- Jours de « délivrances » ...
Jours de « délivrances » contre les nuits dexil Abderrahmane NGAIDE (Bassel) Une dizaine jours à peine. La tension na jamais cessé de monter, les échanges nont jamais été aussi intenses et les curs nont jamais été aussi chargés despoirs au point que le délire ne sest pas privé de prendre souche dans notre univers déchanges et de discussions. Limagination la plus féconde a pris conscience quelle pouvait proposer comme si chacun dentre nous était lacteur principal de cette nouvelle tragédie. Le coup détat nest point une chose étrange dans notre univers mauritanien. Ce qui est étrange cest que la « victime » veuille revenir au pouvoir au prix de la destruction de la nation. Chose qui ne peut que renforcer notre vigilance et faire notre possible pour rendre caduc son régime. Mais comment le rendre caduc quand ce sont les mêmes qui reviennent et qui tentent par tous les moyens de légitimer leur acte et de taire leurs fautes. Ceci ressemble étrangement à lauto-amnistie de juin 1993. Le seul coupable, après tant dannées de dérives, reste le déchu qui arpente aujourdhui les chemins de lexil après avoir décidé de les faire prendre par des milliers de ses compatriotes réduits il y a plus de dix sept ans à lerrance la plus abjecte. Mais lui se targue de son ancien statut de chef détat et jouit de cette presque « immunité ». Pendant ce temps le pouvoir en place jure sa bonne foi et reçoit des soutiens de toutes parts. A quel type de changement nous attendons-nous ? Quel honneur le peuple peut-il rendre à cette junte sinon celui dune longue lassitude ? Sur quel espoir lopposition peut-elle fonder son alliance sinon dêtre reçue au moment où les événements sont encore sur le feu ? Le contexte international et les changements intervenus dans le monde et en Afrique commandent cette démarche « inspirée » du nouveau pouvoir. Lopportunité, pour eux, est grande afin de cirer leurs bottes longtemps luisantes, exposer leurs ceinturons ruisselants de beurre, leurs tenues craquantes sous le poids dun fil bien au point, leurs villas imposantes et leurs voitures rutilantes. Discours, discours et discours. Auquel nous aurons du nous habituer depuis très longtemps. Depuis ce jour de juillet 1978 où, tôt le matin, le père de la nation fut bouté dehors pour sa politique extérieure (la guerre du Sahara) on ne nous servit que le discours ponctué de bonnes intentions et de délires à peine voilés : le peuple, pour le peuple, le redressement, le salut. Aujourdhui on nous sert la justice et la démocratie. Maître Bettah est symbolique, certes, mais reste à dire la justice telle quon la conçoit : remettre au monde libre ceux qui sont à lorigine de nos souffrances, dire comment nous avons été leurs victimes sans le savoir ni le souhaiter. Démocratie : il fallait et advienne que pourra dissoudre le PRDS car il symbolisait le totalitarisme dont on nous parle. A quelle justice sattendre ? A quelle démocratie saccrocher ? Que nous vaut ce détour à lintérieur du système ? Que ne vaut ce maintien de tous ces symboles du totalitarisme ? Demander à Messaoud Ould Boulkheir ce quil en pense. Comment penser un gouvernement de transition rassemblant tous ces opposants à lhomme déchu alors que le système qui la maintenu au pouvoir est là yeux grands ouverts sur nos futurs cadavres ? Il est temps douvrir grands les yeux et se dire que rien ne sest passé chez nous pour nous, mais pour les observateurs une perturbation est là, gênante. Mais quand le chef reçoit les « accrédités », ils sortent rassurés de leurs intérêts alors que le peuple reste accroché aux mirages dun changement qui se veut peu productif despoirs. Nos espoirs ont été déçus depuis plus de quarante ans, nous jeunes nés un peu avant ou après les indépendances. Nous ne pouvons plus vivre les mirages des discours et dormir sur les lauriers dune espérance bafouée. Sachons raison gardée. Et surtout évitons ce me vois-tu. Que dopposants souhaitent seulement se faire entendre, se faire voir pour une parade malsaine et un esprit politique encore juvénile. Non le déchu nétait pas la principale cible. Preuve nous est donnée en ce moment. Sans présager le pire, je me dis que renforcer notre position simpose au-delà de tous les espoirs que nous pouvons avoir. Espérer est une chose intéressante, mais quand elle frise le délire elle saccouple avec les nuits délirantes de lexilé gambien. Il doit et va quitter ce pays avec notre force et notre espoir. Simpose à lopposition intérieure et extérieure dunir ses forces et de préparer le coup détat du peuple : la rue simpose comme seule ressource de changement. On peut croire en la sincérité de ceux qui sont venus, mais comment en avoir la certitude quand seul un seul homme a été « trahi » pour reprendre la formule du déchu qui erre de pays en pays comme ceux quil a chassé de leur patrie. Oui les autres vivent le jour de leur nouvelle auto-amnistie. Cest cela qui me pose problème. Cest cela lénigme de toujours. Cest cela le chagrin de voir toute lopposition suivre « lespoir ». Oui espérer mes chers, mais nous est-il possible duser de notre esprit et revoir notre histoire depuis 1978 ? Si un coup détat ne pouvait pas émaner de lextérieur ; cest bien quun système solide était en place, si une contestation interne ne peut se faire jour cest bien quil y a quelque chose qui nest pas clair dans cette entreprise du C.M.J.D. Que dire encore ? Langue de bois, fatalisme ? Tant pis, mais nos observateurs, nos politiciens doivent prendre du recul, puisque celui qui est parti a été remplacé par son système et que la déconfiture tribale avait tellement atteint son point quil fallait lécarter du pouvoir et reconstruire de nouvelles