Il n'est pas dans mes habitudes de répondre aux calomnies et
commérages très souvent répandus sur mon compte en tant que
personnage public, mais cette fois je me vois dans l'obligation de
réagir à certaines des questions soulevées par Monsieur Jemal Ould
Yessa, car j'ai du respect pour l'intellectuel qu'il est, et
surtout pour sa famille.

N'ayant pas de goût particulier pour les insinuations et
sous-entendus, j'essayerai d'être le plus clair et le plus direct
possible dans mes propos.

Dans sa diatribe sur Internet, M. Jemal me taxe d'être « le seul
plaideur connu, à ce jour, des crimes racistes de Ould Taya ». Je
crois qu'il se réfère à des déclarations que j'avais faites sur
Radio France Internationale. Ce que j'avais dit sur les antennes de
RFI, et qui a été enregistré par beaucoup de Mauritaniens, c'est
qu'on ne répare pas une injustice par une autre injustice et qu'il
ne doit pas y avoir deux poids et deux mesures. Tous les Mauritaniens,
qu'ils soient négro-africains ou arabo-berbères, ont souffert des
regrettables évènements de 1989.

Je sais que des Sénégalais résidant en Mauritanie et des
Mauritaniens négro-africains en ont souffert, puisque j'étais à
Nouakchott, mais je sais aussi que beaucoup de Mauritaniens et de
Sénégalais d'origine maure (Blancs ou Noirs) en ont souffert dans
leur chair et y ont perdu des fortunes accumulées dans ce pays sur
plusieurs décennies de labeur.


J'avais également dit, et je continue à dire que dans tous les pays
du monde, et particulièrement dans le Tiers-monde, chaque régime a
son passif humanitaire, mais aussi économique et social. Une fois
qu'on parle de passif, on doit aussi parler d'actif, de bilan et de
résultats. Au cas où l'actif est supérieur au passif, cela veut
dire que le résultat est positif. Pour moi, le bilan de Maaouya était
positif, il y avait des erreurs comme dans toute œuvre humaine, mais
il avait à son actif des réalisations importantes pour le pays.

Au début de la même intervention, j'avais dit que la Mauritanie
avait connu trois sortes de régimes : celui du parti unique, le PPM
qui cumulait tous les pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire ;
ensuite, le régime d'exception avec les comités militaires
successifs et enfin le régime pluraliste de 1991 auquel je
m'identifie pour avoir été député, ministre et membre de
l'Exécutif du parti au pouvoir. J'ai effectivement dit que ce
régime, du point de vue constitutionnel, était meilleur à ceux qui
l'ont précédé, car il a permis l'instauration du pluralisme
politique et syndical, ainsi que d'une liberté de presse jamais
connue auparavant.

Me taxer de soutenir des crimes racistes, c'est mal me connaître ou
avoir l'intention malveillante d'entacher ma personne. Mais les
Mauritaniens me connaissent bien et, comme on dit en hassaniya, « elli
kadheb ibaad chhoudou » (celui qui ment éloigne ses témoins).

Moi, je prendrai en témoin votre propre père, avec qui je servais
comme contrôleur d'Etat en 1989 du temps où il était ministre
chargé du Contrôle d'Etat dans le gouvernement de Ould Taya. Il
avait vu comment je m'étais élevé contre des agissements racistes
visant des pêcheurs Wolofs originaires de Ndiago qui travaillaient à
la plage des pêcheurs de Nouakchott et qui avaient été victimes de
mesures prises dans le cadre de la politique de réinsertion. Lorsque
le ministre de tutelle, à l'époque Monsieur Moustapha Ould
Abeiderrahmane, posa le problème en Conseil des ministres pour dire
qu'un contrôleur d'Etat n'était pas autorisé à s'opposer à
la politique du gouvernement, c'est votre papa qui m'avait
défendu, lui en qui j'apprécie la compétence, l'intégrité et
le sens du devoir. C'est d'ailleurs ce qui donnait toute sa valeur
à la note d'appréciation qu'il me donnait et qui était toujours
supérieure à 18/20.

Un autre témoin, en la personne de Djibril Ould Abdellahi, à
l'époque ministre de l'Intérieur, des postes et
télécommunications, pourra vous dire combien de fois je m'étais
présenté à son bureau au sujet de Mauritaniens négro-africains qui
étaient frappés de mesures d'expulsion injustes et pour lesquels
les autorités étaient finalement revenues sur leurs décisions. Je me
rappelle de ce jour du Id El Kabîr où des notables de Ndiago étaient
venus me dire que des centaines de ressortissants du village étaient
regroupés près du barrage de Diama pour être expulsés de l'autre
côté de la frontière. J'avais alors interpellé le ministre en des
termes clairs et dans les minutes qui suivirent un message fut envoyé
pour ordonner le retour immédiat de ces citoyens à leur village, et
même ceux qui avaient déjà traversé le fleuve furent autorisés à
rebrousser chemin.

Que Nasser sache que je ne peux tout simplement pas être raciste, de
par ma formation, mon environnement géographique et mes convictions
politiques. Mais, je ne suis pas démagogue pour combattre le mal par
le mal, autrement dit verser dans la surenchère politique qui fait
oublier ou sacrifier la cause de 500.000 Maures qui vivaient au
Sénégal en 1989 pour faire plaisir à un peu plus de 60.000
réfugiés dont la majorité n'est pas mauritanienne par naissance,
ni par naturalisation, mais par falsification de documents.

