Une autre Mauritanie est possible elle est nécessaire
Une autre Mauritanie est possible
elle est nécessaire
Dans la Mauritanie daujourdhui, il est indélicat de poser un certains nombre de questions qui, pourtant, ont fait les principaux titres des luttes des mouvances politiques désireuses dassurer au pays une véritable vie démocratique dans un Etat de droit crédible et efficace, et de lutter contre linjustice sociale criante dont la persistance ne fait que renvoyer à une date, jamais lointaine, une explosion aux risques incalculables.
Ainsi, dans ce qui tient lieu aujourdhui de débat public, peu dimportance est accordée à la reforme constitutionnelle annoncée, au nécessaire toilettage des lois régissant nos libertés, oubliés les grands discours sur la corruption et lincompétence qui gangrènent nos administrations, escamotés les choix de politiques économiques et passés en pertes et profits les graves problèmes de ce quil a été convenu dappeler le passif humanitaire.
En lieu et place, notre classe politique nous offre le spectacle affligeant dune classe usée, dépassée et discréditée. Le débat public quelle nous propose demeure à son image : décalé et démagogue. Un jeu dalliances contre-nature devenant chaque jour un peu plus surréaliste : ceux qui ont porté les armes contre le tyran fraternisant avec ses sbires, pendant que dautres qui se voient déjà aux affaires ; tout en nous promettant une Mauritanie débarrassée des tares du tribalisme et du régionalisme, sempressent de quémander le soutien densembles tribaux et régionaux, dhommes daffaires véreux entre autres cadres démissionnaires sans panache du parti de lancien régime.
On est prié - par nos formations politiques si nombreuses et si peu différenciables pour le coup- davaler la pilule au nom dun unanimisme factice et fabriqué, dune cohésion qui nest autre chose que la négation du droit à la différence, sinon de celui de lexistence de toute voix dissidente dans cette espèce de pluralisme à plusieurs voies mais à sens unique. Cette mélodie lancinante de lunanimisme et de la cohésion, fredonnée en chur unanime par lensemble de nos politicards aux appétits aiguisés par la perspective dun pouvoir quils simaginent à prendre, est destinée à conditionner lopinion pour faire passer, en force, une alternance sans changement.
Au même moment, nos groupuscules exilés, virtuels ou réels, pris de court par le coup dEtat du 3 août, laissent sexprimer leur désarroi, chacun à sa manière, mais toujours dans un verbiage désordonné. Certains, se réfugient dans lambiguïté et lindécision, alors que dautres versent dans la surenchère et exigent du CMJD la réalisation de toutes leurs revendications politiques comme préalable .à leur propre retour !
Et-ce, au risque de donner crédit à la thèse selon laquelle ils ne seraient quun groupe dindividus attachés aux avantages sociaux de leurs pays dexil, prenant en otage la vie des réfugiés mauritaniens, et de toutes façons dépourvus de toute assise populaire, ce qui leur fait craindre la sentence des urnes.
Et pendant ce temps, le peu dinitiative politique reste du ressort des forces de lobscurantisme religieux, qui travaillent patiemment à imposer une vision anachronique de notre société alors que les caciques de lancien régime, sortant de leur période de flottement leur délai de décence ?- reviennent avec ce quils connaissent le mieux : la manipulation des solidarités primaires et la mobilisation de richesses mal acquises, au service de lusurpation.
Dans ce contexte, les forces du progrès en Mauritanie, se trouvent devant une mission historique : celle de reprendre linitiative et de conquérir lélectorat pour faire vaincre un projet de société moderne et mobilisateur, seule garantie de stabilité et de développement dans un pays qui ne cesse daccumuler les fragilités. Vaincre le pouvoir de largent et des réseaux tribalo-régionalistes qui sapprêtent à semparer du pays, nest pas une mission impossible.
