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Mauritanie : Chronique d'un putsch
...saura-t-il tenir ses promesses de démocratisation et de développement ?
Nouakchott, 16-10-2006 (TelQuel Magazine)
Si le président Mouaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a déjoué quatre tentatives de coups d'état en 21 ans de règne, cette fois-ci, il n'a rien vu venir. Reconstitution. Mouaouiya Ould Taya fait partie de ces présidents que l'on croyait, de loin, au Maroc, indéboulonnable. Allié des Américains, protégé par les Israëliens et flanqué d'une garde militaire de loyalistes, il s'inquiétait peu d'être mal aimé. Pourtant, les signes avant-coureurs de sa mise à l'écart ne manquaient pas. Flash-back.
Juin 2005. Une attaque sanglante visant des militaires stationnés dans la zone frontalière de la Mauritanie avec le Mali a lieu le samedi 4 juin. Un communiqué du GSPC (Groupe salafiste pour le Combat) tombe à point nommé pour mettre les djihadistes à l'index. Le président Ould Taya envoie des centaines de militaires monter la garde dans la zone déserte du Nord-Est, désignée "à haut risque" par les américains. "Nous avions l'impression de nous battre contre des fantômes", rapporte un des officiers. La grogne monte au sein de l'armée. Ce qui n'est pas nouveau.
Le 8 juin 2003, une tentative de coup d'état, menée par le commandant Salah Ould Hennana, un pro-baathiste, tourne à la boucherie (15 morts et 68 blessés) mais Ould Taya, en poste depuis 1984, en sort indemne. Le 9 août 2004, un putsch programmé par un groupe de militaires, présumé pro-islamiste, est démasqué. Depuis que ces officiers ont pris la fuite, ils ont été baptisés par Nouakchott "les cavaliers du changement". Dès lors, les "loyalistes" en poste ne savent plus si Ould Taya fait du zèle dans sa guerre contre le terrorisme ou traque des putschistes potentiels. Ils grommellent de plus en plus secrètement leur mécontentement.
Juillet 2005. Le climat est tendu. Dès le 1er juillet, les hommes de l'ancien président, Mokhtar Ould Daddah, auteur du premier putsch non abouti en 1990, sont condamnés, par la justice française pour "torture". Les opposants politiques de Ould Taya, à l'étranger, protestent contre ce procès "commandité". Le 21 juillet, l'arrestation d'une nouvelle fournée d'islamistes ravive le débat à Nouakchott sur "la détention arbitraire" de 50 militants non djihadistes. L'amalgame fait par le régime d'Ould Taya entre islamistes de tous bords, pour gagner le soutien de ses alliés (Washington et Tel Aviv) irrite de plus en plus des officiers en poste. Certains reconnaissent, sous couvert de l'anonymat, avoir de la sympathie pour "les intellectuels islamistes". Le jour même, plusieurs manifestants s'amassent devant la cour d'appel de Nouakchott pour revendiquer la libération du chef de file du mouvement islamiste local, Elhacen Ould Daddah, dont la santé s'est terriblement détériorée en prison.
1er Août 2005. Au lendemain de la mort du roi Fahd d'Arabie Saoudite, le 1er août, Ould Taya s'envole pour Ryad, sans grosse frayeur. Pourtant, le 18 septembre 2004, il avait échappé in extremis à une tentative de coup d'état, devant coïncider avec son déplacement à Paris. S'il n'avait pas annulé son voyage, alors, il aurait pu (déjà) y laisser son fauteuil de président. Peu importe, Ould Taya a des raisons d'être confiant. Son système de sécurité rapprochée a été sophistiqué par le Mossad, présent sur place dès 2002. En plus, les membres de sa garde présidentielle, chapeautés par le colonel Mohamed Ould Abdelaziz, avaient prouvé jusque là leur capacité (avec l'aide marocaine, parfois) à déjouer tous les stratagèmes de ses adversaires.
3 août 2005. Vers 2h du matin, ça grouille à l'intérieur du Palais présidentiel à Nouakchott, une bâtisse grise imposante, construite par les Chinois. Le colonel Ould Abdelaziz et le chef du 2ème bureau, Mohamed Ould Ghazouani, exécutent un tour de passe-passe. Ils font circuler la rumeur selon laquelle un nouveau putsch serait en préparation. Portant le masque des loyalistes, ils veulent identifier les irréductibles du régime (à abattre) et les rebelles (à recruter). Pour que rien ne filtre au public, les chefs de l'opération coupent le jus à la radio et à la télévision. La station mauritanienne n'émet plus dès 5h du matin. La tension monte, alors, au sein des corps d'armée. Seul le colonel Sidi Ould Riha, chef de la gendarmerie, s'avère être un pro-Ould Taya. Les quelques échanges de coups de feu entendus, alors, puis quelques heures plus tard, aux abords de la présidence, proviennent de ses hommes.