Je vous rappelle qu'en 1989, j'étais parmi les rares Mauritaniens
qui avaient risqué leur vie pour défendre les Négro-africains dans
les rues de Nouakchott et les ont mis en sécurité chez eux. Par la
suite, j'ai contribué à faire restituer tous ses biens à la
communauté Wolof de Ndiago. A cette époque, certains mouvements
extrémistes arabes avec lesquels vous avez flirté un certain moment
de votre jeunesse, m'indexaient comme élément à abattre, voire à
expulser.

Vous semblez pleurer « cette pauvre Mauritanie », comme vous dites.
Je dois vous dire que la Mauritanie n'est pas pauvre, parce qu'elle
recèle d'immenses richesses naturelles et peut compter sur des
hommes et des femmes de valeur qui acceptent d'y vivre pour relever
tous les défis et refusent les solutions de facilité consistant à
vivre à l'étranger contre des miettes distribuées en contrepartie
de services rendus...

Si, réellement, vous êtes démocrate et convaincu de la pertinence de
vos opinions, venez participer au combat politique national, en ayant
à l'esprit qu'il n'y a pas de peuple supérieur, ni de peuple
inférieur, que le peuple mauritanien est en mesure de distinguer entre
le vrai et le faux et qu'on ne peut pas le tromper tout le temps,
comme le disait Abraham Lincoln : « on peut tromper une partie du
peuple pendant tout le temps ou tout un peuple pendant une partie du
temps, mais pas tout un peuple pendant tout le temps ».

Ainsi, vous barrerez la route à ces « prédateurs en voie
d'extinction partout ailleurs » et vous contribuerez physiquement,
moralement et intellectuellement à sortir cette « pauvre Mauritanie
des mains des rejetons, agnats et cognats ».

Vous ne pourrez pas y parvenir, seulement en versant des larmes de
crocodiles de loin sur votre « pauvre » pays d'origine, comme vous
l'aviez fait devant les caméras de la télévision française pour
votre pays d'adoption, lorsque le candidat socialiste, Lionel Jospin,
avait perdu aux élections présidentielles. Que c'est difficile
d'être tiraillé dans ses amours entre la France et la Mauritanie,
mais aussi le Sénégal et le Congo !

Quant à l'insinuation concernant « un ministre, toujours Directeur
général de la Caisse nationale d'assurance maladie », il faut
d'abord savoir qu'il s'agit toujours d'un projet et non d'une
Caisse nationale. Ensuite, à aucun moment le CMJD n'a demandé aux
fonctionnaires de l'Etat de choisir entre la politique et
l'Administration. Le jour où il le ferait, je n'hésiterais pas à
faire mon choix pour la politique, telle que je l'ai toujours
pratiquée.

Au demeurant, la loi 93-009 portant Statut général de la Fonction
publique, en ses articles 14, 15, 16, 17 et 18, garantit au
fonctionnaire sa liberté d'opinion politique et syndicale et le
protège contre toute mise à l'écart liée à ses prise de
position. En Mauritanie, il n'y a pas de code électoral interdisant
aux titulaires de certaines fonctions de se présenter à des fonctions
électives, contrairement à la France où les incompatibilités sont
définies par la loi 71.424 portant code électoral. Les seules
incompatibilités instituées par la loi concernent le CMJD et le
gouvernement de transition auxquels vous semblez faire les yeux de
Chimène ; je vous comprends, nécessité de parrainage oblige !

Pour le reste, moi je suis fonctionnaire de la Fonction publique
mauritanienne depuis juillet 1973, sortant de l'Ecole nationale
d'Administration et de l'Ecole nationale des Services du Trésor de
Paris et Administrateur des Régies financières, ce qu'on appelle
ailleurs Inspecteur des Finances. J'ai assumé des fonctions allant
de chef de service central de la solde à ministre. Je suis également
syndicaliste ayant gravi les échelons du syndicalisme en Mauritanie,
à partir de Secrétaire général du Syndicat national des services
financiers en 1975, jusqu'au poste de Secrétaire général adjoint
de l'UTM, puis en 1984 Secrétaire général par intérim de l'UTM,
à l'époque unique centrale syndicale dans le pays.

C'est vous dire que je suis connu sur le plan national. Si je dis que
je suis solidairement responsable des programmes politiques du PRDS
depuis 1991, c'est que j'ai fait partie du groupe restreint qui a
créé ce parti et lui a donné son nom, comme j'ai appartenu à sa
première direction provisoire. Jusqu'au dernier congrès, je faisais
partie de son Comité exécutif et aujourd'hui j'appartiens à son
Bureau politique.

Par contre, et je l'ai mentionné dans mes précédentes
déclarations, je ne suis pas responsable des agissements du Comité
militaire du 12/12/84 à Août 1991. J'ai effectivement dit que dans
l'intérêt de la Mauritanie il vaut mieux ne pas revenir sur les
douloureux évènements de 1989 et 1991, car ces faits ont été
amnistiés par un parlement auquel je m'identifie parce que composé
dans sa majorité des députés de mon parti, un parlement auquel
j'ai appartenu à deux reprises, en 1992 et en 1996, en qualité de
député de Keur- Macène.

Les extrémistes et leurs acolytes m'ont toujours accusé de tous les
maux, d'être l'un des plus fortunés de Mauritanie, d'être le
plus grand détourneur des deniers publics, d'être un raciste, mais
ils n'ont qu'à fouiller, ils ne trouveront rien, comme pour
paraphraser l'un des penseurs qui vous servent certainement de
référence idéologique, je veux parler de François Mitterrand qui
disait : « Quelle rentrée ! On m'aura tour à tour accusé
d'être un corrupteur, un voleur, un nazi, d'avoir une fille,
d'avoir des amis socialistes. J'attends maintenant « des
révélations » du genre « Mitterrand homosexuel », mais là, ils
pourront fouiller, ils ne trouveront rien ! ».


BOYDIEL OULD HOUMEID


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