Elle exige toutefois, que tous, nous fassions preuve dune hauteur de vue à la mesure de nos responsabilités, que nous dépassions laventurisme, les ambitions personnelles et les tentations dhégémonie. Seul une large alliance moderniste et déterminée, est en mesure de faire gagner le projet dune Mauritanie stable, développée, juste, réconciliée avec elle-même, avec son monde et avec les valeurs de son époque. Autrement, les démons dun passé récent, sont capables de resurgir, de se recycler, car, il faut bien le dire, aussi inéluctable que nécessaire fut-il, le changement nest pas dans lintérêt de tout le monde. Sa crédibilité et son caractère pacifique ne sauraient cependant être garantis que pour autant que les pouvoirs de transition respectent les impératifs de lalternance dans la transparence.
Impératif dalternance
Dés la première semaine, le CMJD annonçait déjà ce dont il aura marqué, à jamais, lévolution des institutions politiques mauritaniennes, à savoir, la reforme constitutionnelle tendant à limiter le nombre des mandats présidentiels. La mesure était nécessaire dans une société peu familière des alternances pacifiques, imprégnée de culture makhzenienne qui fait bénéficier automatiquement le détenteur du pouvoir dune espèce de rente de situation lui permettant de sy éterniser. Sur ce plan, cétait là, la première leçon à tirer de lexpérience de démocratie biaisée que nous vivons depuis quinze ans.
Dautres pays, sortis de tyrannies aussi traumatisantes que celle de Ould Taya en Mauritanie, sétaient empressé dinscrire la même règle dans leurs lois fondamentales (Largentine optant pour le mandat le plus court possible, 4 ans, renouvelable immédiatement une seule fois; alors que le Chili qui a retenu la même durée, nen accorde pas le renouvellement immédiat).
Il convient cependant de rappeler que, jamais, les constitutions, aussi verrouillées fussent-elles, nont empêché les dérives totalitaires. Il serait intéressant, par exemple, dédifier lopinion sur lavenir qui sera réservé aux membres du CMJD. Rentreront-t-ils dans les rangs de larmée ?? La discipline militaire saccommodera-t-elle de personnes ayant présidé même de façon honorable- aux destin de tout le pays?
Ou alors, sachemine-t-on vers une formule de « démocratie protégée » où un comité militaire discret mais puissant détiendrait la réalité du pouvoir, comme ce fut le cas au Chili, et comme ça lest toujours en Turquie ?
Et au-delà quel statut constitutionnel accordera-t-on à nos forces armées ?
Par ailleurs, nos partis politiques si prompts à exiger lalternance, seraient bien inspirés de se lappliquer à eux-mêmes. Il serait absurde de vouloir limiter lapplication de cette règle fondamentale de tout fonctionnement démocratique au seul poste de la magistrature suprême. Nos hommes politiques battent le record universel de longévité politique, étant en scène, en majorité, depuis lindépendance du pays.
Cet anachronisme est dautant plus saisissant dans un pays où plus de 70% de la population est âgée de moins de 30 ans. Enfermés dans leur soif de pouvoir, ils simposent à une population qui ne se reconnaît pas en eux, ne comprend pas leur logique ni napprouve leurs méthodes. Par ailleurs, en quinze ans de direction des partis de lancienne opposition, ils ont brillé par leur autoritarisme, leur capacité à diviser et ont fait, à chaque fois quils en ont eu loccasion, des choix claniques qui en disent long sur leur mentalité foncièrement tribaliste et régionaliste.
Si à la tête dun parti politique, les dégâts de tels comportements restent relativement limités, ce qui ne pardonne rien, appliquer les mêmes méthodes à la tête dun Etat, conduit, hélas, à lirréparable.
Cest pourquoi le renouveau de notre classe politique doit être érigé en une priorité de premier plan. La responsabilisation des jeunes doit être inscrite aux programmes de nos partis, et pourquoi ne pas imposer, par voie législative, après avoir fait les adaptations constitutionnelles nécessaires, un quota de jeunes et des femmes sur les listes présentées par les différents partis tout en réduisant lâge requis pour postuler aux postes électifs ? Ce serait peut être un premier pas.
Enfin, le caractère antidémocratique du système politique avec lequel nous espérons rompre ne provenait pas seulement des blocages à lalternance. Il est aussi institutionnalisé à travers les pouvoirs exorbitants accordés au président de la République.
