendre, est destinée à conditionner l’opinion pour faire passer, en force, une alternance sans changement.

Au même moment, nos groupuscules exilés, virtuels ou réels, pris de court par le coup d’Etat du 3 août, laissent s’exprimer leur désarroi, chacun à sa manière, mais toujours dans un verbiage désordonné. Certains, se réfugient dans l’ambiguïté et l’indécision, alors que d’autres versent dans la surenchère et exigent du CMJD la réalisation de toutes leurs revendications politiques comme préalable….à leur propre retour !

Et-ce, au risque de donner crédit à la thèse selon laquelle ils ne seraient qu’un groupe d’individus attachés aux avantages sociaux de leurs pays d’exil, prenant en otage la vie des réfugiés mauritaniens, et de toutes façons dépourvus de toute assise populaire, ce qui leur fait craindre la sentence des urnes.

Et pendant ce temps, le peu d’initiative politique reste du ressort des forces de l’obscurantisme religieux, qui travaillent patiemment à imposer une vision anachronique de notre société alors que les caciques de l’ancien régime, sortant de leur période de flottement – leur délai de décence ?- reviennent avec ce qu’ils connaissent le mieux : la manipulation des solidarités primaires et la mobilisation de richesses mal acquises, au service de l’usurpation.

Dans ce contexte, les forces du progrès en Mauritanie, se trouvent devant une mission historique : celle de reprendre l’initiative et de conquérir l’électorat pour faire vaincre un projet de société moderne et mobilisateur, seule garantie de stabilité et de développement dans un pays qui ne cesse d’accumuler les fragilités. Vaincre le pouvoir de l’argent et des réseaux tribalo-régionalistes qui s’apprêtent à s’emparer du pays, n’est pas une mission impossible.

Elle exige toutefois, que tous, nous fassions preuve d’une hauteur de vue à la mesure de nos responsabilités, que nous dépassions l’aventurisme, les ambitions personnelles et les tentations d’hégémonie. Seul une large alliance moderniste et déterminée, est en mesure de faire gagner le projet d’une Mauritanie stable, développée, juste, réconciliée avec elle-même, avec son monde et avec les valeurs de son époque. Autrement, les démons d’un passé récent, sont capables de resurgir, de se recycler, car, il faut bien le dire, aussi inéluctable que nécessaire fut-il, le changement n’est pas dans l’intérêt de tout le monde. Sa crédibilité et son caractère pacifique ne sauraient cependant être garantis que pour autant que les pouvoirs de transition respectent les impératifs de l’alternance dans la transparence.

Impératif d’alternance

Dés la première semaine, le CMJD annonçait déjà ce dont il aura marqué, à jamais, l’évolution des institutions politiques mauritaniennes, à savoir, la reforme constitutionnelle tendant à limiter le nombre des mandats présidentiels. La mesure était nécessaire dans une société peu familière des alternances pacifiques, imprégnée de culture makhzenienne qui fait bénéficier automatiquement le détenteur du pouvoir d’une espèce de rente de situation lui permettant de s’y éterniser. Sur ce plan, c’était là, la première leçon à tirer de l’expérience de démocratie biaisée que nous vivons depuis quinze ans.

D’autres pays, sortis de tyrannies aussi traumatisantes que celle de Ould Taya en Mauritanie, s’étaient empressé d’inscrire la même règle dans leurs lois fondamentales (L’argentine optant pour le mandat le plus court possible, 4 ans, renouvelable immédiatement une seule fois; alors que le Chili qui a retenu la même durée, n’en accorde pas le renouvellement immédiat).
Il convient cependant de rappeler que, jamais, les constitutions, aussi verrouillées fussent-elles, n’ont empêché les dérives totalitaires. Il serait intéressant, par exemple, d’édifier l’opinion sur l’avenir qui sera réservé aux membres du CMJD. Rentreront-t-ils dans les rangs de l’armée ?? La discipline militaire s’accommodera-t-elle de personnes ayant présidé –même de façon honorable- aux destin de tout le pays?

Ou alors, s’achemine-t-on vers une formule de « démocratie protégée » où un comité militaire discret mais puissant détiendrait la réalité du pouvoir, comme ce fut le cas au Chili, et comme ça l’est toujours en Turquie ?