Coïncidence, à 5h également, décolle de Ryad le vol Air Mauritanie transportant Ould Taya. Alors que son avion survole le Darfour à 8h, le pilote, commandant Lahmoudi, apprend sur Radio France International qu'il y aurait un putsch au pays. Il en fait part au chef du cabinet présidentiel,Maalainaïn Ould Toumi, lequel apprend à Ould Taya la mauvaise nouvelle. Ce dernier appelle ses plus proches collaborateurs, qui s'avèrent être les auteurs du putsch. Ils le rassurent que tout est sous leur contrôle. En effet, à 10h, ils ordonnent la fermeture de l'aéroport civil de Nouakchott et interdisent à l'avion provenant de Ryad d'y atterrir.
Dans la rue et même dans les dépêches de presse, le doute règne encore sur le sens que prennent les événements. Le putsch est-il réussi ou avorté ? Les "cavaliers du changement" sont-ils de retour ? La garde présidentielle cherche-t-elle à prendre le pouvoir ou à le défendre ? La réponse, le frère du président, Ahmed Ould Taya, l'apprend aux alentours de 12h00, par téléphone. Il descend, alors, de l'avion présidentiel qui vient d'atterrir à Niamey, la capitale du Niger. "C'est fini, c'est la garde présidentielle qui t'a trahi", apprend-il à son frère, qui n'en croit pas ses oreilles. Une heure plus tard, les putschistes arrêtent le colonel Ould Riha, le seul à contester leur légitimité.
à partir de 15h, la confusion est dissipée. Un Conseil Militaire pour la Justice et le démocratie (CMJD) fait part officiellement, via l'agence mauritanienne d'information, de ses intentions : mettre fin au totalitarisme du président déchu, préparer le terrain pour le jeu démocratique et s'auto dissoudre au bout de deux années. Dans la foulée, le monde entier apprend l'identité du nouveau président : Colonel Ely Ould Vall, un fidèle parmi les fidèles, depuis le putsch du 12 décembre 1984, qui a permis à Ould Taya d'arriver au pouvoir (lire encadré). En milieu d'après midi, commencent à pleuvoir les réactions internationales. L'Union africaine radie la Mauritanie au nom de la légalité, Rabat s'abstient, Alger est prise de court, Madrid est inquiète, Paris attend de voir et Washington s'y oppose parce qu'elle perdrait un allié de taille. Mohammed VI s'entretient avec le chef de la Maison blanche, lequel craint une grosse connivence entre la nouvelle direction militaire et les opposants islamistes.
4-9 août. Les rues de Nouakchott retrouvent, petit à petit, leur rythme de vie habituel. La population locale ne manque pas d'exprimer son soulagement. Le roi du Maroc décide de dépêcher sur place l'un de ses plus proches collaborateurs, Yassine Mansouri, nouvellement nommé chef de la DGED. Que va faire un homme des services secrets en mission officielle ? "N'ayant pas encore reconnu officiellement le nouveau régime, explique une source autorisée, le Maroc ne pouvait pas envoyer un responsable gouvernemental en émissaire". Et quel est le message de Mansouri ? D'abord, s'assurer qu'aucun des engagements mauritaniens envers le Maroc (sur le Sahara surtout) n'est remis en cause et sonder Vall et ses valets sur l'accueil éventuel de Ould Taya comme exilé au Maroc. Rabat s'empresse de passer le message au demandeur d'asile : "Pas de problème, à condition de ne pas prendre de position politique ouvertement". Mouaouiya ne tarde pas à rejeter l'offre, considérant que "de toute façon, le Maroc n'est pas une démocratie". Il lancera, plus tard, à partir de la villa verte, où il réside momentanément à Niamey, un appel aux militaires loyalistes pour soutenir son retour. Il devient, alors, la risée de tout le monde, en Mauritanie.
