La Tribune, Editorial du N°294 du 21 mars 2006 Encore une fois, nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! L’instrumentalisation de la tribu et des particularismes en général, nous le prouve. La gestion de nos problèmes quotidiens, la prolifération des formations politiques aussi insignifiantes les unes que les autres et qui finalement ne sont que l’expression de l’émiettement d’une société déchirée, l’absence de perspectives claires, les atermoiements des maîtres du pays, l’arrogance et l’impunité des fauteurs d’hier… autant de maux qui pèsent sur l’avenir du pays. Déjà au court terme.
Nous avons désormais comme l’impression que la révolution du 3 août a été avortée. Qu’il n’y aura pas finalement le changement attendu, espéré, le changement nécessaire pour sauver le pays des risques d’éclatement et de dérives. Lesquels risques existent toujours et menacent d’ailleurs un peu plus. Tout cela parce que l’occasion de la remise en cause a été ratée. Par tous. Issus eux-mêmes du système où ils ont joué des rôles de différentes ampleurs, les officiers ayant les choses en main au sein du CMJD, ont été incapables de faire la rupture avec le passé. Arrivés au pouvoir sans vrai programme, l’objectif est tout de suite pour eux de remettre ce pouvoir au plus vite à qui de droit. C'est-à-dire à celui que le peuple aura choisi au terme d’un processus électoral étalé sur 19 mois. Bien sûr que l’offre de neutralité par le truchement de l’ordonnance interdisant aux membres du CMJD et ceux de son gouvernement de se présenter, par la création d’une Commission électorale indépendante et par la concertation, ce principe de neutralité est effectivement révolutionnaire dans son essence. Mais le problème c’est que personne n’y croit et l’opinion décèle chaque jour un ‘signe preuve que la neutralité est un vœu pieux’. Des interférences, parfois directes parfois à travers amis et entourages notoires, des nominations, des silences, des rencontres, des accointances… Les Mauritaniens sont à l’affût. Et rares parmi eux ceux qui croient réellement que les militaires ‘vont se contenter d’une gestion technique du processus’. On peut considérer cela comme une manière de perturber le choix du CMJD, de le parasiter. Ou encore qu’il s’agit là d’une tentative de convaincre les nouveaux maîtres qu’ils sont obligés de jeter leur dévolu sur un partenaire. De nombreux politiciens n’hésitent pas à exprimer une telle idée. D’ailleurs, la conclusion faite devant moi par un membre du directoire du PRDR après la réussite de la sortie du parti vers l’Est : «Aywa, maintenant les militaires savent que s’ils veulent faire avec un interlocuteur sérieux et de poids il n’y a pas mieux que nous. Nous sommes les seuls à pouvoir amener la barque à bon port». Un autre cadre de même rang, mais du RFD, dira : «Les militaires doivent maintenant savoir que nous sommes la seule alternance viable, d’autant plus que nous garantissons la stabilité du pays en refusant de faire le procès du passé». Et ce n’est pas le propre de ces deux formations : tous les politiques du pays sont dans le même état d’esprit. En l’absence de propositions, de programme et d’adhésion massive à un projet, il ne reste que la proximité des maîtres du moment. La cour effrénée faite depuis le 3 août explique cela. Elle est une autre erreur de cette classe politique qui refuse d’exister. Quand, au lendemain du 3 août, les formations sont parties en rangs dispersés pour apporter leur soutien sans condition aux nouveaux maîtres, ils ont hypothéqué l’avenir. Ils ont mis toutes les cartes entre les mains des militaires qui n’étaient pas préparés à jouer au poker menteur avec tant de monde. Les militaires n’ont offert que ce qu’ils avaient : déblayage de la voie politique qui a permis effectivement une meilleure visibilité, libération de l’espace publique te responsabilisation des acteurs. Il y avait autre chose de plus important à entretenir : un contre-pouvoir, fut-il transitoire. Un regard critique, une expertise accompagnant le processus et un engagement sur le terrain pour faire passer le cap de la transition. Les hommes politiques les plus en vue sont occupés à faire campagne pour la présidentielle de mars 2007, leurs formations à produire une littérature à même d’attirer la sympathie des militaires et leurs militants à faire face aux conditions de vie de plus en plus difficiles. MF Ould Oumeïr -- Conscience et Résistance: cellule de liaison et de prospective pour une transition radicale en République Islamique de Mauritanie _______________________________________________ M-net mailing list [email protected] http://mauritanie-net.com/mailman/listinfo/m-net_mauritanie-net.com --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ Vous avez reçu ce message, car vous êtes abonné au groupe Groupes Google "Mauritanie-Net" groupe. Pour envoyer des messages à ce groupe, envoyer un e-mail à [email protected] Pour résilier votre abonnement à ce groupe, envoyez un courrier électronique à l'adresse [EMAIL PROTECTED] Pour plus d'options, veuillez visiter le groupe à http://groups.google.com/group/Mauritanie-Net -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---