Il y a également lieu de mettre fin à la floraison dinstitutions inutiles et sans raison dêtre dans le contexte mauritanien comme linstauration dun Sénat. Le statut dautres institutions, restées lettre morte ou ayant été dun apport plus quimparfait, comme le Conseil Economique et Social et le Haut Conseil Islamique, devrait être revisité à loccasion de cette réforme.
Exigence de transparence
Pour être crédible, lalternance doit se passer dans la transparence. Dans son premier communiqué, le CMJD sengage « à créer les conditions favorables dun jeu démocratique ouvert et transparent ». Il sest interdit, et a interdit aux membres du gouvernement de la transition, de se porter candidats à des postes électifs pendant la transition. Il sest également engagé à garantir la neutralité des membres du CMJD, du gouvernement et des administrations centrales et territoriales. On ne peut que sen réjouir.
Mais là aussi, déclarer des bonnes intentions est toujours une bonne chose, les concrétiser en les poussant à leurs aboutissements logiques, est encore mieux.
Davantage de fermeté doit interdire aux hauts fonctionnaires, soumis à une obligation de réserve, de simpliquer dans le jeu partisan. Les rencontres de partis politiques ayant vu défiler des ambassadeurs et des hauts fonctionnaires de lEtat, nétaient pas pour honorer les engagements du CMJD.
Autre impératif de transparence : canaliser le pouvoir de largent.
Le financement de la vie politique doit faire lobjet dune législation stricte permettant un contrôle efficace des dépenses des partis politiques. Celles-ci doivent être limitées à un plafond décent, et les dons privés doivent être interdits. Cette exigence est dautant plus impérative quà défaut, le jeu sera biaisé et le mauritanien sera victime dune double tromperie : ceux qui ont pillé ses richesses hier, lempêchant aujourdhui, grâce à leur butin, de prendre son avenir en main ; cest le cercle vicieux de la rente de situation.
Comme dans tout processus électoral, lorganisation technique doit présenter toutes les garanties de transparence. Et les résultats ne seront crédibles que pour autant que les mauritaniens auraient eu accès à une information indépendante et une campagne éducative les aidant à bien saisir les enjeux de leur choix.
Souci de cohérence
Si notre but est de garantir lalternance et den instaurer un mécanisme durable, si lon veut que la sentence des urnes soit celle du peuple mauritanien, et que tous, sans exclusive, apportent leur contribution pour la réussir, un peu de cohérence suggérerait un traitement différent de dossiers qui continuent à polluer notre vie politique.
Aussi, doit-on permettre aux réfugiés mauritaniens de rentrer dans leur pays dans la dignité. Davantage de courage doit mener à louverture du dossier des violations graves des droits de lhomme commises sous Ould Taya. Il sagit dun impératif de justice, dun devoir face à la mémoire de compatriotes visés par ces exactions pour avoir commis le crime dêtre différents. Il faut réparer cette injustice pour lavenir de la Mauritanie et pour son honneur.
Cette question nest pas partisane, personne ne doit en faire son fonds de commerce. Ce nest pas un problème des négro-mauritanien, ni dun bord politique, cest un problème Mauritanien qui doit être traité avec dignité et avec un sens élevé de la responsabilité.
Plusieurs pays ont expérimenté, dans des contextes comparables, différentes formules politiques pour venir à bout de dossiers similaires. Nous devons nous en inspirer.
En menant leur action du 3 août, les membres du CMJD ont entamé leur rupture avec lère du premier responsable de ces crimes. Résoudre définitivement ce problème sera tout à leur honneur. Remettre à plus tard sa solution, ce serait prendre le risque de soumettre au débat partisan, avec ses surenchères électoralistes et ses dérives démagogiques, une question qui conditionne lavenir de la cohabitation entre les communautés de notre peuple et qui, de ce fait, doit échapper à toute exploitation partisane.
La grandeur de notre nation résidera dans sa capacité à affronter son passé, aussi sombre fut-il par moments, pour pouvoir envisager lavenir avec confiance.
Par ailleurs, à défaut dune solution politique, la seule voie judiciaire simpose, et celle-là, népargnera personne. Les lois dautoamnistie de Ould Taya ne sont pas constitutionnelles, et rien nempêche les victimes des ces exactions de soulever laffaire devant la justice mauritanienne aujourdhui.