Normal, le CMJD réussit, en quelques jours, à rassurer autant à l'intérieur qu'à l'étranger. Face au ballet diplomatique qu'accueille la Présidence, les militaires au pouvoir rappellent des constantes : la normalisation avec Israël ne sera pas remise en cause, l'engagement dans la lutte contre le terrorisme est toujours de mise et aucun membre du gouvernement ou du conseil militaire n'aura le droit de se présenter aux élections dans deux ans. 'Amérique revoit sa position à la baisse, l'UMA et l'UA idem. Bref, tout le monde, faute d'être séduit, se dit confiant.
Le changement fait l'unanimité à l'intérieur du pays. Des manifestations de joie fusent dans les rues de Nouakchott, dès le 4 août. Tous les partis, même celui de Ould Taya, le Parti Républicain démocratique et social (PRDS), n'y trouvent rien à redire. La preuve, le nouveau Premier ministre, nommé le 7 août, Sidi Mohamed Ould Boubacar, en fut un temps le secrétaire général. Les islamistes se retrouvent à leur tour dans une meilleure posture. La libération du leader islamiste Ould Daddah, deux jours après le putsch, est un signal fort. Un autre suivra pour maintenir la balance : le CMJD s'oppose à la création d'un parti à base religieuse ou raciale. "Un parti islamiste à la turque, pourquoi pas", affirme un des dirigeants dans les coulisses.
Enfin, le nouveau pouvoir cherche à rassurer les tribus, très vivaces dans la société mauritanienne, de son souci d'équité. Même les Smassides (tribu d'Ould Taya), qui monopolisent des pans de l'industrie alimentaire et la pêche et, depuis, peu les gisements de pétrole (une promesse de 350 millions barils et une perspective de pays exportateur à la clé) se réjouissent qu'il n'y ait pas de chasse aux sorcières. Quant aux nouveaux dirigeants, ils apprécient d'avoir une manne pétrolière et des contrats déjà signés (depuis le 26 juillet) avec des sociétés multinationales (les Espagnols Repsol, les Britanniques Energem, les Français Total) pour financer leurs promesses de développement.
Malgré toutes ses assurances, la presse demeure partagée. L'envoyé spécial d'Al Hayat, Mohamed Al Achheb, optimiste, parle d'un "corps sain (qui) s'est débarrassé d'une tête pourrie". Le quotidien local, Le Calame, estime, pour sa part, que "ce putsch ne nous offre, en dépit des assurances de ses auteurs, qu'un état d'exception pour une durée hypothétique de deux ans". Y aura-t-il continuité, réforme ou rupture ? Les Mauritaniens sont en euphorie. Le resteront-ils ? Wait and see.
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Exil. Que devient Ould Taya ?
Après avoir rejeté l'offre du Maroc de le recevoir, à condition de s'abstenir de toute déclaration désobligeante, Mouaouiya Ould Taya a d'abord cherché à quitter la chaleur étouffante du Niger. Il s'est envolé le 9 août vers la Gambie, dont le président est l'un de ses rares amis de ce côté ci du continent. Tous les autres lui en veulent d'avoir lâcher le Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Le transit par Banjul n'a pas duré une semaine. Le 15 août, le Qatar l'a accueilli, sans le soumettre à des conditions contraignantes. Il y réside, aujourd'hui, en tant qu'exilé de luxe.
Le nouveau chef. Qui est Ould Vall ?
Cet originaire de la tribu de Oulad Bousbaâ, âgé de 55 ans, est un militaire diplômé de l'académie de Meknès en 1976. Depuis, Ely Ould Mohamed Vall a été de tous les coups d'état. Il a participé, de loin, à celui qui a renversé Mokhtar Ould Daddah en 1978, a contribué directement à celui qui a destitué Mohamed Khouna Ould Haïdallah en 1984 et a, finalement, pris le pouvoir, le 3 août 2005. à la tête de la direction générale de la sûreté nationale, depuis 1987, cet homme moustachu, calme, est longtemps resté un confident de Ould Taya et un paravent du chef des services de renseignement, Deddahi Ould Abdellah. Aujourd'hui, à la tête du CMJD, saura-t-il tenir ses promesses de démocratisation et de développement ? C'est le pari de l'été
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INFORMATION : Les articles sélectionnés pour cette revue de presse ne reflètent pas nécessairement l'opinion du comite de gestion de Mauritanie-Net. Nous ne nous portons pas garant de la véracité et de l'objectivité des informations publiées dans ces articles qui engagent la responsabilité des seuls auteurs. Nous vous prions de bien vouloir en tenir compte. Merci.
