Banque mondiale : bas les masques !
PAR DAMIEN MILLET ET ERIC TOUSSAINT, DU CADTM
jeudi 30 mars 2006

Neuf mois après l’annonce tonitruante des huit pays les plus
industrialisés (G8) à Londres, la Banque mondiale vient seulement de
dévoiler les modalités de l’annulation des créances qu’elle détient envers
17 pays pauvres et très endettés (PPTE). L’accord, qualifié d’ «
historique » par le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz,
concerne 13 pays d’Afrique et 4 d’Amérique latine[1]. Au 1er juillet 2006,
la dette de ces 17 pays envers la Banque mondiale devrait être annulée. La
Banque mondiale avance le chiffre total de 37 milliards de dollars,
répartis sur 40 ans.

Mais contrairement aux proclamations de la Banque mondiale, il n’y a là
rien de nouveau. Cette décision se contente de concrétiser tardivement la
décision prise par le G8 l’année passée. De plus, au cours des dix
dernières années, la Banque mondiale n’a dépensé que 2,6 milliards de
dollars pour réduire la dette de ces 17 pays alors qu’elle possède plus de
38 milliards de dollars de capitaux propres. Elle est donc très loin d’
avoir fait un effort financier significatif, ce qui ne l’empêche pas de
proclamer année après année une générosité infondée et usurpée.

Lancée en 1996, l’initiative PPTE devait régler définitivement le problème
de la dette de 42 pays très pauvres et très endettés. Mais cette
initiative a tourné au fiasco : leur dette est passée de 218 à 205
milliards de dollars, soit une baisse de 6% seulement entre 1996 et
2003[2]. Bien que la plupart des pays aient appliqué les recettes
économiques draconiennes exigées par le FMI et la Banque mondiale, le
fardeau de la dette est toujours bien présent. Pourquoi continuer à faire
confiance à ceux qui ont déjà échoué et qui veulent renouveler les mêmes
erreurs ?

Pour la Banque mondiale, la dette est un outil de domination très
apprécié. En effet, pour décrocher cette annulation, les 17 pays concernés
ont dû achever les étapes de l’initiative PPTE et réaliser pendant au
moins 4 ans un véritable parcours du combattant néolibéral : réduction
drastique des budgets sociaux, privatisations massives, ouverture des
marchés, libéralisation de l’économie pour le plus grand profit des
sociétés multinationales et des investisseurs internationaux. Mais ce sont
autant de coups très durs portés aux conditions de vie des populations
pauvres. Tous ces pays ont donc déjà payé très cher, en terme de
souffrances humaines, le droit d’être éligibles.

La décision de la Banque mondiale est à la fois inadaptée et inadmissible.
Inadaptée car elle ne concerne qu’un petit nombre de pays (17,
représentant moins de 5% de la population des 165 pays dits « en
développement ») ; inadmissible car elle renforce la domination que les
créanciers imposent à la planète entière par l’intermédiaire de la dette.
Le docteur Banque mondiale fait mine de prescrire des stratégies de
réduction de la pauvreté (en fait, de maigres sommes saupoudrées sur de
rares projets sociaux) tout en cachant les graves effets secondaires :
dans des pays où plus de 40 % du budget sert à rembourser la dette, il
interdit aux gouvernements de recruter et de former suffisamment d’
enseignants, d’aides-soignants, de médecins, etc., au nom de sacro-saints
principes comme la réduction de la fonction publique et l’équilibre
budgétaire.

Enfin, cette annonce laisse de nombreuses questions en suspens : quelle
est la date butoir pour le calcul de l’annulation : fin 2004 comme au FMI
ou fin 2003 comme le bruit court, ce qui réduirait la portée de l’accord ?
la Mauritanie, qui est pour l’instant exclue de la liste, sera-t-elle
réintégrée ? qu’en est-il de nombreux pays très pauvres oubliés par l’
initiative PPTE - comme Haïti, l’Erythrée ou le Népal - qui aujourd’hui n’
ont droit à aucun allégement de dette ? des conditionnalités
supplémentaires prouvant la docilité économique du pays concerné ne
sont-elles pas discrètement ajoutées par la Banque mondiale ?

La démarche de la Banque mondiale, et plus généralement les mesures prises
par l’ensemble des créanciers, ne sont que des leurres permettant de
détourner l’attention de l’opinion publique. Les revendications
essentielles demeurent l’annulation de la dette extérieure publique de
tous les pays en développement et l’abandon définitif des politiques d’
ajustement structurel. Cette dette ponctionne les richesses des pays du
Sud pour les envoyer vers de riches créanciers, ravage des régions
entières, répand la misère et la corruption. Cette dette est illégitime,
et, pour une large part, odieuse. Son annulation totale et
inconditionnelle n’est pas négociable.

par Damien Millet, président du CADTM France (Comité pour l’annulation de
la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), auteur de L’Afrique sans dette,
CADTM/Syllepse, 2005 ; et Eric Toussaint, président du CADTM Belgique,
auteur de La Finance contre les peuples, CADTM/Syllepse, 2004.


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[1] Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Ethiopie, Ghana, Guyana, Honduras,
Madagascar, Mali, Mozambique, Nicaragua, Niger, Ouganda, Rwanda, Sénégal,
Tanzanie et Zambie.

[2] Calcul des auteurs d’après les chiffres publiés par la Banque mondiale
en 2005.





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