Les crimes et délits économiques et financiers doivent faire lobjet de poursuites judiciaires. Il ne sagit pas de verser dans la vengeance, mais dappliquer une simple règle de bon sens, qui se trouve être également un principe de droit : la responsabilité. Autrement, quest-ce qui empêcherait dautres individus de commettre les mêmes méfaits sûrs quils sont de rester impunis au nom de la stabilité ?
Au moment où lon demande aux mauritaniens de consentir des sacrifices, doublier la manne pétrolière pendant deux ans et de se faire à lidée que leur pays est au bord de la banqueroute, il nest pas concevable daccorder une impunité totale aux auteurs du pillage systématique dont ils payent les frais. Et il est indécent que dautres cadres, connus pour leur vénalité, occupent encore des postes de responsabilité dans nos administrations. Quon annonce aux mauritaniens la véritable situation de leur économie en rendant public un audit crédible, que ceux qui ont trempé dans la corruption et le détournement répondent de leurs forfaitures, quils soient connus et quon prenne des mesures les empêchant de revenir dans notre vie publique.
Institutionnaliser lalternance, la faire entrer dans la pratique de nos partis politiques, moraliser notre vie publique et la faire bénéficier des talents des jeunes générations, affronter avec courage, les pages sombres de notre histoire récente, faire barrage à la mobilisation des solidarités primaires et à la domination de largent, telles sont les meilleurs garanties dune transition sans heurt. Il appartient à ceux qui y ont un intérêt véritable, les mauritaniens éclairés et la jeunesse de ce pays, de porter le drapeau dune alternative moderne répondant aux aspirations et aux besoins de notre peuple. Autrement, ce seront des élections en plus, un nouveau président, une alternance, certes, mais ce ne sera pas le changement.
Et on aura fini de traduire dans nos moeurs politiques notre bon vieux mode de vie en démontrant que « lerrance des nomades est seulement formelle, car elle est limitée à des espaces uniformes » (Hegel).
Omar Ould Dedde Ould Hamady
Source : M-net
Dans la Mauritanie daujourdhui, il est indélicat de poser un certains nombre de questions qui, pourtant, ont fait les principaux titres des luttes des mouvances politiques désireuses dassurer au pays une véritable vie démocratique dans un Etat de droit crédible et efficace, et de lutter contre linjustice sociale criante dont la persistance ne fait que renvoyer à une date, jamais lointaine, une explosion aux risques incalculables.
Ainsi, dans ce qui tient lieu aujourdhui de débat public, peu dimportance est accordée à la reforme constitutionnelle annoncée, au nécessaire toilettage des lois régissant nos libertés, oubliés les grands discours sur la corruption et lincompétence qui gangrènent nos administrations, escamotés les choix de politiques économiques et passés en pertes et profits les graves problèmes de ce quil a été convenu dappeler le passif humanitaire.
En lieu et place, notre classe politique nous offre le spectacle affligeant dune classe usée, dépassée et discréditée. Le débat public quelle nous propose demeure à son image : décalé et démagogue. Un jeu dalliances contre-nature devenant chaque jour un peu plus surréaliste : ceux qui ont porté les armes contre le tyran fraternisant avec ses sbires, pendant que dautres qui se voient déjà aux affaires ; tout en nous promettant une Mauritanie débarrassée des tares du tribalisme et du régionalisme, sempressent de quémander le soutien densembles tribaux et régionaux, dhommes daffaires véreux entre autres cadres démissionnaires sans panache du parti de lancien régime.
On est prié - par nos formations politiques si nombreuses et si peu différenciables pour le coup- davaler la pilule au nom dun unanimisme factice et fabriqué, dune cohésion qui nest autre chose que la négation du droit à la différence, sinon de celui de lexistence de toute voix dissidente dans cette espèce de pluralisme à plusieurs voies mais à sens unique. Cette mélodie lancinante de lunanimisme et de la cohésion, fredonnée en chur unanime par lensemble de nos politicards aux appétits aiguisés par la perspective dun pouvoir quils simaginent à prendre, est destinée à conditionner lopinion pour faire passer, en force, une alternance sans changement.