...saura-t-il tenir ses promesses de démocratisation et de développement ?
Nouakchott, 16-10-2006 (TelQuel Magazine)
Si le président Mouaouiya Ould Sidi Ahmed Taya a déjoué quatre tentatives de coups d'état en 21 ans de règne, cette fois-ci, il n'a rien vu venir. Reconstitution. Mouaouiya Ould Taya fait partie de ces présidents que l'on croyait, de loin, au Maroc, indéboulonnable. Allié des Américains, protégé par les Israëliens et flanqué d'une garde militaire de loyalistes, il s'inquiétait peu d'être mal aimé. Pourtant, les signes avant-coureurs de sa mise à l'écart ne manquaient pas. Flash-back.
Juin 2005. Une attaque sanglante visant des militaires stationnés dans la zone frontalière de la Mauritanie avec le Mali a lieu le samedi 4 juin. Un communiqué du GSPC (Groupe salafiste pour le Combat) tombe à point nommé pour mettre les djihadistes à l'index. Le président Ould Taya envoie des centaines de militaires monter la garde dans la zone déserte du Nord-Est, désignée "à haut risque" par les américains. "Nous avions l'impression de nous battre contre des fantômes", rapporte un des officiers. La grogne monte au sein de l'armée. Ce qui n'est pas nouveau.
Le 8 juin 2003, une tentative de coup d'état, menée par le commandant Salah Ould Hennana, un pro-baathiste, tourne à la boucherie (15 morts et 68 blessés) mais Ould Taya, en poste depuis 1984, en sort indemne. Le 9 août 2004, un putsch programmé par un groupe de militaires, présumé pro-islamiste, est démasqué. Depuis que ces officiers ont pris la fuite, ils ont été baptisés par Nouakchott "les cavaliers du changement". Dès lors, les "loyalistes" en poste ne savent plus si Ould Taya fait du zèle dans sa guerre contre le terrorisme ou traque des putschistes potentiels. Ils grommellent de plus en plus secrètement leur mécontentement.
Juillet 2005. Le climat est tendu. Dès le 1er juillet, les hommes de l'ancien président, Mokhtar Ould Daddah, auteur du premier putsch non abouti en 1990, sont condamnés, par la justice française pour "torture". Les opposants politiques de Ould Taya, à l'étranger, protestent contre ce procès "commandité". Le 21 juillet, l'arrestation d'une nouvelle fournée d'islamistes ravive le débat à Nouakchott sur "la détention arbitraire" de 50 militants non djihadistes. L'amalgame fait par le régime d'Ould Taya entre islamistes de tous bords, pour gagner le soutien de ses alliés (Washington et Tel Aviv) irrite de plus en plus des officiers en poste. Certains reconnaissent, sous couvert de l'anonymat, avoir de la sympathie pour "les intellectuels islamistes". Le jour même, plusieurs manifestants s'amassent devant la cour d'appel de Nouakchott pour revendiquer la libération du chef de file du mouvement islamiste local, Elhacen Ould Daddah, dont la santé s'est terriblement détériorée en prison.
1er Août 2005. Au lendemain de la mort du roi Fahd d'Arabie Saoudite, le 1er août, Ould Taya s'envole pour Ryad, sans grosse frayeur. Pourtant, le 18 septembre 2004, il avait échappé in extremis à une tentative de coup d'état, devant coïncider avec son déplacement à Paris. S'il n'avait pas annulé son voyage, alors, il aurait pu (déjà) y laisser son fauteuil de président. Peu importe, Ould Taya a des raisons d'être confiant. Son système de sécurité rapprochée a été sophistiqué par le Mossad, présent sur place dès 2002. En plus, les membres de sa garde présidentielle, chapeautés par le colonel Mohamed Ould Abdelaziz, avaient prouvé jusque là leur capacité (avec l'aide marocaine, parfois) à déjouer tous les stratagèmes de ses adversaires.
3 août 2005. Vers 2h du matin, ça grouille à l'intérieur du Palais présidentiel à Nouakchott, une bâtisse grise imposante, construite par les Chinois. Le colonel Ould Abdelaziz et le chef du 2ème bureau, Mohamed Ould Ghazouani, exécutent un tour de passe-passe. Ils font circuler la rumeur selon laquelle un nouveau putsch serait en préparation. Portant le masque des loyalistes, ils veulent identifier les irréductibles du régime (à abattre) et les rebelles (à recruter). Pour que rien ne filtre au public, les chefs de l'opération coupent le jus à la radio et à la télévision. La station mauritanienne n'émet plus dès 5h du matin. La tension monte, alors, au sein des corps d'armée. Seul le colonel Sidi Ould Riha, chef de la gendarmerie, s'avère être un pro-Ould Taya. Les quelques échanges de coups de feu entendus, alors, puis quelques heures plus tard, aux abords de la présidence, proviennent de ses hommes.