Et au-delà quel statut constitutionnel accordera-t-on à nos forces armées ?

Par ailleurs, nos partis politiques si prompts à exiger l’alternance, seraient bien inspirés de se l’appliquer à eux-mêmes. Il serait absurde de vouloir limiter l’application de cette règle fondamentale de tout fonctionnement démocratique au seul poste de la magistrature suprême. Nos hommes politiques battent le record universel de longévité politique, étant en scène, en majorité, depuis l’indépendance du pays.

Cet anachronisme est d’autant plus saisissant dans un pays où plus de 70% de la population est âgée de moins de 30 ans. Enfermés dans leur soif de pouvoir, ils s’imposent à une population qui ne se reconnaît pas en eux, ne comprend pas leur logique ni n’approuve leurs méthodes. Par ailleurs, en quinze ans de direction des partis de l’ancienne opposition, ils ont brillé par leur autoritarisme, leur capacité à diviser et ont fait, à chaque fois qu’ils en ont eu l’occasion, des choix claniques qui en disent long sur leur mentalité foncièrement tribaliste et régionaliste.

Si à la tête d’un parti politique, les dégâts de tels comportements restent relativement limités, ce qui ne pardonne rien, appliquer les mêmes méthodes à la tête d’un Etat, conduit, hélas, à l’irréparable.

C’est pourquoi le renouveau de notre classe politique doit être érigé en une priorité de premier plan. La responsabilisation des jeunes doit être inscrite aux programmes de nos partis, et pourquoi ne pas imposer, par voie législative, après avoir fait les adaptations constitutionnelles nécessaires, un quota de jeunes et des femmes sur les listes présentées par les différents partis tout en réduisant l’âge requis pour postuler aux postes électifs ? Ce serait peut être un premier pas.

Enfin, le caractère antidémocratique du système politique avec lequel nous espérons rompre ne provenait pas seulement des blocages à l’alternance. Il est aussi institutionnalisé à travers les pouvoirs exorbitants accordés au président de la République.

Il y a également lieu de mettre fin à la floraison d’institutions inutiles et sans raison d’être dans le contexte mauritanien comme l’instauration d’un Sénat. Le statut d’autres institutions, restées lettre morte ou ayant été d’un apport plus qu’imparfait, comme le Conseil Economique et Social et le Haut Conseil Islamique, devrait être revisité à l’occasion de cette réforme.

Exigence de transparence

Pour être crédible, l’alternance doit se passer dans la transparence. Dans son premier communiqué, le CMJD s’engage « à créer les conditions favorables d’un jeu démocratique ouvert et transparent ». Il s’est interdit, et a interdit aux membres du gouvernement de la transition, de se porter candidats à des postes électifs pendant la transition. Il s’est également engagé à garantir la neutralité des membres du CMJD, du gouvernement et des administrations centrales et territoriales. On ne peut que s’en réjouir.

Mais là aussi, déclarer des bonnes intentions est toujours une bonne chose, les concrétiser en les poussant à leurs aboutissements logiques, est encore mieux.

Davantage de fermeté doit interdire aux hauts fonctionnaires, soumis à une obligation de réserve, de s’impliquer dans le jeu partisan. Les rencontres de partis politiques ayant vu défiler des ambassadeurs et des hauts fonctionnaires de l’Etat, n’étaient pas pour honorer les engagements du CMJD.

Autre impératif de transparence : canaliser le pouvoir de l’argent.

Le financement de la vie politique doit faire l’objet d’une législation stricte permettant un contrôle efficace des dépenses des partis politiques. Celles-ci doivent être limitées à un plafond décent, et les dons privés doivent être interdits. Cette exigence est d’autant plus impérative qu’à défaut, le jeu sera biaisé et le mauritanien sera victime d’une double tromperie : ceux qui ont pillé ses richesses hier, l’empêchant aujourd’hui, grâce à leur butin, de prendre son avenir en main ; c’est le cercle vicieux de la rente de situation.

Comme dans tout processus électoral, l’organisation technique doit présenter toutes les garanties de transparence. Et les résultats ne seront crédibles que pour autant que les mauritaniens auraient eu accès à une information indépendante et une campagne éducative les aidant à bien saisir les enjeux de leur choix.