Au même moment, nos groupuscules exilés, virtuels ou réels, pris de court par le coup dEtat du 3 août, laissent sexprimer leur désarroi, chacun à sa manière, mais toujours dans un verbiage désordonné. Certains, se réfugient dans lambiguïté et lindécision, alors que dautres versent dans la surenchère et exigent du CMJD la réalisation de toutes leurs revendications politiques comme préalable .à leur propre retour !
Et-ce, au risque de donner crédit à la thèse selon laquelle ils ne seraient quun groupe dindividus attachés aux avantages sociaux de leurs pays dexil, prenant en otage la vie des réfugiés mauritaniens, et de toutes façons dépourvus de toute assise populaire, ce qui leur fait craindre la sentence des urnes.
Et pendant ce temps, le peu dinitiative politique reste du ressort des forces de lobscurantisme religieux, qui travaillent patiemment à imposer une vision anachronique de notre société alors que les caciques de lancien régime, sortant de leur période de flottement leur délai de décence ?- reviennent avec ce quils connaissent le mieux : la manipulation des solidarités primaires et la mobilisation de richesses mal acquises, au service de lusurpation.
Dans ce contexte, les forces du progrès en Mauritanie, se trouvent devant une mission historique : celle de reprendre linitiative et de conquérir lélectorat pour faire vaincre un projet de société moderne et mobilisateur, seule garantie de stabilité et de développement dans un pays qui ne cesse daccumuler les fragilités. Vaincre le pouvoir de largent et des réseaux tribalo-régionalistes qui sapprêtent à semparer du pays, nest pas une mission impossible.
Elle exige toutefois, que tous, nous fassions preuve dune hauteur de vue à la mesure de nos responsabilités, que nous dépassions laventurisme, les ambitions personnelles et les tentations dhégémonie. Seul une large alliance moderniste et déterminée, est en mesure de faire gagner le projet dune Mauritanie stable, développée, juste, réconciliée avec elle-même, avec son monde et avec les valeurs de son époque. Autrement, les démons dun passé récent, sont capables de resurgir, de se recycler, car, il faut bien le dire, aussi inéluctable que nécessaire fut-il, le changement nest pas dans lintérêt de tout le monde. Sa crédibilité et son caractère pacifique ne sauraient cependant être garantis que pour autant que les pouvoirs de transition respectent les impératifs de lalternance dans la transparence.
Impératif dalternance
Dés la première semaine, le CMJD annonçait déjà ce dont il aura marqué, à jamais, lévolution des institutions politiques mauritaniennes, à savoir, la reforme constitutionnelle tendant à limiter le nombre des mandats présidentiels. La mesure était nécessaire dans une société peu familière des alternances pacifiques, imprégnée de culture makhzenienne qui fait bénéficier automatiquement le détenteur du pouvoir dune espèce de rente de situation lui permettant de sy éterniser. Sur ce plan, cétait là, la première leçon à tirer de lexpérience de démocratie biaisée que nous vivons depuis quinze ans.
Dautres pays, sortis de tyrannies aussi traumatisantes que celle de Ould Taya en Mauritanie, sétaient empressé dinscrire la même règle dans leurs lois fondamentales (Largentine optant pour le mandat le plus court possible, 4 ans, renouvelable immédiatement une seule fois; alors que le Chili qui a retenu la même durée, nen accorde pas le renouvellement immédiat).
Il convient cependant de rappeler que, jamais, les constitutions, aussi verrouillées fussent-elles, nont empêché les dérives totalitaires. Il serait intéressant, par exemple, dédifier lopinion sur lavenir qui sera réservé aux membres du CMJD. Rentreront-t-ils dans les rangs de larmée ?? La discipline militaire saccommodera-t-elle de personnes ayant présidé même de façon honorable- aux destin de tout le pays?
Ou alors, sachemine-t-on vers une formule de « démocratie protégée » où un comité militaire discret mais puissant détiendrait la réalité du pouvoir, comme ce fut le cas au Chili, et comme ça lest toujours en Turquie ?