Coïncidence, à 5h également, décolle de Ryad le vol Air Mauritanie transportant Ould Taya. Alors que son avion survole le Darfour à 8h, le pilote, commandant Lahmoudi, apprend sur Radio France International qu'il y aurait un putsch au pays. Il en fait part au chef du cabinet présidentiel,Maalainaïn Ould Toumi, lequel apprend à Ould Taya la mauvaise nouvelle. Ce dernier appelle ses plus proches collaborateurs, qui s'avèrent être les auteurs du putsch. Ils le rassurent que tout est sous leur contrôle. En effet, à 10h, ils ordonnent la fermeture de l'aéroport civil de Nouakchott et interdisent à l'avion provenant de Ryad d'y atterrir.
Dans la rue et même dans les dépêches de presse, le doute règne encore sur le sens que prennent les événements. Le putsch est-il réussi ou avorté ? Les "cavaliers du changement" sont-ils de retour ? La garde présidentielle cherche-t-elle à prendre le pouvoir ou à le défendre ? La réponse, le frère du président, Ahmed Ould Taya, l'apprend aux alentours de 12h00, par téléphone. Il descend, alors, de l'avion présidentiel qui vient d'atterrir à Niamey, la capitale du Niger. "C'est fini, c'est la garde présidentielle qui t'a trahi", apprend-il à son frère, qui n'en croit pas ses oreilles. Une heure plus tard, les putschistes arrêtent le colonel Ould Riha, le seul à contester leur légitimité.
à partir de 15h, la confusion est dissipée. Un Conseil Militaire pour la Justice et le démocratie (CMJD) fait part officiellement, via l'agence mauritanienne d'information, de ses intentions : mettre fin au totalitarisme du président déchu, préparer le terrain pour le jeu démocratique et s'auto dissoudre au bout de deux années. Dans la foulée, le monde entier apprend l'identité du nouveau président : Colonel Ely Ould Vall, un fidèle parmi les fidèles, depuis le putsch du 12 décembre 1984, qui a permis à Ould Taya d'arriver au pouvoir (lire encadré). En milieu d'après midi, commencent à pleuvoir les réactions internationales. L'Union africaine radie la Mauritanie au nom de la légalité, Rabat s'abstient, Alger est prise de court, Madrid est inquiète, Paris attend de voir et Washington s'y oppose parce qu'elle perdrait un allié de taille. Mohammed VI s'entretient avec le chef de la Maison blanche, lequel craint une grosse connivence entre la nouvelle direction militaire et les opposants islamistes.
4-9 août. Les rues de Nouakchott retrouvent, petit à petit, leur rythme de vie habituel. La population locale ne manque pas d'exprimer son soulagement. Le roi du Maroc décide de dépêcher sur place l'un de ses plus proches collaborateurs, Yassine Mansouri, nouvellement nommé chef de la DGED. Que va faire un homme des services secrets en mission officielle ? "N'ayant pas encore reconnu officiellement le nouveau régime, explique une source autorisée, le Maroc ne pouvait pas envoyer un responsable gouvernemental en émissaire". Et quel est le message de Mansouri ? D'abord, s'assurer qu'aucun des engagements mauritaniens envers le Maroc (sur le Sahara surtout) n'est remis en cause et sonder Vall et ses valets sur l'accueil éventuel de Ould Taya comme exilé au Maroc. Rabat s'empresse de passer le message au demandeur d'asile : "Pas de problème, à condition de ne pas prendre de position politique ouvertement". Mouaouiya ne tarde pas à rejeter l'offre, considérant que "de toute façon, le Maroc n'est pas une démocratie". Il lancera, plus tard, à partir de la villa verte, où il réside momentanément à Niamey, un appel aux militaires loyalistes pour soutenir son retour. Il devient, alors, la risée de tout le monde, en Mauritanie.