allégeances tout en conservant le fil conducteur de son régime. Cest pourquoi lui-même est déçu. Vous pensez que le déchu est déçu pour zéro ? Il avait huilé la machine, mais ces derniers temps il a touché à un élément fondamental qui a accéléré sa chute : lislam. Il y a quelques mois un ami me disait, lors dune rencontre à Dakar (au mois de mai 2005), que lislamisme va précipiter la chute du régime. Je lui donne vérité. Mais ce nest point lislamisme en tant que tel, mais une répression sans commune mesure qui mettait en mal léquilibre tribal comme jamais la Mauritanie ne la vécue. Voilà une part de ma conviction. Le déséquilibre économique entre les tribus qui prétendent à la destinée de la Mauritanie a été tellement entamé quun Oulad Bousbaa devait prendre le pouvoir. Il faut laisser aux autres leurs avances économiques avant den propulser dautres. Le pétrole se trouve au cur des nouvelles intrigues mauritaniennes et on doit se résoudre à ce phénomène à limage de ce qui se passe au Nigeria, en Angola et dans tous les autres pays producteurs de lor décrété noir ; dont le prix du baril ne cesse daugmenter menaçant le portefeuille du consommateur. Nous sommes dans un monde qui commande la prudence et notre chère patrie saccommode de ce monde en inventant ses propres vertus. Renforcer notre vigilance est le seul paravent possible ; celui qui peut nous garantir un large espoir. Mais cet espoir doit être bâti autour de vertus longtemps éprouvées e qui peuvent nous permettre de négocier notre devenir dans ce monde. Le délire politique doit sarrêter aux portes du faisable et surtout sinspirer de notre passé, riche en révolutions de palais. Que de changements ne nous a-t-on pas promis ? Même le déchu, sur la voix de lAmérique, parle des changements par lui fait !!! Stupéfactions. Mais nous sommes comme défaits par les persistances des symboles de son pouvoir. Oui, je le suis pour ma part, car la parenthèse prétorienne ne détermine absolument rien dans ce monde. Non le coup détat ne résout rien. Il complique la donne en reproduisant le même. Lexpérience mauritanienne nous en donne des exemples concrets. Admettons que la junte fasse comme ATT à la seule différence que ce dernier avait réagi promptement à une situation cuite et à freiner la dérive. Et alors que les membres de la junte mauritanienne font partie du cur de ce système dont ils nient, aujourdhui, la légitimité. Qui croire ? La junte ou le déchu ? Le jour de la junte ressemble étrangement aux nuits derrance du déchu. Puisse le peuple et ceux qui le défendent prendre conscience quun jour nouveau est loin de poindre chez nous. Je fais peut être fausse route dans mes doutes, mais que quelquun me dise si le départ dun homme garantit la mort du système par lui construit. Un jeune compatriote me disait il y a quelques années (Je vais trahir son idée car je ne me rappelle pas exactement les termes de son prophétisme) : combattre un homme ne menchante, mais changer un système engage ma probité. Il nous faut méditer cette sentence pour comprendre quun enjeu de taille simpose à nous en ce début de barils. Je pense que des assises de lopposition seront déterminantes dans les conditions actuelles de notre devenir surtout si elles peuvent taire leurs divergences internes. Difficile pari quand on sait que dans chaque organisation la distribution du pouvoir provoque tous les appétits. Ce sont ces querelles de pouvoir qui animent les plus caciques dentre les militants dévoués au point de devenir des dictateurs avérés. La traduction de notre aventure ne doit pas prendre le chemin tortueux du devenir personnel. Nous vivons un moment extrêmement grave et devons, de ce fait, prendre notre mal en patience et négocier le « virage » à nous imposé. Il est douloureux, mais cest à nous den décliner les raisons et les exigences. LAlliance Patriotique en a esquissé un tableau dune clarté qui renverse et qui mérite notre attention. De tout ce que jai lu le mémorandum de lAlliance peut servir de base de négociation même « linsurrection » ne menchante point. Lensemble des idées de ce mémorandum mérite notre attention. Je reste persuadé que ce mouvement nous a servi un acte réfléchi et approfondi. On peut ne pas adhérer à lensemble des idées, mais être pris par le fil qui a conduit à la prise de conscience que lurgence mérite la réflexion. Une réflexion approfondie de la tragédie que, nous continuions de vivre dans lhumilité la plus profonde. Humilité ? Le mot est lâché, je pense que nous ne méritons pas cette vertu tellement les choses chez nous ressemblent à des fabriques dusines et répondent aux situations immédiates. Lanticipation nest pas de mise dans nos entreprises et les plus intimes dentre elles, heureusement que les veilleurs de nuits sont là pour nous rappeler à chaque fois que nous devons fonctionner avec la vigilance. Vigilance veilleurs de nuit sinon nous perdons lensemble des vertus de notre combat. Notre combat nest point pour notre aise ou la chaise quon peut occuper, mais pour lavenir éternelle dune nation e construction. Puissent la nuit du nouvel exilé et la journée de Vall ne ternir limage quon se fait du futur mauritanien. ET que vive ce peuple qui se cherche dans la nuit ensoleillée de son devenir incertain. Abderrahmane NGAIDE (Bassel), Paris, 13/08/2005 --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "Mauritanie-Net" group. To post to this group, send email to [email protected] To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED] For more options, visit this group at http://groups.google.com/group/Mauritanie-Net -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---
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