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L'ESCLAVAGE :LA MAURITANIE FUIT SON OMBRE QUI LA RATTRAPE: Ou comment les états tropicaux vivent avec leurs hontes
(Sud Quotidien 25/07/2006)


Le 14 juillet 2006, au cours d'une conférence de presse tenue à Nouakchott, l'association SOS Esclaves exposait la situation de familles toujours en situation d'esclavage, ainsi séparées entre les régions arides de l'Adrar et du Tagant.

Les cas ont été portés à la connaissance des autorités mais ils connurent un épilogue différend, comme si l'indivisibilité du territoire mauritanien posait problème aux agents de l'Etat.

En Adrar, par la volonté conjuguée du Hakem (Préfet) d'Atar Monsieur Mohamed Lemine Ould Eziz et du Commandant de Brigade de Gendarmerie le Colonel Ould Ahmed Aïcha, la relation de sujétion entre les esclaves et leurs maîtres été dissoute, sans autre forme de procès, le 23/06/2006, c'est-à-dire le lendemain seulement de l'alerte signifiée aux autorités régionales. Les deux fonctionnaires ont aussi pris le soin de convoquer les parties, pour leur tenir un sermon, en due forme, sur l'abolition de telles pratiques et la souveraineté du droit dans l'espace mauritanien. 8 personnes, parmi lesquelles des enfants, recouvrent la liberté, pour la première fois de leur existence.

Dans la région du Tagant, la réaction officielle s'avère aux antipodes de la précédente. Informées, le 7 juillet 2006, par SOS Esclaves et les parents des victimes qui venaient d'être libérées en Adrar, les plus hautes instance administratives et même judiciaires s'emploient à les intimider. Le Wali (gouverneur de région) et son adjoint insultent la cause anti-esclavagiste, le Procureur de la République (délégué du ministre de la justice) en menace les animateurs, la gendarmerie observe, sans réagir, des maîtres qui défendent leur statut, publiquement, sans aucune pudeur verbale.

Finalement, le 8 juillet, les représentants de l'Etat finissent par se transporter à Nwar - lieu du litige - et demandent aux esclaves s'ils veulent se libérer (comme leurs parents en Adar) ou demeurer avec les maîtres, présents au moment du « choix »; la plupart, sous la pression que suscite l'intervention solennelle des autorités et la colère des propriétaires, cèdent au second terme de l'alternative ; seule une vieille grand-mère sera arrachée à son sort, après une âpre négociation, entre gendarmes et maîtres. Les autres serviteurs, 7 personnes, dont des mineurs, demeurent livrés, en plein désert mauritanien, au régime social le plus archaïque dans l'histoire de l'Humanité. Le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie et son Gouvernement de transition sont parfaitement informés d'un tel épilogue.

L'attitude des autorités régionales du Tagant relève d'une singularité mondiale mais répond à une logique particulière au milieu des notables dans les tribus arabo-berbères: accorder la faculté aux gens de sortir de l'esclavage ou de s'y maintenir, sans leur fournir les moyens de l'émancipation, correspond, ici, à une forme de bienveillance qui se veut l'avant-garde de l'équité. Dans cette représentation de la vie, aller plus avant sur la voie de l'égalité équivaut à s'infliger une injustice d'autant plus inacceptable qu'elle provoquerait la généralisation et l'extension des tentatives de révolte parmi les opprimés. « La paix, c'est évoluer à notre rythme » ; sur ce postulat se cristallise la mentalité des groupes d'intérêts hégémoniques en Mauritanie. Elle se caractérise par le sentiment de préséance naturelle, la peur des lendemains démocratiques, la substitution du discours défensif à la réalité la moins contestable et l'endiguement continu de la loi, notamment de la norme internationale, au nom d'un nationalisme anti-humaniste, sans cesse voué à la préservation d'une ethnie, dans sa posture de domination. L'ensemble reproduit l'impunité.

Les hésitations et volte-face, dans les récents du discours du Chef de l'Etat mauritaniens sur le racisme et les discriminations ont encouragé, dans les rangs du personnel administratif, la tentation de la tricherie, à tous les niveaux où l'égalité des citoyens se pose en termes de dilemme.

Comme les stipulent les engagements internationaux de la Mauritanie, une enquête judiciaire devait être diligentée afin d'enclencher le processus des sanctions pénales et civiles contre les auteurs de travail forcé et de séquestration; or, comme le veut une jurisprudence abondante et jamais prise en défaut de constance, la décision n'a pas été prise. Chez nous, l'esclavage ayant été aboli en 1981 – avec tout de même promesse d'indemniser les maître ainsi lésés – nul ne s'avise de le punir. La rationalité des nomades, dans son élasticité toujours perfectible, s'accommode bien du formalisme.

De même, le maintien, dans leurs fonctions, du magistrat et des cadres de l'administration impliqués dans l'issue de l'affaire Nwar sonne comme un encouragement à la récidive.

Dans ces conditions, il importe – ô combien - de s'interroger sur l'aptitude du personnel dirigeant, des forces armées et de sécurité, à conduire, avec l'impartialité requise, le passage vers des élections libres et transparentes, d'un pays qui refuse le retour organisé de ses réfugiés, garde des tortionnaires en service et se fige dans la cécité volontaire dès que la voix de la raison rappelle le devoir de rendre justice au grand nombre. La majorité écrasante de la population n'est pas arabo-berbère ; en conséquence, sa part de citoyenneté – infime et réductible – se distingue par la précarité. Or, où a-t-on vu une majorité différenciée, consentir, toujours, à sa propre servitude ?

L'affaire de Nwar, où les partenaires extérieurs devraient concevoir la valeur d'une alarme sérieuse, démontre que des épreuves décisives attendent la Mauritanie, dès 2007, au terme de son processus de retour à des institutions régulières.

Il y va de la prévention des conflits.

Abdel Nasser Ould Othman Sid'Ahmed Yessa, juriste réfugié en France, Secrétaire aux Relations Extérieures de SOS Esclaves.
El Arby Ould Saleck, politiste réfugié en France, Président de la section Européenne de SOS Esclaves, auteur de « Les Haratins, le paysage politique mauritanien » Paris, l'Harmattan, 2003
Moulaye Ismaël Keïta, résident au Sénégal, doctorant en Sociologie et enseignant à l'ENDSS de Dakar, Secrétaire à la Communication de SOS Esclaves.




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