Normal, le CMJD réussit, en quelques jours, à rassurer autant à l'intérieur qu'à l'étranger. Face au ballet diplomatique qu'accueille la Présidence, les militaires au pouvoir rappellent des constantes : la normalisation avec Israël ne sera pas remise en cause, l'engagement dans la lutte contre le terrorisme est toujours de mise et aucun membre du gouvernement ou du conseil militaire n'aura le droit de se présenter aux élections dans deux ans. 'Amérique revoit sa position à la baisse, l'UMA et l'UA idem. Bref, tout le monde, faute d'être séduit, se dit confiant.
Le changement fait l'unanimité à l'intérieur du pays. Des manifestations de joie fusent dans les rues de Nouakchott, dès le 4 août. Tous les partis, même celui de Ould Taya, le Parti Républicain démocratique et social (PRDS), n'y trouvent rien à redire. La preuve, le nouveau Premier ministre, nommé le 7 août, Sidi Mohamed Ould Boubacar, en fut un temps le secrétaire général. Les islamistes se retrouvent à leur tour dans une meilleure posture. La libération du leader islamiste Ould Daddah, deux jours après le putsch, est un signal fort. Un autre suivra pour maintenir la balance : le CMJD s'oppose à la création d'un parti à base religieuse ou raciale. "Un parti islamiste à la turque, pourquoi pas", affirme un des dirigeants dans les coulisses.
Enfin, le nouveau pouvoir cherche à rassurer les tribus, très vivaces dans la société mauritanienne, de son souci d'équité. Même les Smassides (tribu d'Ould Taya), qui monopolisent des pans de l'industrie alimentaire et la pêche et, depuis, peu les gisements de pétrole (une promesse de 350 millions barils et une perspective de pays exportateur à la clé) se réjouissent qu'il n'y ait pas de chasse aux sorcières. Quant aux nouveaux dirigeants, ils apprécient d'avoir une manne pétrolière et des contrats déjà signés (depuis le 26 juillet) avec des sociétés multinationales (les Espagnols Repsol, les Britanniques Energem, les Français Total) pour financer leurs promesses de développement.
Malgré toutes ses assurances, la presse demeure partagée. L'envoyé spécial d'Al Hayat, Mohamed Al Achheb, optimiste, parle d'un "corps sain (qui) s'est débarrassé d'une tête pourrie". Le quotidien local, Le Calame, estime, pour sa part, que "ce putsch ne nous offre, en dépit des assurances de ses auteurs, qu'un état d'exception pour une durée hypothétique de deux ans". Y aura-t-il continuité, réforme ou rupture ? Les Mauritaniens sont en euphorie. Le resteront-ils ? Wait and see.
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Exil. Que devient Ould Taya ?
Après avoir rejeté l'offre du Maroc de le recevoir, à condition de s'abstenir de toute déclaration désobligeante, Mouaouiya Ould Taya a d'abord cherché à quitter la chaleur étouffante du Niger. Il s'est envolé le 9 août vers la Gambie, dont le président est l'un de ses rares amis de ce côté ci du continent. Tous les autres lui en veulent d'avoir lâcher le Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Le transit par Banjul n'a pas duré une semaine. Le 15 août, le Qatar l'a accueilli, sans le soumettre à des conditions contraignantes. Il y réside, aujourd'hui, en tant qu'exilé de luxe.
Le nouveau chef. Qui est Ould Vall ?
Cet originaire de la tribu de Oulad Bousbaâ, âgé de 55 ans, est un militaire diplômé de l'académie de Meknès en 1976. Depuis, Ely Ould Mohamed Vall a été de tous les coups d'état. Il a participé, de loin, à celui qui a renversé Mokhtar Ould Daddah en 1978, a contribué directement à celui qui a destitué Mohamed Khouna Ould Haïdallah en 1984 et a, finalement, pris le pouvoir, le 3 août 2005. à la tête de la direction générale de la sûreté nationale, depuis 1987, cet homme moustachu, calme, est longtemps resté un confident de Ould Taya et un paravent du chef des services de renseignement, Deddahi Ould Abdellah. Aujourd'hui, à la tête du CMJD, saura-t-il tenir ses promesses de démocratisation et de développement ? C'est le pari de l'été
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INFORMATION : Les articles sélectionnés pour cette revue de presse ne reflètent pas nécessairement l'opinion du comite de gestion de Mauritanie-Net. Nous ne nous portons pas garant de la véracité et de l'objectivité des informations publiées dans ces articles qui engagent la responsabilité des seuls auteurs. Nous vous prions de bien vouloir en tenir compte. Merci.
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