Et au-delà quel statut constitutionnel accordera-t-on à nos forces armées ?
Par ailleurs, nos partis politiques si prompts à exiger lalternance, seraient bien inspirés de se lappliquer à eux-mêmes. Il serait absurde de vouloir limiter lapplication de cette règle fondamentale de tout fonctionnement démocratique au seul poste de la magistrature suprême. Nos hommes politiques battent le record universel de longévité politique, étant en scène, en majorité, depuis lindépendance du pays.
Cet anachronisme est dautant plus saisissant dans un pays où plus de 70% de la population est âgée de moins de 30 ans. Enfermés dans leur soif de pouvoir, ils simposent à une population qui ne se reconnaît pas en eux, ne comprend pas leur logique ni napprouve leurs méthodes. Par ailleurs, en quinze ans de direction des partis de lancienne opposition, ils ont brillé par leur autoritarisme, leur capacité à diviser et ont fait, à chaque fois quils en ont eu loccasion, des choix claniques qui en disent long sur leur mentalité foncièrement tribaliste et régionaliste.
Si à la tête dun parti politique, les dégâts de tels comportements restent relativement limités, ce qui ne pardonne rien, appliquer les mêmes méthodes à la tête dun Etat, conduit, hélas, à lirréparable.
Cest pourquoi le renouveau de notre classe politique doit être érigé en une priorité de premier plan. La responsabilisation des jeunes doit être inscrite aux programmes de nos partis, et pourquoi ne pas imposer, par voie législative, après avoir fait les adaptations constitutionnelles nécessaires, un quota de jeunes et des femmes sur les listes présentées par les différents partis tout en réduisant lâge requis pour postuler aux postes électifs ? Ce serait peut être un premier pas.
Enfin, le caractère antidémocratique du système politique avec lequel nous espérons rompre ne provenait pas seulement des blocages à lalternance. Il est aussi institutionnalisé à travers les pouvoirs exorbitants accordés au président de la République.
Il y a également lieu de mettre fin à la floraison dinstitutions inutiles et sans raison dêtre dans le contexte mauritanien comme linstauration dun Sénat. Le statut dautres institutions, restées lettre morte ou ayant été dun apport plus quimparfait, comme le Conseil Economique et Social et le Haut Conseil Islamique, devrait être revisité à loccasion de cette réforme.
Exigence de transparence
Pour être crédible, lalternance doit se passer dans la transparence. Dans son premier communiqué, le CMJD sengage « à créer les conditions favorables dun jeu démocratique ouvert et transparent ». Il sest interdit, et a interdit aux membres du gouvernement de la transition, de se porter candidats à des postes électifs pendant la transition. Il sest également engagé à garantir la neutralité des membres du CMJD, du gouvernement et des administrations centrales et territoriales. On ne peut que sen réjouir.
Mais là aussi, déclarer des bonnes intentions est toujours une bonne chose, les concrétiser en les poussant à leurs aboutissements logiques, est encore mieux.
Davantage de fermeté doit interdire aux hauts fonctionnaires, soumis à une obligation de réserve, de simpliquer dans le jeu partisan. Les rencontres de partis politiques ayant vu défiler des ambassadeurs et des hauts fonctionnaires de lEtat, nétaient pas pour honorer les engagements du CMJD.
Autre impératif de transparence : canaliser le pouvoir de largent.
Le financement de la vie politique doit faire lobjet dune législation stricte permettant un contrôle efficace des dépenses des partis politiques. Celles-ci doivent être limitées à un plafond décent, et les dons privés doivent être interdits. Cette exigence est dautant plus impérative quà défaut, le jeu sera biaisé et le mauritanien sera victime dune double tromperie : ceux qui ont pillé ses richesses hier, lempêchant aujourdhui, grâce à leur butin, de prendre son avenir en main ; cest le cercle vicieux de la rente de situation.
Comme dans tout processus électoral, lorganisation technique doit présenter toutes les garanties de transparence. Et les résultats ne seront crédibles que pour autant que les mauritaniens auraient eu accès à une information indépendante et une campagne éducative les aidant à bien saisir les enjeux de leur choix.