Souci de cohérence

Si notre but est de garantir l’alternance et d’en instaurer un mécanisme durable, si l’on veut que la sentence des urnes soit celle du peuple mauritanien, et que tous, ‘’sans exclusive’’, apportent leur contribution pour la réussir, un peu de cohérence suggérerait un traitement différent de dossiers qui continuent à polluer notre vie politique.

Aussi, doit-on permettre aux réfugiés mauritaniens de rentrer dans leur pays dans la dignité. Davantage de courage doit mener à l’ouverture du dossier des violations graves des droits de l’homme commises sous Ould Taya. Il s’agit d’un impératif de justice, d’un devoir face à la mémoire de compatriotes visés par ces exactions pour avoir ‘’commis le crime’’ d’être différents. Il faut réparer cette injustice pour l’avenir de la Mauritanie et pour son honneur.

Cette question n’est pas partisane, personne ne doit en faire son fonds de commerce. Ce n’est pas un problème des négro-mauritanien, ni d’un bord politique, c’est un problème Mauritanien qui doit être traité avec dignité et avec un sens élevé de la responsabilité.

Plusieurs pays ont expérimenté, dans des contextes comparables, différentes formules politiques pour venir à bout de dossiers similaires. Nous devons nous en inspirer.
En menant leur action du 3 août, les membres du CMJD ont entamé leur rupture avec l’ère du premier responsable de ces crimes. Résoudre définitivement ce problème sera tout à leur honneur. Remettre à plus tard sa solution, ce serait prendre le risque de soumettre au débat partisan, avec ses surenchères électoralistes et ses dérives démagogiques, une question qui conditionne l’avenir de la cohabitation entre les communautés de notre peuple et qui, de ce fait, doit échapper à toute exploitation partisane.

La grandeur de notre nation résidera dans sa capacité à affronter son passé, aussi sombre fut-il par moments, pour pouvoir envisager l’avenir avec confiance.

Par ailleurs, à défaut d’une solution politique, la seule voie judiciaire s’impose, et celle-là, n’épargnera personne. Les lois d’autoamnistie de Ould Taya ne sont pas constitutionnelles, et rien n’empêche les victimes des ces exactions de soulever l’affaire devant la justice mauritanienne aujourd’hui.

Les crimes et délits économiques et financiers doivent faire l’objet de poursuites judiciaires. Il ne s’agit pas de verser dans la vengeance, mais d’appliquer une simple règle de bon sens, qui se trouve être également un principe de droit : la responsabilité. Autrement, qu’est-ce qui empêcherait d’autres individus de commettre les mêmes méfaits sûrs qu’ils sont de rester impunis au nom de …la stabilité ?

Au moment où l’on demande aux mauritaniens de consentir des sacrifices, d’oublier la manne pétrolière pendant deux ans et de se faire à l’idée que leur pays est au bord de la banqueroute, il n’est pas concevable d’accorder une impunité totale aux auteurs du pillage systématique dont ils payent les frais. Et il est indécent que d’autres cadres, connus pour leur vénalité, occupent encore des postes de responsabilité dans nos administrations. Qu’on annonce aux mauritaniens la véritable situation de leur économie en rendant public un audit crédible, que ceux qui ont trempé dans la corruption et le détournement répondent de leurs forfaitures, qu’ils soient connus et qu’on prenne des mesures les empêchant de revenir dans notre vie publique.

Institutionnaliser l’alternance, la faire entrer dans la pratique de nos partis politiques, moraliser notre vie publique et la faire bénéficier des talents des jeunes générations, affronter avec courage, les pages sombres de notre histoire récente, faire barrage à la mobilisation des solidarités primaires et à la domination de l’argent, telles sont les meilleurs garanties d’une transition sans heurt. Il appartient à ceux qui y ont un intérêt véritable, les mauritaniens éclairés et la jeunesse de ce pays, de porter le drapeau d’une alternative moderne répondant aux aspirations et aux besoins de notre peuple. Autrement, ce seront des élections en plus, un nouveau président, une alternance, certes, mais ce ne sera pas le changement.

Et on aura fini de traduire dans nos moeurs politiques notre bon vieux mode de vie en démontrant que « l’errance des nomades est seulement formelle, car elle est limitée à des espaces uniformes » (Hegel).

Omar Ould Dedde Ould Hamady

Source : M-net
 
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