Souci de cohérence
Si notre but est de garantir lalternance et den instaurer un mécanisme durable, si lon veut que la sentence des urnes soit celle du peuple mauritanien, et que tous, sans exclusive, apportent leur contribution pour la réussir, un peu de cohérence suggérerait un traitement différent de dossiers qui continuent à polluer notre vie politique.
Aussi, doit-on permettre aux réfugiés mauritaniens de rentrer dans leur pays dans la dignité. Davantage de courage doit mener à louverture du dossier des violations graves des droits de lhomme commises sous Ould Taya. Il sagit dun impératif de justice, dun devoir face à la mémoire de compatriotes visés par ces exactions pour avoir commis le crime dêtre différents. Il faut réparer cette injustice pour lavenir de la Mauritanie et pour son honneur.
Cette question nest pas partisane, personne ne doit en faire son fonds de commerce. Ce nest pas un problème des négro-mauritanien, ni dun bord politique, cest un problème Mauritanien qui doit être traité avec dignité et avec un sens élevé de la responsabilité.
Plusieurs pays ont expérimenté, dans des contextes comparables, différentes formules politiques pour venir à bout de dossiers similaires. Nous devons nous en inspirer.
En menant leur action du 3 août, les membres du CMJD ont entamé leur rupture avec lère du premier responsable de ces crimes. Résoudre définitivement ce problème sera tout à leur honneur. Remettre à plus tard sa solution, ce serait prendre le risque de soumettre au débat partisan, avec ses surenchères électoralistes et ses dérives démagogiques, une question qui conditionne lavenir de la cohabitation entre les communautés de notre peuple et qui, de ce fait, doit échapper à toute exploitation partisane.
La grandeur de notre nation résidera dans sa capacité à affronter son passé, aussi sombre fut-il par moments, pour pouvoir envisager lavenir avec confiance.
Par ailleurs, à défaut dune solution politique, la seule voie judiciaire simpose, et celle-là, népargnera personne. Les lois dautoamnistie de Ould Taya ne sont pas constitutionnelles, et rien nempêche les victimes des ces exactions de soulever laffaire devant la justice mauritanienne aujourdhui.
Les crimes et délits économiques et financiers doivent faire lobjet de poursuites judiciaires. Il ne sagit pas de verser dans la vengeance, mais dappliquer une simple règle de bon sens, qui se trouve être également un principe de droit : la responsabilité. Autrement, quest-ce qui empêcherait dautres individus de commettre les mêmes méfaits sûrs quils sont de rester impunis au nom de la stabilité ?
Au moment où lon demande aux mauritaniens de consentir des sacrifices, doublier la manne pétrolière pendant deux ans et de se faire à lidée que leur pays est au bord de la banqueroute, il nest pas concevable daccorder une impunité totale aux auteurs du pillage systématique dont ils payent les frais. Et il est indécent que dautres cadres, connus pour leur vénalité, occupent encore des postes de responsabilité dans nos administrations. Quon annonce aux mauritaniens la véritable situation de leur économie en rendant public un audit crédible, que ceux qui ont trempé dans la corruption et le détournement répondent de leurs forfaitures, quils soient connus et quon prenne des mesures les empêchant de revenir dans notre vie publique.
Institutionnaliser lalternance, la faire entrer dans la pratique de nos partis politiques, moraliser notre vie publique et la faire bénéficier des talents des jeunes générations, affronter avec courage, les pages sombres de notre histoire récente, faire barrage à la mobilisation des solidarités primaires et à la domination de largent, telles sont les meilleurs garanties dune transition sans heurt. Il appartient à ceux qui y ont un intérêt véritable, les mauritaniens éclairés et la jeunesse de ce pays, de porter le drapeau dune alternative moderne répondant aux aspirations et aux besoins de notre peuple. Autrement, ce seront des élections en plus, un nouveau président, une alternance, certes, mais ce ne sera pas le changement.
Et on aura fini de traduire dans nos moeurs politiques notre bon vieux mode de vie en démontrant que « lerrance des nomades est seulement formelle, car elle est limitée à des espaces uniformes » (Hegel).
Omar Ould Dedde Ould Hamady
Source : M-net
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